Européennes 2014France

Edouard Martin tête de liste PS: les européennes, rampe de lancement pour candidats atypiques

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 18.12.2013 à 13 h 23

Édouard Martin à Florange, le 23 janvier 2013. REUTERS/Christian Hartmann.

Édouard Martin à Florange, le 23 janvier 2013. REUTERS/Christian Hartmann.

«Je n'ai jamais pensé faire de la politique. Je porte sur elle un regard très critique», déclare au Monde, ce mercredi 18 décembre, Edouard Martin.

En mai prochain, le syndicaliste CFDT de l'usine ArcelorMittal de Florange (Moselle) devrait devenir député européen après avoir été désigné tête du liste du PS dans la région Grand-Est, où le parti avait obtenu deux sièges en 2009 malgré un score particulièrement faible de 17%.

Si les élections européennes servent souvent aux partis à recaser les recalés du suffrage universel uninominal (les battus des législatives, notamment), elles constituent aussi, avec leur mode de scrutin proportionnel, une rampe de lancement idéale pour des candidats «d'ouverture» ne faisant pas partie de l'univers de la politique professionnelle.

Dès les premières élections, en 1979, le RPR présente ainsi sur sa liste l'auteure féministe Louise Weiss qui, en tant que doyenne d'âge de la nouvelle assemblée, aura l'honneur de présider la session inaugurale et d'annoncer l'élection à la présidence du Parlement de sa compatriote Simone Veil.

Un honneur que connaîtra aussi en 1989 un autre eurodéputé atypique, le cinéaste Claude Autant-Lara, élu sur la liste FN dix ans après son dernier film: cette année-là, il cause une polémique dans l'hémicycle après avoir dénoncé la terrifiante «menace culturelle américaine» et doit démissionner quelques mois plus tard après avoir déploré, dans une interview, que le génocide nazi «ait raté la mère Veil».

La même année voit aussi l'élection au sein de la délégation française du Parlement européen, sur la liste des Verts, de Djida Tazdait, une des «têtes» des mouvements d'intégration des jeunes de banlieue dans les années 80. «J'étais même pas encore française, la naturalisation est arrivée juste avant les élections!», se souvenait-elle dix ans plus tard. La même année est élue, sur la liste PS mais sans être adhérente du parti, Nora Zaïdi, une cadre de SOS-Racisme âgée de seulement 23 ans.

L'élection la plus riche en candidats «atypiques» est sans doute celle de 1994. Sur la liste RPR-UDF, qui domine largement le scrutin, le navigateur solitaire Gérard d'Aboville décroche de justesse un siège, loin derrière l'académicienne Hélène Carrère d'Encausse, numéro deux de la liste après avoir fait la campagne du «oui» à Maastricht deux ans plus tôt.

Bernard Tapie, qui talonne le PS avec sa liste Energie radicale, recrute lui la féministe Antoinette Fouque. Quant à Philippe de Villiers, à qui ces élections servent de rampe de lancement pour la présidentielle, il a pour numéros deux et trois le milliardaire franco-britannique Jimmy Goldsmith, ex-propriétaire de L'Express, et le juge Thierry Jean-Pierre, connu pour ses enquêtes sur l'affaire Urba et le prêt Pelat-Bérégovoy.

Les trois dernières éditions du scrutin européen, enfin, ont elles aussi connu leur lot de candidats originaux, notamment grâce à François Bayrou. En 1999, le leader centriste recrute sur la liste UDF le général Philippe Morillon, ancien commandant des forces armées de l'Onu en Bosnie. En 2004, il attire l'ancien patron de Radio France Jean-Marie Cavada. En 2009, l'économiste Robert Rochefort... et presque l'ex-juge Eva Joly, qui, après avoir évoqué une candidature MoDem, se présentera finalement pour Europe Ecologie-Les Verts.

Et en parlant des Verts, comment oublier le cas, on ne peut plus atypique, de Daniel Cohn-Bendit? Conseiller municipal à Francfort dans les années 80, l'ancien «Enragé» de 68 est élu eurodéputé allemand en 1994, avant de faire sa première incursion dans l'arène politique française en 1999. Devenant ainsi, lui qui n'a pas la nationalité française, le «premier député allemand élu en France». Une nouvelle preuve de l'originalité du scrutin.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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