Science & santéFrance

La prostate de François Hollande pose deux questions

Jean-Yves Nau, mis à jour le 04.12.2013 à 16 h 00

A l'Elysee en novembre 2013.. REUTERS/Gonzalo Fuentes

A l'Elysee en novembre 2013.. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Il avait fallu plus de dix ans pour que le secret du cancer de la prostate de François Mitterrand soit révélé. Il aura fallu deux ans et demi pour qu’une intervention chirurgicale sur la prostate de François Hollande soit rendue publique. Et il aura fallu moins de trois heures pour que l’information de France Info soit confirmée par l’Elysée et commentée par le Premier ministre sur RTL. Selon l’Elysée, l’intervention, pratiquée en février 2011 à l’hôpital Cochin de Paris, a été «bénigne, sans conséquences et sans suivi médical».

A cette époque, François Hollande se préparait à se déclarer candidat à la primaire socialiste. Il n'était pas premier secrétaire du PS, n'était plus maire de Tulle, mais cumulait les postes de député et de président du conseil général de Corrèze.

Si l’on met à part les dimensions politiques de l’affaire, les questions qui sont désormais soulevées sont de deux ordres: médical et éthique.

Qu'est-ce qu'une intervention «bénigne» sans «suivi médical»?

D’un point de vue médical, on s’interrogera sur ce que peut bien être une intervention chirurgicale «bénigne» de la prostate et, plus encore, une intervention qui ne nécessite aucun «suivi médical».

L’hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) est une affection dont le diagnostic ne pose aucun problème particulier. Sa principale conséquence clinique consiste en une gêne à la vidange vésicale. Les symptômes (on parle ici de «troubles urinaires du bas appareil») influent de façon variable sur la qualité de vie et ce sont eux qui motivent généralement la demande de traitement.

Selon la Haute Autorité de Santé, la proportion des hommes présentant de tels troubles (moyens ou sévères) est respectivement estimée à 8, 15 et 27% dans les sixième, septième et huitième décennies. Les complications potentielles de l’HBP sont la rétention aiguë d’urine, la rétention chronique avec mictions par regorgement, l’apparition de calculs vésicaux, de diverticules vésicaux voire ou d’une insuffisance rénale.

Au départ le traitement est médicamenteux: alpha-bloquants, médicaments inhibiteurs de la 5-alpha-réductase (ou médicaments «érectiles») et phytothérapie. Parmi les effets secondaires, on peut observer des vertiges et des hypotensions orthostatiques.  

Le traitement chirurgical est proposé en cas d’efficacité jugée insuffisante par le patient du traitement par médicaments. La «résection endoscopique de prostate» demeure l’intervention de référence et la procédure la plus pratiquée en France.

C’est une intervention parfaitement codifiée dont les effets secondaires sont le plus souvent bien supportés. Après, un suivi médical et biologique régulier s’impose, ne serait-ce qu’au titre de la précaution. Pourquoi dès lors parler «d’absence de suivi médical»?

Donner les «informations utiles»

Du point de vue de l’éthique, la situation est assez complexe et sera difficile à gérer. Le 29 février 2012, un an après son intervention chirurgicale et s’exprimant dans les colonnes du Quotidien du Médecin, François Hollande avait déclaré:

«Il est important que les Français aient confiance en la capacité de leur président à gouverner. Je suis donc favorable à donner publiquement et régulièrement les informations liées à l’état de santé du chef de l’Etat. […] Si je suis élu, il me semblera naturel de donner les informations utiles sur mon état de santé.»

Quelques semaines après son élection, un examen médical et biologique lui a été pratiqué au service médical de la présidence de la République et «l'examen clinique et para-clinique s'est révélé normal», avait-on pu lire début juin 2012 dans le premier communiqué officiel. Par la suite, un autre bulletin laconique avait été publié.

Rien ne permet de supposer que ces bulletins sont des faux au même titre que l’avaient été tous ceux, signés du Dr Claude Gubler, que François Mitterrand avait fait publier par le Palais de l’Elysée dès son élection à la présidence de la République. Mais la question peut-être légitimement posée de l’absence initiale de mention de l’intervention de février 2011. Le caractère tenu pour bénin de cette intervention ne saurait expliquer ce qui pourra toujours être qualifié de mensonge par omission.

Ce qui est utile et ce qui ne l'est pas

La décision de ne pas mentionner l’existence de cette intervention et sa nature pourraient certes apparaître en totale contradiction avec une volonté de transparence si François Hollande n’avait pris soin de préciser, en février 2012 qu’il lui «semblait naturel des donner des informations utiles sur son état de santé». Avec une telle formule, il se réservait la possibilité de faire la part entre ce qui était utile et ce qui ne l’était pas.

Interrogé sur les cas de Georges Pompidou et de François Mitterrand, il ajoutait néanmoins:

«Ils ont gouverné la France alors qu’ils étaient atteints de maladies graves. Leur courage et leur dignité sont gravés dans nos mémoires. Mais les Français attendent sans doute davantage de transparence aujourd’hui.»

Interrogé sur le fait de savoir s’il était disposé «à fournir des informations concernant [son] état de santé actuel», François Hollande répondait:

«Pour financer ma campagne électorale, j’ai été amené à souscrire un prêt auprès d’une banque. Et j’ai passé une visite médicale très complète pour fournir toute garantie.»

L’actuel président de la République pouvait-il raisonnablement imaginer qu’une fois élu, son intervention chirurgicale pratiquée dans le service d’urologie de l’hôpital Cochin resterait secrète? Pourquoi en taire l’existence dès lors qu’elle ne recélait aucun critère de gravité? Et pourquoi soutenir aujourd’hui qu’elle n’a nécessité «aucun suivi médical»? 

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (803 articles)
Journaliste
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