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Qui est Abdelhakim Dekhar, le suspect des coups de feu à Paris, condamné en 1998 dans l'affaire Rey-Maupin?

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 21.11.2013 à 11 h 56

A gauche: image de Abdelhakim Dekhar, document France 2. A droite, le suspect des tirs de Libération, image caméra de surveillance.

A gauche: image de Abdelhakim Dekhar, document France 2. A droite, le suspect des tirs de Libération, image caméra de surveillance.

Le suspect interpellé, mercredi 20 novembre, dans le cadre de l'enquête sur différents faits divers qui ont secoué la région parisienne depuis une semaine, dont des coups de feu qui ont fait un blessé grave dans le hall du journal Libération, s'appelle Abdelhakim Dekhar et son ADN correspond à celui retrouvé sur les lieux. Âgé de 48 ans, il avait été impliqué, en 1994, dans l'affaire Rey-Maupin, un des faits divers marquants des années 90.

L'homme a été arrêté à l'intérieur d'une voiture dans un parking souterrain de Bois-Colombe (Hauts-de-Seine) à la suite d'une dénonciation d'une personne qui l'aurait hébergé et à qui il aurait confié avoir «fait une connerie». Il a été placé en garde à vue médicalisée car il était dans un état comateux au moment de son interpellation en raison de l'absorption de médicaments.

Le 4 octobre 1994, Florence Rey, 19 ans, et Audry Maupin, 22 ans, deux jeunes gens proches de la mouvance autonome, braquent la préfourrière de Pantin (Seine-Saint-Denis) pour récupérer des armes en vue de braquages, puis prennent en otage un chauffeur de taxi et son passager en leur demandant de les conduire place de la Nation à Paris.

Arrivé sur place, le chauffeur provoque sciemment un accrochage avec une voiture de police. Deux fusillades vont s'ensuivre, d'abord sur la place, puis, après une poursuite en voiture, route de Gravelle, dans le bois de Vincennes, avec un bilan de cinq morts: trois policiers, le chauffeur de taxi et Audry Maupin.

Florence Rey est immédiatement arrêtée. Abdelhakim Dekkar, alias «Toumi», l'est lui quinze jours après les faits, à son domicile d'Aubervilliers, et placé en détention provisoire pour «complicité de vols à main armée» par fourniture d'arme et «association de malfaiteurs»: trois mois avant les faits, il a acheté à la Samaritaine, avec ses vrais papiers d'identité, un fusil à pompe de marque China pour 1.700 francs qui a servi le 4 octobre, et est accusé par Florence Rey d'avoir été le «troisième homme» aperçu par la police lors de l'attaque de la préfourrière.

Comme l'expliquait à l'époque Libération, il se prétendait alors «indicateur de la Sécurité militaire algérienne», chargé «par le consulat d'Aubervilliers d'infiltrer les milieux islamistes et autonomes de banlieue». Dans un autre article, le même quotidien le décrivait ainsi:

«Avec son K-Way et son sac à dos, l'Algérien tourne en banlieue depuis des années. Squatt, concerts, manifs, réunions, guerre du Golfe, mouvement anti-CIP, soutien aux Maliens de Vincennes, Toumi est partout. [...] "Le type avec des plans d'agent secret qui ne file jamais son numéro de téléphone, donne un faux nom pour sa meuf, fanfaron, braillard, solitaire, qui fait de la provoc dans les réunions, traite les autres de larves, de mous, qui ne font rien pour changer la société", nous a rapporté un leader autonome.»

Selon Le Parisien, Abdelhakim Dekhar aurait «joué un rôle primordial dans la dérive d'Audry Maupin et dans son passage à l'action violente». «C'est un homme étrange, a-expliqué son avocate de l'époque, Emmanuelle Hauser Phelizon, sur BFM TV. [...] Je n'ai plus aucune nouvelle de lui depuis 1998. Cet homme est une énigme. Je n'ai jamais eu de rapports proches. J'avais des convictions dans son dossier mais c'était quelqu'un d'extrêmement réservé et d'extrêmement intelligent.»

«Audry était particulièrement intéressé par Toumi qui savait tout, entretenait un certain mystère, et était assez vantard aussi», expliqua Florence Rey au procès. Dekhar, lui, contestait avoir été présent à la pré-fourrière de Pantin le 4 octobre 1994.

Alors que le parquet avait requis dix ans de prison, il a été condamné en septembre 1998 à quatre ans de prison pour association de malfaiteurs et acquitté pour le vol de la préfourrière de Pantin, et a été libéré immédiatement car sa peine correspondait à sa période de détention préventive. Selon une source policière citée par l'AFP, il n’avait «pas donné signe de vie» depuis et son ADN «n’avait pas été prélevé» car «il n’y avait pas de fichier des empreintes génétiques à cette époque».

Florence Rey avait elle écopé de vingt ans de prison. Elle est sortie de détention en mai 2009.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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