Partager cet article

Patrick Buisson-Atlantico: l'autre histoire derrière les enregistrements

Patrick Buisson et Emmanuelle Mignon pendant un meeting de Nicolas Sarkozy, le 4 mai 2012 aux Sables d'Olonne. REUTERS/Philippe Wojazer

Patrick Buisson et Emmanuelle Mignon pendant un meeting de Nicolas Sarkozy, le 4 mai 2012 aux Sables d'Olonne. REUTERS/Philippe Wojazer

Le site Atlantico a tenu le tout premier rôle dans l'actualité du jour: les fameux enregistrements que l'ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy Patrick Buisson réalisait lors du précédent mandat, a priori aux dépens de ses interlocuteurs.

Dans le sillage du Point qui a révélé l'affaire le 12 février dernier, et du Canard enchaîné ce mercredi 5 mars, le site a en effet publié plusieurs extraits des fameuses écoutes.

A chaque fois, toujours le même ton: Atlantico se montre extrêmement sévère à l'encontre de Patrick Buisson, qu'il accuse à plusieurs reprises de «trahison», argumentaire à l'appui:

«Pourquoi il s’agit bien d’une trahison. Contrairement à ce qu’a tenté de laisser entendre l’avocat de Patrick Buisson après la publication de l’article du Canard Enchaîné, Nicolas Sarkozy n’était absolument pas informé des enregistrements pirates de son conseiller.

Atlantico en a obtenu la confirmation auprès de différents membres de l’entourage de l’ancien président [...].»

Le site reproche à l'ancienne éminence grise du Palais d'avoir fait montre d'une «volonté de dénégation absolue» et écrit même que la «loyauté de Patrick Buisson envers l’ancien président» est également mise à mal par «des propos peu respectueux sur Nicolas Sarkozy et son épouse», qui figureraient dans ces heures d'enregistrement.

Bref, des articles explicitement à charge qui tranchent, à en croire de nombreuses sources, avec les relations historiques qu'entretenaient le média, et particulièrement son fondateur et directeur de publication Jean-Sébastien Ferjou, avec Patrick Buisson. «Ils étaient proxissimes», commente l'un de nos interlocuteurs sous couvert d'anonymat.

Contacté par téléphone, Jean-Sébastien Ferjou confirme avoir connu Patrick Buisson «il y a quinze ans de cela maintenant», lors de leurs années passées du côté de la chaîne LCI. Période qui témoigne de la première vie de journaliste du conseiller politique de l'ombre, également passé par le journal d'extrême droite Minute, ou Valeurs Actuelles.

Un passé politique sulfureux qui était connu de tous et qui aurait même été à l'origine des «ennemis» politiques de Patrick Buisson, à en croire Jean-Sébastien Ferjou qui s'exprimait ce jour sur BFMTV:

Tout en précisant avoir gardé des liens avec plusieurs collègues de cette période, le patron d'Atlantico précise que ses relations avec Patrick Buisson ont «été pendant un moment cordiales».

Une proximité suffisante néanmoins pour constituer un éventuel «écueil [...] fatal» à Atlantico, pour reprendre les mots de L'Express qui écrivait au moment du lancement du média placé, même si son patron refuse cette étiquette, à droite de l'échiquier politique:

«[...] Les protagonistes d'Atlantico veulent éviter un écueil qui leur serait fatal, celui d'apparaître comme une sorte de "Mediapart de droite", piloté par des sarkozystes. Jean-Sébastien Ferjou connaît certes, depuis plus de dix ans, Patrick Buisson, ce conseiller très influent du chef de l'Etat. Les deux hommes ont travaillé ensemble sur LCI. "Ce n'est pas pour autant que je parraine de quelque manière que ce soit la suite de sa carrière professionnelle, précise Buisson à L'Express. Je n'ai aucun rapport, ni sur le plan financier, ni sur le plan éditorial, avec ce projet.”»

«Aucun rapport, ni sur le plan financier, ni sur le plan éditorial, avec ce projet.» Ce n'est pourtant pas ce que laissent entendre certaines sources bien informées, qui avancent que «Patrick Buisson a aidé Jean-Sébastien Ferjou à monter Atlantico».

«On ne peut pas imaginer Atlantico sans lui», surenchérit-on par ailleurs. Si certains laissent entendre que ce soutien relève d'un appui financier, sans toutefois en apporter la preuve formelle, d'autres estiment qu'il s'agirait davantage d'une entraide d'ordre informel, tel qu'un accès facilité au carnet d'adresses de l'ancien journaliste aujourd'hui versé dans les affaires politiques.

Capture d'écran des chroniques hebdomadaires de l'avocat de Patrick Buisson, Gilles-William Goldnadel sur le site Atlantico

Un soutien que dément vivement Jean-Sébastien Ferjou, qui le qualifie «d'absurde». Le journaliste va même plus loin:

«C'est lui qui a exploité mon carnet d'adresses! A chaque fois que Patrick Buisson a tenté de faire des interventions pour aider Atlantico, cela ne m'a causé que des problèmes!»

S'il n'envisage pas leurs relations comme amicales, le directeur de la publication d'Atlantico n'en estime pas moins avoir été «trahi» par Patrick Buisson. Une trahison qui remonterait bien avant l'affaire des enregistrements qui secoue aujourd'hui la presse et le petit monde politique. Elle expliquerait pourquoi Atlantico n'a pris aucun gant pour publier les enregistrements -dont on ne sait pas qui les lui a fournis- de l'ancien conseiller de Sarkozy. Et qui relèverait en fait d'une affaire d'ordre privé, «un conflit» qui aurait révélé, à en croire Jean-Sébastien Ferjou, «une face du personnage effarante». Et d'ajouter:

«Il s'était bien gardé de montrer ce visage. J'imagine qu'il s'est passé la même chose avec Nicolas Sarkozy.»

Une affaire qui a notamment incité Jean-Sébastien Ferjou à mettre un terme fin juin à la chronique hebdomadaire que tenait l'avocat de Patrick Buisson, Gilles-William Goldnadel sur le site Atlantico.

Dans ce conflit revient un autre nom: celui de Pauline de Préval, l'assistante historique de Patrick Buisson. A ses côtés lors de son passage sur LCI à la même période que Ferjou (par exemple sur les émissions Le Club de l'Opinion de 1997 à 2000 et Politoscopie de 1999 à 2000 créées et animées par Patrick Buisson), Pauline de Préval a également réalisé avec l'ancien journaliste des scénarios de documentaires.


Capture d'écran d'une page d'archives de l'organisation de LCI

C'est aussi à elle que Patrick Buisson dédie en premier son ouvrage 1940-1945 Années érotiques tome 2: de la grande prostituée à la revanche des mâles, en des termes assez explicites:

«A Pauline de Préval, vestale héroïque de ces années érotiques dont elle a su entretenir la flamme par gros temps. Ce livre doit beaucoup à ses travaux de recherche, à nos interminables conversations et davantage encore à son mauvais esprit curieux de tout et du reste.»


 
Capture d'écran des remerciements de l'ouvrage 1940-1945 Années érotiques tome 2: de la grande prostituée à la revanche des mâles

La journaliste, auteure d'un ouvrage sur Jeanne d'Arc, a par la suite suivi l'ancien journaliste sur la chaîne Histoire, qui dépend du groupe TF1. Chaîne qu'elle aurait quitté depuis quelques mois, à en croire le service presse. 

Impossible en revanche d'en connaître les raisons exactes: la chaîne Histoire, gérée par «une dizaine de personnes» et qui ne constitue pas une rédaction à part entière au sein du groupe TF1, est très difficile à joindre (et reste d'ailleurs introuvable en passant par le numéro de standard pourtant renseigné sur le site). De même, les éditions du Seuil qui ont publié l'ouvrage de Pauline de Préval, n'ont pas souhaité nous indiquer les coordonnées de la journaliste:

«Si c'est pour l'affaire Buisson, on ne peut pas vous aider.»

«Oui, bien sûr, je la connais», confirme de son côté Jean-Sébastien Ferjou, qui atteste également l'existence d'un conflit entre Patrick Buisson et Pauline de Préval. Il en profite pour glisser: «Il a construit un univers assez sombre, même tragique, autour de lui...»

Une amertume d'autant plus forte qu'à l'en croire, «Patrick Buisson disait souvent en rigolant qu'[Atlantico] faisait parti des centristes mous». Et de conclure:

«C'est la double peine pour moi. Je suis pris en étau entre d'un côté, lui qui nous disait à l'époque qu'on était trop mous et aujourd'hui, ces rumeurs qui nous résument à lui.»

A.F.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte