Municipales 2014France

On a essayé de comprendre la stratégie des centristes pour les municipales

Olivier Biffaud, mis à jour le 13.02.2014 à 7 h 35

L’univers de l’UDI et du Modem est «une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part».

Jean-Louis Borloo et Francois Bayrou lors de l'annonce de l'alliance entre l'UDI et du Modem en 2013. REUTERS/Jacky Naegelen

Jean-Louis Borloo et Francois Bayrou lors de l'annonce de l'alliance entre l'UDI et du Modem en 2013. REUTERS/Jacky Naegelen

Nathalie Kosciusko-Morizet a-t-elle fait le bon choix en s'alliant aux centristes, dès le premier tour, pour les municipales à Paris? Marielle de Sarnez a-t-elle eu raison de ne pas jouer la carte de l’indépendance? Et si… Avec des «si», on pourrait mettre Paris en bouteille. Mais quand même on se perd en conjectures en observant l’état du centre dans la capitale. Et dans le reste de la France. Bien malin, celui qui peut décrypter et expliquer clairement la stratégie du moment suivie par Jean-Louis Borloo et par François Bayrou. Si tant est qu’il y en ait bien une!

Pour paraphraser maladroitement le philosophe Pascal, on pourrait dire que l’univers politique actuel des figures de proue de l’UDI et du Modem est «une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part». Aux municipales, le centre est partout et la compréhension nulle part. Quelle cohérence y a-t-il entre l’union des deux centres avec l’UMP à Paris contrairement à 2008, l’alliance du Modem avec le PS à Dijon comme en 2008, ou la volonté du Modem de Marseille de s’allier au socialiste Mennucci contre l’avis de Bayrou qui, lui, préfère Gaudin?

Il y a l’incohérence inhérente aux élections municipales, répondra-t-on, qui n’en font pas un seul et même scrutin national mais une multitude de consultations locales. On peut observer le même manège avec le Front de gauche dont la rigueur et la rectitude stratégiques chères à Jean-Luc Mélenchon laissent quelque peu à désirer.

Ici, le PCF est allié du PS contre le Parti de gauche, là, il part la fleur au fusil avec le Parti de gauche contre le PS, et ailleurs, le Parti de gauche signe un pacte improbable avec les écologistes… contre le PS et le PCF réunis.

D’une certaine manière, l’Alternative – sigle unificateur et fantomatique de l’UDI et du Modem – et le Front de gauche mènent des combats jumeaux. Brouillons et emberlificotés pour le passage obligé des municipales, les deux coalitions espèrent les rendre limpides et lisibles au moment des européennes. Promis, juré, de part et d’autre, tout le monde se rabibochera à la fin mai. Qui, au centre, pour défendre l’Europe; qui, à gauche du PS, pour la démolir.

Deux cadres de Modem se rallient à Hidalgo

En attendant ce grand moment de réconciliation, les deux coalitions tentent d’exécuter leur tour de chauffe municipal sans s’appesantir trop lourdement sur les divisions tactiques qui les minent. A cet égard, l’alliance réalisée à droite à Paris est un cas d’école. Patron de l’UDI, Jean-Louis Borloo y a mis tout son poids, hémisphère droit de François Bayrou, Marielle de Sarnez a joué sa carte personnelle, et NKM, maire putative de la capitale, essaie de faire monter la mayonnaise UMP-centre.

Las! Une des pièces de l’attelage montre des faiblesses: le Modem. Seul conseiller de Paris sortant appartenant à ce parti, Jean-François Martins a tout de suite rejoint la campagne de la candidate socialiste Anne Hidalgo. Dans la foulée, quelques uns de ses amis ont suivi le même chemin. Et voilà que maintenant le directeur de la communication de François Bayrou, Matthieu Lamarre, apporte lui aussi son soutien à l’adversaire de gauche. Cette moitié du centre considère que l’humanisme n’est pas la vertu première de l’UMP de Jean-François Copé par les temps qui courent.

Dans l’autre moitié, à l’UDI, on semble s’accommoder plus facilement de la cohabitation avec le principal parti de l’opposition parlementaire. Le seul accroc notable concerne le XXe arrondissement où un jeu de chaises musicales a conduit, par mesure de rétorsion, à la présentation d’une liste UDI contre une autre labellisée par NKM. A la décharge des belligérants, il faut noter que la droite et le centre ont obtenu des résultats assez modestes dans cet arrondissement, au premier tour, en 2008. A tel point que le second avait mis aux prises deux listes de gauche: une officielle et une dissidente.

Les centristes parisiens ont un tropisme de gauche

Et si la mayonnaise UMP-centre a du mal à monter, c’est qu’il y a des raisons politique et sociologique. La première est évidemment de choix de François Bayrou en faveur de François Hollande au second tour de la présidentielle de 2012. Une partie de l’UMP ne lui pardonne pas cette «trahison» et elle ne digère pas le soutien que Jean-François Copé et quelques barons lui apportent à Pau. Nicolas Sarkozy, de son côté, a attendu la fin du discours de Marielle de Sarnez (pour ne pas avoir à l’applaudir), lundi 10 février à Paris, avant de pénétrer dans le gymnase Japy où il venait soutenir NKM en meeting.

La seconde raison est sociologique. L’électorat centriste de la capitale ne penche pas majoritairement à droite. Contrairement à ce qui peut s’observer sur le plan national. Le centrisme parisien a un tropisme de gauche. D’où les réactions épidermiques de certains cadres du Modem, surtout quand l’UMP se raidit sur les questions de société comme c’est le cas dans la période actuelle sur le mariage ou sur l’IVG. Ces cadres reflètent la sensibilité de leur électorat. Mais cela ira-t-il jusqu’à se traduire massivement dans les urnes?

En 2008, Marielle de Sarnez avait fait cavalier seul face à Françoise de Panafieu qui briguait la mairie de Paris pour le compte de l’UMP. Ses listes avaient récolté 62.686 voix dans l’ensemble des vingt arrondissements, soit 9,1% des suffrages exprimés. C’est ce pactole que visait NKM en faisant alliance avec elle. Notamment dans le XIVe où l’ancienne maire de Longjumeau se présente: Marielle de Sarnez y avait recueilli 13,9%. Ou bien dans le Ve – un arrondissement que lorgne la gauche – où le Modem avait ramassé 14,3% des voix.

A lui seul, ce réservoir de suffrages permettra-t-il à l’une des deux principales candidates de faire le break? Il faut se rappeler que Nicolas Sarkozy n’avait fait «que» 44% au second tour de la présidentielle à Paris pour mesurer qu’à ce moment précis, le 6 mai 2012, l’électorat centriste de la capitale n’avait pas été au rendez-vous de la droite. 

Olivier Biffaud

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Journaliste
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