Municipales 2014France

Municipales: le PS va-t-il se prendre la vague?

Olivier Biffaud, mis à jour le 04.03.2014 à 12 h 11

L'hypothèse d'une raclée pour la majorité est revenue à la mode ces dernières semaines. Mais trois autres possibilités sont encore présentes sur la table: une raclée «décalée», une absence de raclée voire un découplage complet entre politique nationale et locale.

Crescent Bay Wave Barrel Shot Laguna Beach / Axion23 via Flickr CC License by

Crescent Bay Wave Barrel Shot Laguna Beach / Axion23 via Flickr CC License by

A chaque semaine son hypothèse. Successivement, les observateurs ont prévu une vague bleue, comme l'UMP qui voyait venir une déferlante anti-hollandaise après la lame anti-sarkozyste de la présidentielle. Puis il y a eu la séquence Front national, celle qui fonctionne avec un record d'abstention, quand le parti d'extrême droite se présentait lui-même comme le premier parti de France.

Ensuite il s'est dit que la gauche, PS en tête, allait sauver les meubles en gardant Paris et en gagnant, peut-être, Marseille, ce qui cacherait le reste. Comme la boucle est bouclée, la dernière hypothèse en vogue est celle de la raclée monumentale pour les socialistes, genre 1983.

C'était deux ans après la victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1981 –il y a donc à peine plus de trente ans, date à date. Le Parti socialiste a alors déjà subi un premier revers aux cantonales de l'année précédente, en 1982, ainsi que lors d'une salve de législatives partielles, comme en 2013.

Ressemblances et différences

Face à la crise, le projet économique de la gauche ne fonctionne pas et le franc est soumis à des attaques récurrentes. Les «déçus du socialisme» apparaissent dans le paysage. Au premier tour des municipales, la droite obtient plus de 53% des suffrages exprimés dans les villes de plus de 30.000 habitants et 58% dans celles de plus de 100.000. Ces scores annoncent la raclée du second tour.

Le 13 mars 1983, la droite efface sans coup férir les gains réalisés par la gauche aux municipales de 1977. Cette dernière perd trente-et-une villes de plus de 30.000 habitants et elle en gagne une seule sur la droite: Châtellerault, grâce à Edith Cresson. Le PS perd, notamment, Nantes, Grenoble, Roubaix, Tourcoing, Epinal, et ne sauve Marseille que grâce à un mode de scrutin favorable... Le PCF, qui pèse encore plus de 15% sur le plan national, voit s'envoler Reims, Saint-Etienne, Béziers, Sète, Nîmes, Grasse...

A Paris, Jacques Chirac, chef de file du RPR, fait main basse sur les vingt arrondissements. Au lendemain de la défaite, le Premier ministre Pierre Mauroy présente la démission de son gouvernement au président de la République. Il est reconduit à Matignon et le 21 mars, le franc perd 8% de sa valeur par rapport au mark. La France met les deux pieds dans l'austérité, appelée pudiquement rigueur.

Les municipales des 23 et 30 mars 2014[1] vont-elles resservir le scénario des 6 et 13 mars 1983?  A dire vrai, c'est l'une des hypothèses possibles mais ce n'est pas la seule.

Car on voit bien certaines ressemblances –l'impopularité de l'exécutif, encore plus forte aujourd'hui qu'il y a trente ans, la désaffection de l'électorat de gauche, le mauvais état économique du pays– mais s'y ajoutent des dissemblances –l'enthousiasme médiocre que soulève la droite, l'enracinement du FN dans le paysage, la poussée inquiétante de l'abstentionnisme. Et c'est justement l'imbrication et la combinaison de ces facteurs –identiques ou opposés– qui feront des municipales une vague, une raclée ou encore un résultat mitigé dans lequel il y aura à boire et à manger.

Perplexité des sondeurs

Foi de sondeur, on peut dégager quatre grands scénarios possibles... Chacun d'entre eux pouvant être mâtiné d'une petite touche de l'un des trois autres pour pimenter la sauce! Avant de se jeter à l'eau, il convient de rappeler un fait: à trois semaines du premier tour, les experts des instituts de sondages laissent parfois percer une certaine perplexité mais rien n'indique dans leurs études que la raclée est acquise et inéluctable.

Incontestablement, la gauche recule –il faut dire aussi que le scrutin précédent de 2008 avait marqué un point haut pour elle– mais elle tient tout de même sans marquer les signes d'un effondrement. Ce n'est peut-être qu'une question de temps. Certains, à droite, veulent croire que cet effondrement sera perceptible au bout de la campagne. Peut-être.

Premier cas de figure, donc, la raclée. Si une fessée était administrée à la gauche alors qu'on n'en voit pas concrètement les signes annonciateurs dans les enquêtes, elle s'expliquerait par plusieurs erreurs d'appréciation des instituts de sondage. Ceux-ci auraient d'abord sous-estimé l'ampleur de l'abstention, phénomène, il est vrai, difficile à appréhender avec une grande précision tant l'intention d'aller voter et la décision de le faire peuvent être éloignées.

En l'espèce, cette abstention frapperait principalement l'électorat de gauche et elle favoriserait le vote d'extrême, surtout celui d'extrême droite, dont l'électorat est beaucoup plus mobilisé. Seconde erreur des sondeurs: ils auraient surestimé la qualité et l'ampleur des reports de voix à gauche au second tour.

Attendre les sénatoriales

Deuxième hypothèse, la raclée décalée. Alors que le postulat précédent portait sur une raclée générale, celui-ci évoque une fessée d'ampleur mais moins immédiatement visible car portant sur une catégorie de villes à population moindre. La razzia de la droite concernerait alors des villes de 10.000 à 20.000 habitants et beaucoup moins, voire marginalement, celles des catégories supérieures en raison de l'évolution sociologique à gauche de ces villes.

Paris en est, à cet égard, un exemple typique. Ira-t-il jusqu'à s'étendre à Marseille, infligeant un sérieux bémol à la victoire de la droite? C'est l'hypothétique basculement d'un seul secteur de la cité phocéenne, probablement le IIIe, où se présente la ministre Marie-Arlette Carlotti, qui donnera la réponse.

Dans ces deux premiers cas, l'ampleur de cette raclée s'appréciera aussi au moment du scrutin sénatorial de septembre via les grands électeurs que sont les conseillers municipaux.

Troisième supposition, l'absence de raclée. Malgré une faible résistance de la gauche, la droite ne parvient pas à mobiliser l'électorat en raison de la faible attirance que suscite son projet politique global et du charisme modéré que dégagent ses candidats.

Dans ce cas, le discrédit général pousse l'abstention sans toutefois profiter au Front national qui, en réalité, se présente dans un moins grand nombre de villes qu'il ne l'avait annoncé au départ. Là, l'extrême droite peut se maintenir au second tour à la faveur d'une triangulaire, sans espoir de remporter la ville, mais en favorisant la reconduction de l'équipe sortante... de gauche.

Le sommet et la base

La quatrième et dernière hypothèse est la plus iconoclaste car elle ne correspond à aucun des schémas connus jusqu'ici. Par tradition, les élections intermédiaires sont souvent, sinon toujours, défavorables au pouvoir en place. Cela devrait être d'autant plus vrai lorsque ce pouvoir jouit d'une impopularité record, comme c'est le cas aujourd'hui avec le couple de l'exécutif.

La nouveauté serait justement que naisse un découplage entre l'appréciation de François Hollande et Jean-Marc Ayrault, d'un côté, et le vote en faveur des listes de gauche conduites par le PS, de l'autre. Cela signifierait que l'hostilité à l'égard du sommet de la pyramide ne rejaillit pas sur la base.

A franchement parler, ce n'est pas le cas de figure le plus généralement retenu par les politologues. Il est vrai qu'il créerait une situation politique inédite. C'est pour ça qu'il a un petit côté fascinant!

Olivier Biffaud

NDLE: Il s'agit bien des municipales des 23 et 30 mars, et non 13 et 20 comme indiqué par erreur dans un premier temps. Retourner à l'article

Olivier Biffaud
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Journaliste
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