Municipales 2014France

Elections: le Front de gauche à la recherche d'un plan B

Jean-Baptiste Mouttet, mis à jour le 04.01.2014 à 9 h 48

Les municipales déjà plombées par les dissensions entre PCF et Parti de gauche, il devrait reporter ses espoirs sur les européennes, qui l'avaient vu naître en 2009.

Jean-Luc Mélenchon, entouré de Pierre Laurent et de Clémentine Autain lors d'une manifestation à Paris en mai 2013. REUTERS/Charles Platiau.

Jean-Luc Mélenchon, entouré de Pierre Laurent et de Clémentine Autain lors d'une manifestation à Paris en mai 2013. REUTERS/Charles Platiau.

Impossible d'arrêter l'incendie. Le feu s'est déclenché dans la maison Front de Gauche quand les militants communistes ont décidé de soutenir dès le premier tour la liste PS d'Anne Hidalgo à Paris, le 19 octobre dernier, au grand dam des autres composantes de l'organisation.

Le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon a soufflé sur les braises encore vives deux mois plus tard, en mettant entre parenthèses jusqu'aux municipales sa participation au Parti de la gauche européenne (PGE) lors du 4e congrès de l'organisation à Madrid et en s'opposant à la reconduction du patron du PCF, Pierre Laurent, à sa tête. Et faisant passer à la trappe médiatiquement le fait qu'il a alors réussi à faire de l'écosocialisme un socle idéologique de la coalition européenne en faisant voter une motion rejetée par le PCF, pro-nucléaire.

Le feuilleton ne s'arrête pas là. La veille de Noël, Pierre Laurent dénonçait sur son blog l'attitude «incompréhensible» de ses alliés supposés.

«Quand la direction du PCF fait campagne pour soutenir les socialistes à Paris, elle fait violence au Front de Gauche, quand le Parti de gauche ne soutient pas Pierre Laurent à la tête du PGE, il fait violence au Front de Gauche», s'alarme Clémentine Autain, une des porte-parole d'Ensemble!, nouvelle composante du Front de gauche. «Des fois, je ne comprends pas!»

«C'est une question de cohérence», répète de son côté la coprésidente du Parti de gauche, Martine Billard. Le parti de Jean-Luc Mélenchon ne peut envisager «avoir un discours de dénonciation contre la politique gouvernementale des socialistes» et soutenir en même temps Pierre Laurent pour la tête du PGE «alors qu'il a pesé de tout son poids» pour que les militants communistes votent en faveur d'une liste d'union avec le PS à Paris. Selon elle, «les électeurs n'oublieront pas» les louvoiements des communistes...

Enjeu national contre différences locales

Le Parti de gauche pensait acquise l'opposition systématique à «la social-démocratie» et sa «politique d'austérité». L'épisode des municipales à Paris, où les communistes espèrent faire passer leur contingent de huit à treize conseillers, a prouvé le contraire.

Quand le PG et la plus grande partie des autres composantes du Front de gauche font des municipales un enjeu national, le PCF relève les différences locales. Le responsable des élections chez les communistes, Pascal Savoldelli, soutient que les Français «ne sont pas dans un vote sanction lors des municipales». Ces élections sont, selon le parti, un moyen de peser de l'intérieur sur les politiques socialistes.

Le Front de Gauche ne se porte pas beaucoup mieux en province. Dans plus de la moitié des villes de plus de 20.000 habitants, ses composantes ne partent pas ensemble: le PCF fait état d'une liste unie Front de gauche dans 137 villes sur 408 (dont Marseille, Lille, Strasbourg...), le PG en compte une vingtaine de plus.

Si à Marseille, Strasbourg ou Lille, les militants communistes ont opté pour une liste commune Front de gauche, à Rennes, ils ont choisi de s'allier au PS, tandis que le Parti de gauche a conclu de son côté un accord avec EELV. Et si à Lyon, les communistes ont décidé de se présenter sur une liste FDG contre le maire socialiste Gérard Collomb (après un vote serré, avec une majorité de 53% pour l'autonomie), 8 des 12 élus municipaux se sont désolidarisés de ce choix et ont annoncé fin octobre qu'ils «ne participeront pas à une liste Front de gauche réductrice».

Au total, le mouvement espère une moyenne nationale à deux chiffres, mais la désunion semble déjà bien l'handicaper. Selon un sondage Ifop-Fiducial, Danielle Simonnet ne recueillerait que 5% des voix dans la capitale, dans le cas où EELV ne se joindrait pas à la coalition gauche de gauche. Et le Front de gauche ne recueillerait que 8% à Marseille, malgré une liste d'union.

Trois sièges d'eurodéputés en plus?

Les municipales déjà plombées, reste à sauver les meubles fin mai, lors des élections européennes. Une échéance électorale d'autant plus importante que le Front de gauche a justement été initié lors des européennes de 2009 (6,05% des voix, quatre élus) et qu'elle fera donc office de bilan. «Nous pensons que nous pouvons gagner trois sièges supplémentaires, qui seront à partager», espère Pascal Savoldelli.

La désignation d'Alexis Tsipras, le dirigeant de Syriza en Grèce, comme candidat à la présidence de la Commission européenne lors du congrès de Madrid, fait consensus et pourrait cimenter la coalition française. «En France, le Front de gauche a une position commune sur l'Europe», explique Francis Sitel, du bureau national de Gauche unitaire: «Mais tout cela a été contrecarré avec les municipales. Ce n'est pas raisonnable.»

Du coup, la campagne européenne du Front de Gauche piétine. Les têtes de listes ne sont pas encore désignées: le PG veut attendre les municipales là où le PCF veut lancer la machine dès janvier et propose la reconduction comme têtes de listes des quatre eurodéputés sortants (deux PCF, un PG, un FDG sans appartenance à un parti de la coalition, auquel on peut ajouter un membre de la Liste «Alliance des Outre-Mers»). Ce qui pose problème au Parti de gauche puisque cela supposerait la candidature en Île-de-France de Patrick Le Hyaric, qui a soutenu l'accord avec le PS à Paris.

Une troisième force née dans la douleur

Derrière ces dissensions, on trouve en filigrane le rapport de force entre le PG et le PCF. Le premier bénéficie de la figure médiatique de Jean-Luc Mélenchon, auréolé des 11,10% obtenus lors à la présidentielle. Mais ses 13.000 adhérents ne suffisent pas à concurrencer un PCF qui en revendique dix fois plus. Un déséquilibre qui explique en partie l'intransigeance du PG, qui doit donner de la voix pour se faire entendre.

Et une autre force joue depuis peu les troubles-fêtes dans ce bras de fer: depuis novembre, Ensemble!, alias le «Mouvement pour une alternative à gauche, écologiste et solidaire» réunit des «petites» organisations du Front de gauche, la Fédération pour une alternative sociale et écologique (Fase), les Alternatifs ou des anciens membres du NPA, regroupés dans les organisations Convergence et alternative et la Gauche anticapitaliste.

L'organisation n'a pas le nombre d'adhérents du PG et du PCF (selon Francis Sitel, son secrétaire général, si les membres des différents courants sont additionnés, «on doit approcher des 3.000») mais assez pour revendiquer la place de troisième force. Là encore, la naissance du mouvement s'est faite dans la douleur: la direction de Gauche unitaire, parti fondateur du Front de gauche, a demandé l'exclusion des militants ayant rejoint Ensemble.

«Un rassemblement, pas un parti»

Critique des choix des communistes pour les municipales et regrettant les dernières décisions du PG qui en ont découlé, la jeune formation tente depuis de faire entendre sa voix. Le mouvement veut faciliter les adhésions directes au Front de gauche afin de faciliter l'ouverture de la coalition et dépasser les concurrences partisanes. Ce qui fait grincer des dents au PG comme au PCF: «Le Front de gauche est constitué d'organisations politiques. C'est un rassemblement, pas un parti. Les entités doivent conserver une part d'autonomie avec des actions communes», tranche Olivier Dartigolles, le porte-parole du PCF.

De toute façon, pour Clémentine Autain, il est déjà trop tard: «C'était au lendemain des législatives que nous aurions dû faire ça. L'urgence est de former des listes pour les européennes.» Une élection dont l'ennemi jurée du mouvement risque de sortir grande vainqueur: «Nous devons tourner la page et reprendre contact, sinon nous laissons Marine Le Pen réaliser un hold-up sur la désespérance des Français», prévient Olivier Dartigolles.

Jean-Baptise Mouttet

Jean-Baptiste Mouttet
Jean-Baptiste Mouttet (5 articles)
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