FranceMunicipales 2014

À Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet est sur la voie Royal

Gaspard Dhellemmes et Olivier Faye, mis à jour le 31.01.2014 à 10 h 52

Depuis deux mois, certains observateurs comparent sa campagne municipale à celle, désastreuse, de Philippe Séguin en 2001. Mais à y regarder de plus près, NKM, iconoclaste et seule contre tous, serait plutôt en voie de «ségolénisation».

Nathalie Kosciusko-Morizet, le 9 octobre 2013. REUTERS/Philippe Wojazer.

Nathalie Kosciusko-Morizet, le 9 octobre 2013. REUTERS/Philippe Wojazer.

Les amateurs de l’incontournable documentaire d’Yves Jeuland Paris à tout prix connaissent l’histoire par cœur: celle de la campagne catastrophique de Philippe Séguin, parachuté par le RPR en 2001 dans la capitale, candidat à des municipales représentant le dernier défi de sa vie politique. L’ancien maire d’Epinal promène dans le film sa lassitude, enchaîne déboires et erreurs, pâtit de la dissidence de Jean Tibéri et finit défait par Bertrand Delanoë au soir du second tour.

Depuis plusieurs semaines, certains commentateurs de la vie politique parisienne croient percevoir des similitudes entre cette lente agonie et la campagne menée à Paris par Nathalie Kosciusko-Morizet, elle aussi ancienne ministre, elle aussi députée d'une circonscription extérieure à la capitale. Dissidences, erreurs stratégiques, déclarations mal comprises… Les ennuis ne manquent pas alors que la campagne municipale entre dans sa dernière ligne droite.

S’il s’agit dans les deux cas du parachutage compliqué à Paris d’un poids lourd de la droite, difficile de voir plus de ressemblances que cela. En 2001, Philippe Séguin devait affronter des listes dissidentes menées par le maire sortant Jean Tiberi dans chaque arrondissement. Ces dernières réunissaient plusieurs maires d’arrondissements sortants, comme Jean-François Legaret dans le Ier ou Jean-Pierre Lecoq dans le VIe.

Le dissident Charles Beigbeder, lui, ne compte en cette année 2014 aucun poids lourd de la droite parisienne parmi ses colistiers. Quoi de commun, par ailleurs, entre un Philippe Séguin notoirement dépressif, arrivé au terme de sa carrière, et la pugnace NKM qui, elle, entend faire de cette candidature une étape de plus dans sa marche vers l’Elysée?

Difficulté à rassembler son camp

Au jeu des comparaisons, mieux vaut dresser un parallèle avec la Ségolène Royal de 2007, celle qui était candidate à la présidence de la République.

Premier point commun: leur difficulté respective à rassembler leur camp. En championne des sondages, donnée seule vainqueur possible dans le cas d’un duel contre Nicolas Sarkozy, Royal est désignée à l’époque sans difficultés candidate par les militants socialistes lors d’une primaire interne contre Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. Et se fiche, dès lors, de la complainte des éléphants.

Au soir de sa victoire, elle ne prend même pas la peine de téléphoner à ses deux concurrents malheureux. La candidate apparaît rapidement esseulée, claquemurée dans ses bureaux du «2-8-2» boulevard Saint-Germain. Concurrencée par la montée de François Bayrou dans les sondages, elle accusera même en pleine campagne les éléphants de «n’avoir pas suffisamment fait bloc» autour d’elle.

L'opinion contre les appareils

Nathalie Kosciusko-Morizet a tenté un pari similaire: celui de l’opinion contre les appareils. Consciente que la droite parisienne représente, depuis le départ de Jacques Chirac en 1995, un champ de mines où les intérêts personnels priment sur ceux du collectif, la députée a tout fait pour que soit organisée une primaire, censée la légitimer. Une façon aussi pour elle de s’affranchir de certains «barons» de la droite qu’elle juge trop «ringards». Le résultat est un demi-échec étant donné la faible participation.

Très rapidement, NKM apparaît isolée: les dissidences se multiplient, et les hauts responsables de l’UMP ne semblent pas pressés de lui porter secours. Et semblent parfois même désireux de lui maintenir la tête sous l’eau, à l’image d’un Jean-François Copé dénonçant les «coûts de gestion aberrants» du contrat Ecomouv’ signé par l’ancienne ministre.

Une victoire à Paris projetterait la jeune femme en figure majeure de la reconquête à droite, ce que personne ne souhaite rue de Vaugirard. Comme Royal en 2007, NKM finit par dénoncer cette situation en pointant du doigt, en décembre, «les manœuvre de retardement» des «états-majors».

«Le même côté madone, télévangéliste»

Dans le livre que nous avons consacré à la candidate à la mairie de Paris, Alain Minc dresse un parallèle entre les deux femmes:

«NKM est folle comme Ségolène, mais elle a une tête. Nathalie a ce même sentiment d’être poussée par une force intérieure, une forme d’hubris, mais elle est bien plus structurée intellectuellement. »

Et de poursuivre:

«Elle a ce même côté madone, télévangéliste. Et présente un mélange de racines conservatrices et d’ouverture à la modernité, toutes choses qu’avait Ségolène.»

Baroques, imprévisibles, perchées, habitées… Tels sont les qualificatifs dont sont affublées ces deux figures atypiques de la vie politique française. Quand Ségolène Royal harangue la foule vêtue d’une toge bleue et se fait photographier en Liberté guidant le peuple drapeau à la main, NKM pose alanguie sur un tas de feuilles mortes, une bible à ses pieds.

Les deux femmes s’illustrent également par leurs gaffes, l’une évoquant la «bravitude» en parcourant la muraille de Chine, l’autre racontant ses «moments de grâce» vécus dans le métro.

Conservatisme et modernité

Comme le note l’ancien visiteur du soir de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, les deux ambitieuses présentent en plus la particularité d’avoir été élevées dans des milieux conservateurs et d’incarner une forme de modernité. La première, fille de militaire issue d’une famille nombreuse de l’Est de la France, a su faire évoluer le logiciel de la gauche sur des sujets comme la sécurité ou l’éducation et a été une des premières à utiliser le web dans une campagne électorale avec Désirs d’avenir. La seconde, fille, petite-fille et arrière-petite-fille de maires des Hauts-de-Seine, polytechnicienne comme son père, son oncle et son grand-père, catholique pratiquante, a su s’appuyer comme ministre sur deux thèmes porteurs pour les années à venir: l’écologie et l’économie numérique.

Les similitudes ne manquent donc pas entre NKM et Ségolène Royal, qui se rêvent (ou se sont rêvées) première femme présidente de la République. Le soir de sa défaite face à Nicolas Sarkozy, la seconde avait donné rendez-vous à ses troupes pour «d'autres victoires». Gageons qu'un échec face à Anne Hidalgo en mars prochain n'ôterait pas davantage à Nathalie Kosciusko-Morizet sa foi en ses chances d'accéder un jour à l'Elysée.

Gaspard Dhellemmes et Olivier Faye

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