FranceMunicipales 2014

Paris est-elle une ville sale?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 30.01.2014 à 10 h 18

Oui, mais pas plus que Londres ou New York selon le classement de TripAdvisor que NKM n'arrête pas de citer.

Un éboueur balaie des copies du journal France Soir après une manifestation syndicale le 24 octobre 2011 à Paris, REUTERS/John Schults

Un éboueur balaie des copies du journal France Soir après une manifestation syndicale le 24 octobre 2011 à Paris, REUTERS/John Schults

La candidate UMP à la mairie de Paris Nathalie Kosciusko Morizet a lancé jeudi 23 janvier son plan «propreté à Paris» en affirmant que Paris est une ville sale. Est-ce vraiment le cas?

Oui, mais pas plus que d'autres grandes villes comparables. Et cela dépend beaucoup du quartier dont on parle ou encore de l'heure.

La propreté d'une ville est un concept encore aujourd'hui hautement subjectif et il n'existe pas d'indicateurs concrets ou de comparaisons rigoureuses à l'échelle internationale. L'idée selon laquelle les rues de Paris sont sales n'est pas nouvelle, et la ville était déjà connue à l'époque moderne (entre les XVIe et XVIIIe siècles) pour sa puanteur.

Les Parisiens, dont le manque de civisme est souvent pointé du doigt, n'ont jamais été très respectueux des règles de propreté de la voirie. Au XIVe siècle déjà, une ordonnance royale y avait instauré l’obligation de balayer devant sa porte et d’apporter ses ordures dans des décharges, sans être vraiment respectée par les Parisiens.

Un enjeu électoral depuis des décennies

Dans les années 1950, les élus locaux évoquent lors des conseils municipaux la réputation de Paris comme ville la plus sale du monde ou encore la «négligence et le laisser-aller» d'une partie de la population sur ces questions. Aujourd'hui, il existe un numéro de téléphone et un site Internet très bien fait pour se débarrasser de ses encombrants en les faisant ramasser par les services municipaux, mais de nombreux habitants continuent de laisser les leurs dans la rue sans prévenir quiconque.

La propreté est, comme dans beaucoup d'autres villes, devenue un enjeu électoral récurrent au cours du XXe siècle. Mais c'est Jacques Chirac qui a été le premier à en faire un thème central lors de sa campagne victorieuse de 1977. Il faut dire que les années 1970 sont la période récente où la propreté était la plus problématique à Paris: les Trente glorieuses avaient entraîné un volume d'ordures inédit, et les grèves fréquentes des éboueurs, en majorité des travailleurs immigrés précaires, renforçaient l'impression de saleté.

Après son élection, Jacques Chirac effectue plusieurs changements de grande ampleur: il créé une direction de la propreté de Paris et mécanise la collecte (les éboueurs apportaient jusque-là les poubelles sur leurs épaules au camion), y-compris des déjections canines avec les fameuses motocrottes.

En 2001, le socialiste Bertrand Delanoë a lui aussi fait de la propreté un de ses thèmes de campagne. Aujourd'hui, c'est donc la candidate UMP qui assure que la ville est sale en citant une étude réalisée par le site de voyages TripAdvisor en décembre 2012, basée sur les réponses de 75.000 utilisateurs ayant récemment visité une des 40 grandes villes touristiques mondiales sélectionnées.

Moins sale que Londres et New York

Cette étude n'a rien de scientifique, mais c'est la seule comparaison internationale actuellement disponible, et a le mérite de refléter le ressenti des touristes, à defaut de celui des habitants. Paris s'y classe à la 24e place, loin derrière Tokyo, Singapour et Zürich, qui occupent les trois premières places, mais devant de grandes métropoles comme Londres (26e) ou New York (28e), deux villes où la saleté des rues est aussi un sujet médiatique récurrent.

La propreté n'est peut-être pas un des points forts de la ville la plus visitée du monde, mais elle n'est pas la seule dans ce cas. La saleté n'est par pas non plus son talon d'Achille à en croire l'étude de TripAdvisor, où Paris obtient un moins bon classement dans les domaines de la convivialité, de la sympathie des taxis, de leur efficacité ou en termes de rapport qualité-prix de la ville.

La mairie de Paris elle-même publiait jusqu'en 2010 un baromètre annuel de la propreté, institutionnalisé en 1985 sous Jacques Chirac, avec les avis d'un échantillon représentatif de Parisiens habitant dans les 20 arrondissements de la ville. Selon sa dernière édition 64% des habitants de la capitale étaient satisfaits de la propreté de leur ville (un chiffre plutôt stable puisqu'il était de 65% en 2008 et de 62% en 2006).

Quartiers et horaires

La propreté des rues varie en fait beaucoup d'un quartier à l'autre. Depuis 1983, une partie des tâches de propreté a été progressivement externalisée. La collecte des ordures est aujourd'hui sous-traitée dans la moitié des arrondissements à des sociétés privées, et les quartiers touristiques ou prestigieux comme les Champs-Elysées sont nettoyés par des prestataires privés. Les maires déterminent aussi au sein de leurs arrondissement les zones à traiter en priorité.

Comme NKM l'a appris à ses dépens, la propreté des rues dépend aussi de l'heure à laquelle vous les fréquentez. Les éboueurs commencent leur journée à 6h du matin, et essayent dans les endroits avec beaucoup de circulation comme la Place de Clichy de finir avant l'heure de pointe du matin, quand les Franciliens se déplacent pour aller travailler.

Au contraire, les dizaines de rues qui accueillent des marchés sont particulièrement sales quand les vendeurs viennent de plier bagage.

Grégoire Fleurot

L'explication remercie Barbara Prost, auteur d'un mémoire de maîtrise sur l'histoire du nettoiement de Paris - Centre d'histoire du XXe siècle, Paris 1.

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