Municipales 2014France

NKM, le cas désespéré de l'UMP?

Olivier Biffaud, mis à jour le 18.02.2014 à 18 h 04

Cela fait un an que la candidate de droite s'est déclarée. Depuis, rien ne bouge dans le bon sens pour elle. Pourtant le ban et l’arrière-ban de son parti se démènent. Jusqu'à un certain point.

NKM, en octobre 2013. REUTERS/Philippe Wojazer

NKM, en octobre 2013. REUTERS/Philippe Wojazer

Il faut se parler franchement. Ne pas se voiler la face. Prendre la mesure du défi. Les affaires sont plutôt mal embringuées pour Nathalie Kosciusko-Morizet, cheffe de file de l’UMP aux élections municipales à Paris. Après onze sondages, qui la donnent tous battue par sa rivale socialiste, Anne Hidalgo, pour la conquête de la mairie de la capitale, «jusqu’ici tout va mal» pour NKM, comme l’analyse le rédacteur en chef du service «Politique» du JDD, Bruno Jeudi.

Cela fait à peine plus d'un an, c'était le 14 février 2013, que l’ancienne maire de Longjumeau (Essonne) a déclaré sa candidature et un peu plus de huit mois qu’elle a remporté, haut la main dès le premier tour, la primaire organisée par l’UMP à Paris. Depuis, rien ne bouge vraiment dans le bon sens pour elle.

Pourtant tous les poids lourds du parti n’ont pas ménagé leurs efforts pour lui venir en aide. Le premier à se manifester a été François Fillon qui était présent à ses côtés, en décembre, lors de l’inauguration de la permanence d’un de ses proches, Vincent Roger, tête de liste de la droite dans le IVe arrondissement. Ce déplacement ne tombait pas tout à fait par hasard. Il intervenait quelques jours après la publication d’un sondage Ifop qui la donnait devancée de trois points au premier tour par Carine Petit, sa concurrente du PS, dans le XIVe arrondissement et largement battue au second avec 43% des intentions de vote. La présence de l’ancien Premier ministre était donc destinée à «booster» une campagne qui faisait alors du sur-place.

Pire que ça! Cette campagne, qui voulait plus ou moins explicitement dénoncer la «boboïsation» de la gauche à Paris, venait de friser le ridicule à propos du métro considéré comme «un lieu de charme» où il arrive à NKM «de faire des rencontres incroyables». Tout cela était révélé dans un entretien au magazine féminin ELLE dans lequel l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy reprochait à la première adjointe de Bertrand Delanoë de dire parfois «des choses trop absurdes». Elle a alors fourni une occasion inespérée notamment aux utilisateurs de Twitter de s’en donner à cœur joie.

Etait-il vraiment nécessaire qu’elle fasse cette sortie souterraine surréaliste alors même qu’en surface elle était confrontée à une fronde encore inorganisée d’opposants de droite? Et que l’homme d’affaires Charles Beigbeder s’est chargé de mettre en bon ordre au début 2014 sous le sigle Paris Libéré... comme si la ville était occupée.

Deux arrondissements clés pour faire basculer Paris

D’autant que l’axe central de sa stratégie politique de conquête –un accord avec les deux familles du centre– n’a, jusqu’à preuve du contraire, pas porté ses fruits. D’un côté, l’UDI, un peu fantomatique à Paris, est représentée par une figure assez pâle, Christian Saint-Etienne, de l’autre, le Modem, qui dispose d’un vrai capital électoral depuis 2008, ne semble fonctionner qu’autour de la personne de Marielle de Sarnez. Pas de quoi donner une irrésistible dynamique à la campagne de NKM. Comme, par ailleurs, la stratégie propre des centristes ne brille ni par sa simplicité ni par sa lisibilité, le résultat final ne peut guère aider la droite parisienne. Car si celle-ci veut décrocher le gros lot, elle doit reprendre à la gauche des arrondissements clés, c’est-à-dire des arrondissements qui envoient beaucoup d’élus au Conseil de Paris. L’UMP lorgne au moins deux d’entre eux.

L’un est le XIIe, l’autre est justement le XIVe où NKM est tête de liste. Les deux arrondissements disposent chacun de dix conseillers de Paris. Actuellement, ils en fournissent chacun deux à la droite (dont un Modem dans le XIVe) et huit à la gauche. Las, un récent sondage Ifop réalisé dans le premier ne laisse que peu d’espoir, aujourd’hui, à la droite. La tête de liste (PS) domine largement son principal adversaire (UMP) avec 43% –à peine moins qu’en 2008– contre 34%. Au second tour, le score serait sans appel: 58% contre 42%. Les choses ne se présentent pas beaucoup mieux dans l'autre.

Simulez les résultats à Paris dans les 20 arrondissements:

Une enquête réalisée par CSA début février dans le XIVe confirme la tendance observée en décembre par l’Ifop. Au premier tour, Carine Petit est toujours devant NKM qui ne recueille que 45% d’intentions de vote au second. La marge est encore assez large pour que Nicolas Sarkozy ait jugé utile de venir, en personne, apporter son soutien à la porte-parole de sa campagne présidentielle. L’ancien président de la République s’est fait acclamer par les 2.000 personnes qui étaient venues au gymnase Japy, le 10 février, pour assister à un meeting de... NKM. Au point que nombre d’observateurs y ont vu, en réalité, une sorte de «meeting électoral muet» de l’ex-chef de l’Etat. Un prochain sondage dira certainement si cette venue a fait bouger les lignes.

«C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses»

Forte de l’aide de François Fillon et de Nicolas Sarkozy, NKM vient aussi de bénéficier d’une tournée de soutien de Jean-François Copé. A juste raison, tous les deux considèrent qu’une seule mesure comptera au bout de compte: le vote des électeurs. Une façon de conjurer sondages et enquêtes multiples qui annoncent un vent mauvais, pour se donner assez de courage afin d'y croire encore et encore. Le ban et l’arrière-ban de l’UMP, eux, y croient-ils encore? Mystère! En tout cas, l’état-major du parti met tout son poids dans la balance, même si en privé certains doutent du résultat.

«Même si tu perds, tu auras gagné. Tu es sûre de faire un beau score, tu feras mieux que ce qu'auront fait les autres.»

C’est ce que Nicolas Sarkozy aurait dit à NKM, selon la journaliste Marion Mourgue qui l’écrit dans son livre Nathalie Kosciusko-Morizet, l’affranchie aux éditions Pygmalion. L’appréciation sonne un peu comme une épitaphe et elle donne un éclairage particulier au soutien que reçoit l’impétrante de la part de ses «amis» de l’UMP dont il n’est pas absolument certain qu’ils attendent tous sa victoire avec impatience. Même si l’ancien président fait savoir qu’il met vraiment la main à la pâte, allant jusqu’à «engueuler» le chanteur Enrico Macias pour le soutien qu’il apporte à Anne Hidalgo!

Comme bon nombre la soupçonne de briguer la mairie de Paris pour en faire un tremplin –ainsi fit Jacques Chirac en 1977 pour atteindre enfin l’Elysée en 1995–, ils ne seraient pas franchement déçus qu’elle rate la marche. En même temps, personne ne veut se voir reprocher, à la fin de la séquence, un soutien apporté du bout du lèvres, voire une absence qui crèverait les yeux. Aussi, les candidats –potentiels ou déclarés à l’élection présidentielle– font acte de présence sans barguigner. Tous? Peut-être pas. Mais «c’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses», selon l’adage chiraquien.

O.B.

Olivier Biffaud
Olivier Biffaud (28 articles)
Journaliste
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