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Ce que Libération disait d’Abdelhakim Dekhar lors de l’affaire Rey-Maupin

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 21.11.2013 à 16 h 15

Capture d'écran d'Abdelhakim Dekhar dans Faites entrer l'accusé.

Capture d'écran d'Abdelhakim Dekhar dans Faites entrer l'accusé.

Abdelhakim Dekhar a été reconnu ce 21 novembre 2013 comme l’homme qui a tiré, notamment, dans les bureaux de Libération. Protagoniste de l’affaire Rey-Maupin, mais secondaire, il sera finalement condamné à 4 ans de prison en 1998, pour complicité. Ce fait divers, le quotidien de la rue Béranger l'a particulièrement bien suivi. Est-ce une des raisons qui ont poussé le suspect des tirs du 18 novembre à s'en prendre à ce journal?

En relisant les articles de Libération de l’époque, voilà ce que l’on apprend sur Dekhar. Il a alors 29 ans, «front plissé et dégarni, lunettes carrées», il est surnommé Toumi,  et c’est lui qui a acheté l'arme utilisée lors de la fusillade par Audry Maupin. Il prétend être un indicateur de la Sécurité militaire algérienne, chargé d'infiltrer les milieux islamistes et autonomes en banlieue. C’est un «fieffé bavard» écrit Patricia Tourancheau, la journaliste «Police Justice» qui suit l’affaire; il «balance des noms», écrit-elle en janvier 1996.

Le mois suivant, Florence Rey le désigne comme le «troisième homme» qui les a aidés, elle et son compagnon Audry Maupin, à «monter le coup du braquage de la préfourrière». Lui, nie tout.

Tourancheau:

«Arrêté quinze jours après les faits, l'Algérien a trop parlé. Dekhar lui-même révèle alors qu'il existe un complice dans l'affaire et, mieux, qu'il circule à Paris un Manurhin de police dérobé à Pantin. Il se dit “agent de la Sécurité militaire algérienne” ­ son “honorable correspondant” serait au consulat d'Aubervilliers ­ chargé “d'infiltrer les milieux autonomes proches des islamistes du GIA en banlieue”. (…) Avec son K-Way et son sac à dos, l'Algérien tourne en banlieue depuis des années. Squatt, concerts, manifs, réunions, guerre du Golfe, mouvement anti-CIP, soutien aux Maliens de Vincennes, Toumi est partout. Ses bavardages ont déclenché une levée de boucliers chez des “autonomes”, qui ont dénoncé au juge son “étrange” comportement: “Le type avec des plans d'agent secret qui ne file jamais son numéro de téléphone, donne un faux nom pour sa meuf, fanfaron, braillard, solitaire, qui fait de la provoc dans les réunions, traite les autres de larves, de mous, qui ne font rien pour changer la société”, nous a rapporté un leader autonome.»

Auprès de ces autonomes, Dekhar se dit proche des GIA (groupes islamiques armés); ailleurs, il dit le contraire. En ce mois de février 96, il prétend:

«J'ai confiance dans mes supérieurs, qui interviendront quand ils le décideront pour me sortir de là. Chaque mission que j'ai exécutée ici a été supervisée par les services de renseignement français. Je suis un serviteur de l'Etat discipliné

Plus tard, en 1998, alors que va s’achever le procès, Patricia Tourancheau écrit encore:

«En garde à vue, Dekhar se présente comme "un acheteur d'objets en vente libre, fusils, duvets, couteaux", pour un certain Philippe Lemoual.»

Un leader autonome parle de Dekhar aux enquêteurs, il le décrit comme un «professionnel de la manipulation». Florence Rey le qualifie de «vantard» capable de «parler de tout», qui aurait subjugué Audry Maupin. Stéphane Violet, autre protagoniste de l’affaire, considéré comme le troisième homme avant que Dekhar ne le soit à sa place dit qu’il avait pour le couple «une attention faussement généreuse, comme un chaperon. Toumi ne ratait jamais une occasion de leur montrer qu'ils étaient jeunes et inexpérimentés. Il jouait le censeur, le curé».

Quel lien Dekhar peut-il avoir fait entre Libération et BFM TV où il a mis en joue vendredi dernier Philippe Antoine, rédacteur en chef de la chaîne? Antoine ne voit «aucun lien» possible entre son travail de journaliste sur l'affaire de 1994 et la dangereuse position dans laquelle il s'est retrouvé vendredi dernier. A l'époque de l'affaire, il avait travaillé brièvement dessus, «notamment en allant à Nanterre, dans le squat dans lequel le couple Maupin-Rey habitait pour tenter de recueillir des éléments sur elle», explique 20Minutes.fr. «Et c'est tout. Je n'ai pas du tout couvert le procès quatre ans plus tard, et le nom de Dekhar n'est apparu que longtemps après». Au sein de la chaîne, c'est Dominique Rizet le spécialiste de l'affaire. Ce journaliste police-justice figurait notamment dans le Faites entrer l'accusé consacré à l'affaire Rey-Maupin en 2003. Et quel lien avec la Société Générale?

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (740 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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