Partager cet article

Pourquoi la fiche Wikipedia de l'affaire Rey-Maupin a connu un pic dès lundi

Capture d'écran de Wikipedia

Capture d'écran de Wikipedia

Les relations de cause à effets sont souvent trompeuses. Mercredi 20 novembre au soir, on apprenait que la personne gardée à vue dans le cadre de l’affaire des tirs à Libération était impliquée dans la mortelle équipée de Florence Rey et Audry Maupin. La directrice des programmes de Wikimedia France s’interrogeait alors sur la hausse brutale de la consultation, lundi, de la fiche de l’encyclopédie consacrée à cette affaire vieille de 20 ans (590 consultations, contre quelques dizaines quotidiennement d'habitude).

Etait-ce la police qui avait recours à Wikipédia plutôt qu'à ses dossiers et fait le lien, plus de 48h avant l’arrestation d’Abdelhakim Dekhar? La coïncidence est troublante, mais elle peut facilement s’expliquer, sans avoir à regarder du côté des adresses IP des lieux de connexion (ce que Wikipédia ne fait pas).

Lundi, dès que l’on apprend, via Twitter, qu’un homme a ouvert le feu sur un assistant photographe à l’accueil du quotidien de la rue Béranger, il est un peu plus de 10h du matin. Les tirs se sont déroulés il y a quelques minutes à peine, et la plupart des sites et des twittos relaient l’information.

Il faut attendre quelques minutes supplémentaires pour que soit publiquement évoquée l’existence d’un lien entre ces tirs et l’intrusion d’un homme armé dans les locaux de BFM TV le vendredi précédent. Quand on apprend vers 12h qu’un homme a tiré sur la façade de la Société Générale à la Défense et s'est ensuite enfui en prenant en otage un automobiliste pour se déplacer jusqu'aux Champs-Elysées, beaucoup imaginent, dans les salles de rédaction et devant leurs ordinateurs, qu’un tireur est en cavale dans Paris, et cela fait immédiatement penser à une autre affaire très médiatisée en son temps: la cavale du jeune couple dans l’Est parisien. Audry Maupin et Florence Rey avaient également pris en otage un chauffeur de taxi et son passager.

Même si cette affaire remonte à plus de 20 ans et que les sites d’informations n’existaient pas encore en France, cette cavale a frappé les esprits, et pas seulement ceux des journalistes.

Revenons à Wikipédia, mémoire et archives des journalistes et internautes. La fiche, nous dit le membre de Wikipédia, a été très consultée vers 12h, le lundi, ce qui correspond au moment où l’affaire Rey-Maupin revient aux esprits. D’ailleurs, à Slate, quand nous nous intéressons aux précédentes affaires de tireurs isolés en cavale, nous incluons celle du jeune couple.

Et faisons appel à Wikipédia pour nous rafraîchir la mémoire. Sans imaginer une seule seconde que le nom du suspect est bien écrit en toutes lettres dans la fiche, et qu’Abdelhakim Dekhar, celui qui été condamné pour complicité dans la cavale Rey-Maupin, est l’homme que toutes les polices parisiennes recherchent depuis lundi. La preuve: la requête de Dekhar n’a été effectuée que mercredi, et pas une seule fois les jours précédents[1].

Il aurait pourtant été simple, avec un peu d’intuition et beaucoup de chance, ou l’inverse, de remonter sur les traces du suspect. Cela n'a pas été le cas.

Et finalement, c’est plus ça qui est surprenant. On sait depuis l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès que les internautes sont de sacrés détectives.

On aurait pu s’attendre à ce qu’ils fassent le lien et découvrent bien avant mercredi soir, la photo d’Abdelhakim Dekhar diffusée dans un «Faites entrer l’accusé» consacré à l’affaire Rey-Maupin et fassent le lien avec l’image de la vidéosurveillance.


Capture d'écran de «Faites Entrer l'accusé».

Ce n’est pas le cas. On se contentera, internautes comme journalistes sans source particulière au 36 quai des Orfèvres, de refaire le match.

Johan Hufnagel

[1] Il semble que la fiche Abdelhakim Dekhar, sur Wikipédia, n'existe plus, après avoir été active dans la nuit [signalée par Ofnik]. Retourner à l'article

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte