Parents & enfantsFrance

Sproutling, le bracelet pour nourrisson qui met la NSA dans le berceau de votre bébé

Nadia Daam, mis à jour le 16.12.2013 à 10 h 24

Est-ce qu'il dort? Est-ce qu'il a chaud? Faim? Caca? La technologie nous promet de tout savoir à la seconde de ce que vit notre bébé. Les parents anxieux doivent-ils s'en réjouir?

Bendito Chupon / eperales via FlickrCC License by

Bendito Chupon / eperales via FlickrCC License by

«Vous ne savez pas vraiment ce que c'est que d'être parent jusqu'à ce qu'il soit trois heures du matin et que vous colliez votre oreille à la bouche de vos enfants pour être sûr qu’ils respirent.»

Ce que le réalisateur Judd Apatow décrit avec justesse, c’est cette angoisse qui étreint chaque parent face à la mort subite de nourrisson ou à tout malheur pouvant arriver pendant le sommeil de leur bébé.

La mort subite du nourrisson (MSN), ou mort inattendue du nourrisson (MIN) est un syndrome connu, mais qui reste relativement rare (250 décès en moyenne chaque année en France).

Les facteurs de risques sont nombreux et de plus en plus identifiés: infection (grippe, bronchiolite...), hyperthermie (due à une chambre surchauffée par exemple), accidents de literie…

On sait aussi qu’il est possible de faire baisser la moyenne des 250 décès annuels. Il y a 15 ans environ, les campagnes nationales d'information qui recommandaient de faire dormir les nourrissons sur le dos avaient fait chuter le nombre de MSN de près de 60%.

On sait aussi qu’il est possible de limiter les risques en appliquant quelques règles d’or (pas de draps ou couette, pas de tabac dans la maison, une température de 19°C, pas de cosleeping…)

Mais les parents ont aussi des techniques bien à eux pour surveiller leur bébé pendant leur sommeil (certains vont jusqu’à coller un miroir de poche devant la bouche du bébé pour vérifier qu’une buée se forme sur la glace, preuve que le bébé respire).

Il existe aussi une méthode plus périlleuse qui consiste à donner une légère pichenette au bébé ou à tousser très fort pour le réveiller légèrement et donc vérifier qu’il est en vie (pichenette ou toux qui, le plus souvent, réveilleront totalement le bébé, YOU’RE PUNKED).

Mais depuis quelques années, la technologie remplace peu à peu ces méthodes artisanales.

Le must de la surveillance parentale

Les célèbres babyphones ont, à l’origine, été créés pour permettre aux parents d’entendre le bébé pleurer mais aussi déceler tout bruit suspect. Sauf que les babyphones d’antan sont maintenant pimpés: babyphone avec caméra infra-rouge intégrée, appareil qui permet de détecter l’absence de mouvement, appli pour smartphone qui permet de surveiller la température ou le taux d’humidité de la chambre et émet des alertes le cas échéant...

On estime que 50% des parents français sont équipés d’un de ces émetteurs-récepteurs, ce qui en fait des cibles de choix pour tout nouveau joujou technologique censé surveiller souffle et sommeil de leur futur bébé.

Et en matière de surveillance parentale, on est sur le point de se surpasser. La société Sproutling vient en effet d’annoncer que son «baby monitor» allait être mis à disposition du grand public. Le 1er janvier, l’entreprise américaine avait annoncé sur son compte Twitter que 2013 allait être une formidable année pour la technologie:

Cette année a surtout été décisive pour les finances de Sproutling, puisqu’en septembre dernier, ils sont parvenus à récolter les 2,6 millions de dollars nécessaire à la finalisation du projet et à sa commercialisation.

Dès l’été prochain, les parents pourront donc se munir du «baby monitor», soit un capteur à mettre autour de la cheville du bébé et qui va envoyer par SMS diverses informations aux parents telles que «la température dans la chambre est trop élevée», «le cœur de votre enfant bat normalement, tout va bien», «votre bébé vient de se réveiller», «votre bébé vient de se rendormir», «votre bébé a trop chaud», «votre bébé a trop froid».

Le caractère anxiogène de l’appareil vous saute aux yeux? D’autres y voient le salut des parents angoissés. «J'aurais adoré avoir toutes les donnés nécessaires pour comprendre le sommeil de mon enfant. Je ne sais pas si cela aurait aidé ma fille à faire ses nuits plus tôt, mais quand on est jeunes parents, savoir c'est pouvoir», a par exemple déclaré Leena Rao sur Techcrunch.

C’est aussi ce que défend le créateur de l’appareil Chris Bruce:

«Les parents ont tous des opinions et nous ne sommes pas là pour leur dire quoi faire. Mais par exemple, si les capteurs détectent de nombreux réveils de l'enfant pendant la nuit, l'application se bornera à renseigner la courbe de sommeil et recommandera aux parents de coucher l'enfant 15 minutes plus tard le soir.»

Est-ce vraiment mieux de «tout» savoir?

Soit. Savoir que son bébé a trop chaud permettra en effet de baisser le thermostat. Des informations sur son temps d’endormissement conduiront également les parents à avancer ou reculer l’heure du coucher.

Mais l’appareil pose tout de même un certain nombre de questions.

Même si les études sur la nocivité des ondes se contredisent, l’Agence nationale de sécurité sanitaire opte tout de même pour le principe de précaution et recommande aux parents sinon de renoncer aux babyphones améliorés ou moins de les éloigner le plus possible de l’enfant. Là, le baby monitor entoure le pied de l’enfant:

Ensuite, même si on ignore encore le prix de vente envisagé, on imagine aisément qu’il sera élevé. Certains babyphones avec caméra peuvent coûter plus de 200 euros. Il y aura donc d’un côté les parents qui pourront se permettre ce type d’achat, et de l’autre ceux qui se contenteront de la technique du miroir. Si «baby monitor» est, comme le disent ses fans, le meilleur moyen d’être rassurés sur le bien-être des enfants, ceux qui n’ont pas les moyens de se l’offrir ne bénéficieront donc pas de la même qualité d’information.

Par ailleurs, oui, quand on est un parent anxieux, savoir, c’est peut-être pouvoir corriger telle ou telle chose, mais ce type de produit peut aussi être une formidable source d’angoisse On connaît la propension des parents à surréagir à un caca liquide ou à un front un peu chaud. Ceux qui apprendront grâce à cet appareil que leur bébé dort mal ou qu’il a des coups de chaud seront tentés de donner trop d’importance à ce qui est, dans la majorité des cas, tout à fait anodin.

Enfin, n’oublions pas non plus que quand le bébé dort, c’est aussi le moment où les parents peuvent faire autre chose que changer des couches, préparer des biberons, ou tout simplement penser à leur bébé. Avoir des infos en temps réel sur sa progéniture revient à être connecté à elle en permanence.

Or, on sait que pour le bien-être des bébés et l’équilibre mental des parents, il faut savoir s’aménager des moment loin l’un de l’autre (et laisser un nourrisson tout seul dans sa chambre, ce n’est pas non plus comme l’envoyer en colo).

Nadia Daam

Nadia Daam
Nadia Daam (199 articles)
Journaliste
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