FranceMunicipales 2014

Gaudin 2014: «des élus jeunes, un téléphérique et une méga boîte de nuit… »

Hugues Serraf, mis à jour le 17.03.2014 à 19 h 22

Le dernier des dinosaures municipaux façon Defferre-Chaban représenterait «la force du changement» pour Marseille. Après trois mandats, le doute est permis. Entretien.

Jean-Claude Gaudin lors d'un meeting à Marseille, le 7 février 2014. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Jean-Claude Gaudin lors d'un meeting à Marseille, le 7 février 2014. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Le problème avec Jean-Claude Gaudin, c’est que c’est un type sympathique. Ce truculent papy provençal qui reçoit à la bonne franquette dans l’arrière-boutique de son local de campagne, une agence bancaire désaffectée conservant son sas d’entrée et son comptoir à remise de chèques, vous avez un peu mauvaise grâce à lui jeter ses 18 années d’immobilisme et sa responsabilité dans les déboires de sa ville à la figure…

Difficile, pour autant, et même en tenant compte du boulot accompli récemment dans la zone Euroméditerranée, ce quartier de la Défense de bord de mer où l’on inaugure un nouveau musée tous les matins, de ne pas comparer la transformation radicale de villes comme Bordeaux, Lille, Toulouse, Nantes ou Lyon à la stagnation marseillaise.

«Mais ces villes n’ont ni la dimension, ni les problèmes de pauvreté, ni le brassage de population de Marseille, peuchère, proteste-t-il sur le ton outragé de Michel Galabru évoquant l’horreur du Nord dans “Bienvenue chez les Ch’tis” (et oui il dit vraiment “peuchère”).

Ça ne m’a pas empêché de faire baisser le chômage, passé de 22 à 13,5%, de développer les transports publics et de stimuler la construction de logements comme jamais auparavant. Marseille, je l’ai modernisée et je veux continuer à le faire».

Sur la baisse du chômage, dont acte. Mais la construction de logements, ce n’est peut-être pas le meilleur argument qu’il puisse trouver ces jours-ci. Oui il y a des grues partout dans la ville, mais ce n’est pas tant pour faire émerger les logements sociaux dont la ville a besoin que pour  bâtir des résidences fermées pour classes moyennes supérieures dans les arrondissements chics au plus grand profit d’une poignée de promoteurs.

Mediapart rappelle ainsi que la mairie est dans le collimateur du tribunal administratif pour les généreux coups de pouce financiers accordés à Kaufman and Broad, Axa, Bouygues et Vinci, et s’étonne de ce que les mêmes cabinets d’architectes amis se voient confier la plupart des projets. Quant aux transports, avec ses misérables deux lignes de métro et autant de lignes de tram, ultra- concentrées sur le centre-ville mais ignorant superbement les quartiers nord et les grands bassins d’habitat populaires, on ne voit pas qu’il y ait de quoi se vanter non plus…

«C’est parce que je suis vieux que je sais qu’il faut des jeunes»

Mais il s’en fiche, Jean-Claude Gaudin, de ces critiques. Convaincu, à quelques jours à peine du premier tour et sur la foi des sondages comme des signaux émanant de son propre pif, d’être en position de l’emporter, il renvoie tous les problèmes aux usual suspectsLa saleté? Les socialistes de MPM», la structure qui a remplacé la Communauté urbaine; «La délinquance? Le gouvernement de gauche, qui n’affecte pas assez de policiers à la ville»; «Le clientélisme et la cogestion avec FO? Un fantasme de journalistes et l’amertume d’une opposition municipale qui aimerait bien avoir les mêmes bons rapports avec les représentants des salariés du public ou du privé à Marseille»).

On s’étonne tout de même qu’un homme briguant un quatrième mandat puisse couvrir la ville d’affiches le présentant comme la «force du changement».

«– C’est bizarre comme slogan. Vous allez changer par rapport à ce que vous étiez?

– Mais non, je vais poursuivre le changement entamé depuis que je suis maire. D’ailleurs, j’ai renouvelé toutes mes équipes et 18 de mes anciens élus ne se représentent pas pour faire place aux jeunes…

– Place aux jeunes? Argh… Vous allez avoir 73 ans: ça ne s’applique pas à vous?

– Eh bien non, il y a bien des acteurs et journalistes qui continuent à travailler. Vous croyez que tous les plus de 70 ans doivent être envoyés dans des asiles? C’est justement parce que j’ai l’âge qui est le mien que mon expérience me montre qu’il faut s’entourer de jeunes…»

Hum… Logique intéressante, à défaut d’être imparable. En tout cas, des projets de jeunes, Gaudin en a plein sa gibecière. Des plus classiques qui ne mangent pas de pain et sont à peu près les mêmes pour tout le monde Front national excepté (faire baisser la pauvreté et la délinquance, attirer des emplois et des entreprises, faire vivre les Marseillais de toutes origines en harmonie joyeuse…), aux plus détonants (un téléphérique pour monter à Notre Dame de la Garde, un pont transbordeur pour traverser le Vieux-Port, un casino et même, maintenant qu’il s’agit de s’entourer de jeunes, une méga boîte de nuit sur l’ancien môle J1 du port…).

«– Mais vous les financez comment, tous ces projets, puisque la ville est hyper endettée et que ni l’Etat ni la région ne vous donnent l’argent que vous demandez?

– La ville endettée, mais c’est une vue de l’esprit totalement fausse de journalistes parisiens! L’endettement c’est, en euros constant, le même que celui que j’ai trouvé en arrivant en 95. Et nous l’avons même réduit de 5% en quelques années. Et tout ça sans augmenter les impôts de plus de 2% par an! Mais de toute manière, si nous voulons entrer un jour dans le top 20 des grandes cités européennes comme c’est mon souhait, il faut investir. Depuis que je suis maire, nous avons investi 3,7 milliards d’euros et nous attirons assez d’entreprises pour que l’argent soit là pour poursuivre cet effort.»

«Le Marseille-bashing de Mennucci»

Gaudin, qui ne parle que d’optimisme et de volontarisme, tire d’ailleurs à boulets rouges sur Patrick Mennucci, son adversaire socialiste, qu’il accuse de faire du «Marseille bashing » et de contribuer à une mauvaise image de la ville:

«Il critique le clientélisme, mais il est lui-même issu du même univers que le Jean-Noël Guérini qu’il insulte aujourd’hui!».

Il a d’ailleurs au moins autant d’animosité à l’égard du FN, un parti avec lequel il n’a pas toujours été en telle délicatesse (il avait même été l’instigateur d’un accord de désistement avec l’extrême droite aux législatives de 1988), mais dont il affirme aujourd’hui combattre les valeurs:

«Moi, je veux faire coexister les communautés dans la fraternité et le dialogue, parce que c’est la tradition d’accueil de Marseille et là, bien sûr, ça ne plaira pas au Front national, qui stigmatise les étrangers et voudrait tout réserver aux “Français d’abord”».

Seul concurrent trouvant grâce à ses yeux, en remettant d’ailleurs un petit coup subtil sur les rumeurs d’alliances secrètes anti-PS: Pape Diouf, qu’il qualifie «d’homme de grande qualité» et avec lequel «les relations sont cordiales». Mais au final, il a surtout l’air de ne pas leur accorder trop d’importance, aux rigolos qui s’agitent sous ses fenêtres et aimeraient juste «s’asseoir dans le fauteuil» quand lui n’a «plus rien à prouver» puisqu’il a «déjà eu tous les honneurs et ne pense qu’à l’avenir de Marseille». Mais, bon, un Marseillais qui affirme ne craindre dégun, c’est un peu par réflexe atavique. On n’est pas obligé de le prendre au sérieux.

Hugues Serraf

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