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Jour de colère: encore un écart monstre entre les chiffres des organisateurs et de la police

Andréa Fradin, mis à jour le 26.01.2014 à 18 h 15

REUTERS/Philippe Wojazer (FRANCE - Tags: POLITICS)

REUTERS/Philippe Wojazer (FRANCE - Tags: POLITICS)

C'est reparti pour la guerre des chiffres! L'hétéroclite collectif «Jour de colère», qui réunit aussi bien bonnets rouges, mouvements identitaires que partisans de la manif pour tous, vient de défiler cet après-midi à Paris contre la politique de François Hollande. Et le bilan vient de tomber: 17.000 manifestants selon la police, 120.000 selon les organisateurs.

Soit un rapport de 1 à 7 qui vient confirmer ce que Slate observait en 2010 lors des mouvements opposés à a réforme des retraites: «jamais dans les 10 dernières années les chiffres de manifestants de la police et des syndicats n'ont été aussi dissemblables.»

A l'époque, nous observions que plus le ratio entre les chiffres de la police et des manifestants était élevé, autrement dit plus l'écart entre les deux se creusait, plus le blocage entre gouvernements et partenaires sociaux d'alors était intense. A l'inverse, dans le cas d'un ratio faible, comme lors des manifestations anti-Le Pen le 1er mai 2002, où le chiffre était de 1,4 (900.000 selon la police, 1,3 million selon les organisateurs), on peut se figurer que gouvernants et manifestants accordaient la même légitimité au mouvement.

En clair: si l'estimation est rarement fiable, et ne permet pas de se faire une idée claire du volume des protestations, le ratio lui, se révèle être un signe très éclairant. 

2002: manifestations anti-Le Pen; 2003: manifestations contre la réforme des retraites; 2005: manifestation en faveur des salaires; 2006: manifestations anti-CPE; 2009: manifestations contre le traitement de la crise; 2010: manifestations contre la réforme des retraites; 2012: manifestation du 1er mai, entre les deux tours de la présidentielle.

Même constat lors des manifestations de ces derniers mois, organisées contre l'adoption de la loi en faveur du mariage pour tous. Nous nous étions alors prêtés au même exercice qu'en 2010 et le résultat était sans appel:

«Au cours des dix dernières années, le ratio moyen d’une manifestation en France s’établissait à 2,5, et oscillait selon les défilés entre 1,4 et 3,3. A Paris, lors des derniers rassemblements contre le mariage homosexuel, ce chiffre a explosé. Les manifestations du 24 mars et du 21 avril 2013 ont respectivement atteint des ratios de 4,67 et de 6, alors que les deux premières manifestations, organisées avant le début de l'examen du texte à l'Assemblée, connaissaient des ratios «normaux» de 2,9 et 2,4.»

Le ratio crève aujourd'hui le plafond en dépassant de peu le chiffre de 7. C'est dire si la situation est tendue entre François Hollande et les manifestants qui prennent part à ce très hétérogène «Jour de colère». 

Andréa Fradin
Andréa Fradin (204 articles)
Journaliste
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