La France n'a pas de bons résultats aux tests Pisa. Ce n'est pas surprenant

REUTERS/Andrea Comas

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Ce n’est pas le niveau des élèves français (25e sur 65 pays) qui inquiète le plus les experts de l’OCDE, c’est l’incroyable capacité de notre système à reproduire les inégalités à l’école, et à produire des très mauvais élèves. Et ça, tout le monde le sait.

Qu'est-ce que l'enquête Pisa?

Des tests organisés tous les 3 ans par l'OCDE.

L'Organisation de coopération et de développement économiques qui s’intéresse à toutes sortes de sujets, de la pêche à Internet, entend «promouvoir les politiques qui amélioreront le bien-être économique et social partout dans le monde». Vaste programme, mais il est très logique qu’elle s’active sur les questions d’éducation. Tous les trois ans, elle compare les systèmes éducatifs des pays membres et de quelques autres (65 en tout en 2012) à travers une enquête nommée Pisa: les 34 pays de l’OCDE et les 31 pays qui ont décidé de rejoindre l’enquête, dont beaucoup de pays d’Asie qui occupent la tête du classement.

Qui passe les tests Pisa?

Des élèves de 15 ans.

510.000 élèves, représentatifs des 28 millions d’élèves âgés de 15 ans scolarisés dans les 65 pays et économies ont passé les épreuves en 2012.

Chaque élève a répondu à des épreuves papier-crayon d'une durée de deux heures en tout. Dans un certain nombre de pays et d'économies, les élèves ont également répondu à des épreuves informatisées de mathématiques, de compréhension de l'écrit et de résolution de problèmes pendant 40 minutes supplémentaires.

C’est quoi un test Pisa?

Pas mal de QCM, mais pas seulement. Il y a de la finance aussi (mais en option).

Les épreuves comportent des questions à choix multiple ainsi que des items qui demandent aux élèves de formuler leurs propres réponses. Les questions sont regroupées dans des unités qui décrivent une situation s'inspirant de la vie réelle. Au total, des items représentant 390 minutes de test environ ont été administrés, les élèves répondant à des épreuves constituées de différentes combinaisons de ces items.

Les mathématiques sont le domaine majeur d'évaluation du cycle Pisa 2012, dont les domaines mineurs sont la compréhension de l'écrit, les sciences et la résolution de problèmes. Lors du cycle Pisa 2012, il a pour la première fois été proposé aux pays d'administrer une épreuve de culture financière, à titre d'option.

Est-ce que Wauquiez a raison quand il dit que ces résultats sanctionnent Peillon?

Non, il est un peu gonflé.

Ces tests ont été passés en mai 2012, on ne peut pas dire que le ministre de l’Education de Jean-Marc Ayrault a pu avoir un impact sur ces résultats. En revanche, comme nous l’avions dit, ces tests sanctionnent tous les politiques et toutes les politiques conduites en France en matière d’éducation depuis que ces tests existent, c’est-à-dire 2003. Et ça, Wauquiez ne peut que le reconnaître.

Combien la France se classe-t-elle?

Les résultats ne sont pas terribles, et ça ne s’est pas amélioré depuis la précédente étude.

La France se prend comme d’habitude sa petite raclée. Nous sommes 25e pour la majeure de cette étude, les maths, et nous perdons des points. C’était attendu, et ce n’est pas très surprenant.

  • 25e sur 65 en math (ou 18e sur 34 pour les pays de l’OCDE).
  • 21e sur 65 en compréhension de l'écrit (ou 14e sur 34 pour les pays de l’OCDE).
  • 26e sur 65 en sciences (ou 19e sur 34 pour les pays de l’OCDE).

Le score obtenu en mathématiques par les élèves de 15 ans a diminué de 16 points entre Pisa 2003 (511 points) et Pisa 2012 (495 points), ce qui, en neuf ans, fait passer la France du groupe des pays dont la performance est supérieure à la moyenne de l’OCDE au groupe des pays dont la performance est dans la moyenne de l’OCDE.

Cette baisse entre 2003 et 2012 est en partie due à la chute des résultats observés en France entre 2003 et 2006.

L’écart de performance en mathématiques entre les garçons et les filles en France (9 points) se situe légèrement en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE (11 points) et est resté stable depuis 2003, masquant en fait un recul similaire des résultats des garçons et des filles. 

Quelle est la conclusion de cette étude?

Elle confirme ce qu’on savait déjà: mieux vaut VRAIMENT être enfants de profs ou de familles aisées qu’issus de milieux populaires.

Que les différences entre les plus faibles et les plus forts de nos élèves se sont encore accrues. Et que ces deux groupes augmentent et qu’ils sont de plus en plus corrélés à l’origine sociale.

L’enquête est cette année centrée sur les maths, mais l’OCDE a aussi collecté des données sur la compréhension de l’écrit. La France se situe au-dessus de la moyenne dans ce domaine. Mais, les écarts de performance en compréhension de l’écrit se sont creusés depuis les dernières enquêtes: la proportion d’élèves très performants a augmenté de 4 points de pourcentage, celle d’élèves peu performants a elle aussi augmenté de 4 points...

De plus «en France, les élèves issus d’un milieu socio-économique défavorisé n’ont pas seulement des résultats nettement inférieurs, ils sont aussi moins impliqués, attachés à leur école, persévérants, et beaucoup plus anxieux par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE. (…) En moyenne, dans les pays de l’OCDE, 78% des élèves issus d’un milieu défavorisé ont déclaré se sentir chez eux à l’école. En France, c’est 38%».

Et chez nous, les statistiques se suivent et se ressemblent: les enfants des milieux les plus aisés et les enfants d’enseignants réussissent extraordinairement bien à l’école. On écrit souvent pudiquement que les familles des milieux populaires sont trop éloignées culturellement de l’école et que c’est ce qui rend la scolarité difficile. Oui mais de manière complexe, pas forcément par sous-investissement dans la scolarité. C’est ce que montrait la sociologue Séverine Kakpo dans son ouvrage Les devoirs à la maison. Mobilisation et désorientation des familles populaires.

Beaucoup de parents de ces milieux sont tout à fait conscients des enjeux de la réussite scolaire, y consacrent du temps et de l’énergie, mais ne savent pas comment faire. Comme si dès le début, les finalités du travail scolaire n’étaient pas claires. Dans les sciences de l’éducation, on appelle l’ensemble de ce que l’école attend de ses élèves mais ne leur formule pas explicitement le curriculum caché.

Tout cela pose, comme les résultats de Pisa, une sacrée question de démocratie sociale, et de démocratie tout court, à l’institution scolaire.

Louise Tourret

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