France / Économie

Les entreprises françaises en mal de financement

Temps de lecture : 2 min

Les banques sont frileuses et les ménages peu tentés par les placements à risque.

Une employée de banque compte des euros à Bangkok. REUTERS/Sukree Sukplang.
Une employée de banque compte des euros à Bangkok. REUTERS/Sukree Sukplang.

Toutes les entreprises françaises ne peuvent pas, comme Criteo, aller tenter leur chance à New York et se faire coter au Nasdaq, le marché boursier réservé aux entreprises innovantes. Il faut pour cela être une entreprise de haute technologie, à croissance rapide et au développement international. Pourtant, la cotation en bourse permet de trouver de nouveaux investisseurs capables d’apporter leurs capitaux en grand nombre à l’entreprise.

Mais les épargnants français n’aiment guère les actions et privilégient l’immobilier. Et pour ce qui concerne l’épargne financière, ils préfèrent les livrets défiscalisés ou l’assurance-vie. Question de culture. Cette tendance de long terme a en outre été accentuée par la crise financière, qui a largement augmenté la défiance des épargnants envers les banques et la bourse.

Les assises de l’entrepreneur initiées par le ministère du Redressement productif en septembre ont ainsi constaté que les solutions proposées aux entrepreneurs étaient plus difficilement accessibles en France que dans d’autres pays comparables. Les «business angels» prêts à accompagner les créations y sont plus rares qu’ailleurs et les fonds consacrés au capital-risque y sont insuffisants.

La prudence des établissements financiers

Ces habitudes ne font pas l’affaire des entreprises, qui doivent, dans l’immense majorité des cas (80%) se tourner vers leur banque pour trouver un financement. La situation est paradoxale: les banques doivent renforcer leurs fonds propres et sont enclines à davantage de prudence au moment même où les entreprises doivent améliorer leur compétitivité et investir dans de nouveaux équipements.

Les établissements financiers renâclent à prêter. Malgré la création de la Médiation du crédit et de la Banque publique d’investissement (bpifrance), destinées à aider les entreprises à trouver les fonds dont elles ont besoin, la situation ne s’améliore pas.

Selon un rapport rendu au gouvernement par Paris-Europlace (autorité régissant la bourse de Paris) en début d’année, le marché de l’épargne fait ainsi face à un déséquilibre. D’un côté, les ménages sont pourvoyeurs nets d’épargne, mais ont une préférence pour la liquidité et la sécurité; de l’autre, les entreprises non financières et les administrations publiques sont à la recherche de financements généralement longs et risqués.

Attirer l’épargne des ménages

Pour les entreprises, trouver des capitaux tient aujourd’hui de la quadrature du cercle: le baromètre KPMG-CGPME paru début octobre montre que 70% des chefs d’entreprise ont au moins un besoin de financement, alors que 37% d’entre eux déclarent se restreindre dans leurs investissements. Des chiffres record. Difficile dans ce cas de gagner en compétitivité et plus encore de créer de l’emploi...

Pour que les entreprises puissent trouver les financements qui leur sont nécessaires, il est important d’encourager l’épargne des ménages à s’y investir. Et cela passe aussi par une fiscalité qui encourage la prise de risque. C’est pourquoi la décision de taxer davantage certaines formes d’épargne dans le budget pour 2014 a été si controversée, et, en partie, annulée.

Pour favoriser le financement des PME, le ministère des Finances a déjà annoncé en août la création d’un «PEA-PME» (plan d’épargne en actions pour les PME). Celui-ci, indépendant du PEA classique qui existe déjà, pourra être investi en titres de PME et d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) à hauteur de 75.000 euros.

Une réorientation de l’assurance-vie

En outre, une réforme globale de l’assurance-vie est prévue. Elle est elle aussi destinée à orienter vers les actions des entreprises des fonds qui sont jusqu’ici majoritairement investis en obligations d’état. Même s’il est aujourd’hui déjà possible d’investir en actions dans un contrat d’assurance-vie multi support, 80% des fonds qui y sont déposés sont aujourd’hui investis en obligations. Un chiffre que les pouvoirs publics aimeraient voir diminuer.

Mais pour que les Français aillent davantage irriguer les entreprises, il faudrait sans doute les détourner des placements sans risque comme le Livret A ou les plans d’épargne logement, grands favoris des épargnants. Et ce ne serait guère populaire.

Marie-Laure Cittanova

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Article également publié sur Emploiparlonsnet

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