Parents & enfantsFrance

La «guerre du genre» à l'école, un épouvantail planté par la droite

Louise Tourret, mis à jour le 31.01.2014 à 9 h 26

Il n'y a pas que les amis de Civitas, Soral ou Dieudonné qui font croire que «la théorie du genre s’immisce à l’école».

A Geste. REUTERS/Stephane Mahe

A Geste. REUTERS/Stephane Mahe

C'est Le Parisien-Aujourd’hui en France qui en a parlé le premier, mardi 28 janvier, au lendemain d’une grève lancée par, entre autres, une proche d’Alain Soral, Farida Belghoul, pour protester contre «l'enseignement obligatoire de la théorie du genre» dès le primaire. Le quotidien a choisi un titre très dramatique pour son papier: «La rumeur qui vide les écoles». Et de fait, une école de Meaux aurait enregistrée 40% d’absences ce jour là, d’autres établissements 20% —tout est raconté .

Comme à l’accoutumée, les grands médias audiovisuels se sont mis dans la roue du Parisien, puis l’AFP a fait une dépêche à la mi-journée, dépêche reprise par plusieurs sites d’information. Le Monde a proposé un papier sur son site en fin d’après-midi pour démonter les fausses allégations sur lesquelles reposent les rumeurs, Libération parlait mercredi matin «d’élucubrations réacs sur l’école».

Elucubrations, oui, c’est certain, mais même si ça en étonne certains, en 2013, des parents d’élèves croient que des professeurs des écoles vont les inciter des enfants à se masturber… Il faut certes être à la fois crédule et très méfiant pour tomber dans ce panneau, mais le fait que des parents soient prêts à retirer leurs enfants de l'école, même un jour, constitue un événement très inquiétant.

Mais genre ou gender, l’épouvantail n’est pas brandi que par les amis de Civitas, Soral ou Dieudonné. Olivier Vial, président de l'organisation universitaire l’UNI, très à droite mais pas au point de s’assimiler aux mouvements qui participent à «Jour de colère» ou qui appellent au boycott scolaire, a fondé l’Observatoire du genre il y a déjà un an dans le seul but de démontrer que les «théories du genre» seraient en train de pénétrer «insidieusement» l’école.

Son mot d’ordre: ABCD de l’égalité = danger. Sa peur: «Qu’on enseigne l’indifférenciation sexuelle à nos enfants».

Par ailleurs, Le Figaro, qui n’est pas jusqu'à nouvel ordre proche d’Egalité et Réconciliation et d'Alain Soral, revient régulièrement sur le sujet, le plus bel exemple étant sa une du 29 mai dernier: «Ces professeurs qui veulent imposer la théorie du genre à l’école». La double page qui suivait était titrée «La théorie du genre s’immisce à l’école».

En 2011, 80 députés UMP demandaient au ministre de l'Éducation nationale de l'époque, Luc Chatel, le retrait de manuels qui mentionnaient que l’identité sexuelle se définit aussi par le contexte socioculturel dans lequel évoluent les individus.

Et lundi, Jean-François Copé, maire de Meaux et président de l’UMP, faisait cette déclaration rapportée par Le Parisien:

«Je suis choqué par la théorie du genre et je comprends les familles, La priorité de l’école doit rester les fondamentaux.»

Même s’il a par la suite condamné les appels au boycott, la méfiance envers des «théories» qui n’auraient pas droit de cité à l’école demeure.  

En marge de la conférence de presse qu'il tenait à la Sorbonne mardi pour installer un nouveau Conseil national d’évaluation des politiques scolaires, Vincent Peillon qualifiait Jean-François Copé «d’irresponsable», tout en laissant entendre qu’il existait une «théorie du genre».

Toujours est-il est que l’affaire devrait continuer car le boycott lancé par Farida Belghoul est censé être reconduit chaque mois. Il y a un usage politique à faire croire que des dispositifs tels que l’ABCD de l’égalité sont le fruit d’une idéologie inspirée par une théorie du genre —qui n’existe pas à proprement parler et que personne n’est vraiment capable de définir… Et on peut aussi rappeler que cette exploitation politique n’est pas seulement le fait d’extrémistes: en la matière, l’UMP a déjà préparé le terrain.

Mais Il faudrait aussi réfléchir au nouveau front qui s’ouvre sur une guerre de valeurs. Avec cette idée qui semble nourrir la rumeur: des gens «d’en haut» voudraient imposer leurs normes sexuées, plus libérales, aux gens «d’en bas»…

Louise Tourret

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