Science & santéFrance

Mourir de la rage en 2013, c'est possible?

Jean-Yves Nau, mis à jour le 01.11.2013 à 22 h 01

Si vous êtes un être humain, en France, c'est assez improbable.

Comment informer sans paniquer dès lors qu’il s’agit de rage? L’Institut Pasteur de Paris a confirmé jeudi un cas de rage chez un chaton trouvé le 25 octobre, rue Marguerite sur la commune d’Argenteuil (Val d’Oise). L’animal enragé est mort le 28 octobre. Il s’agissait d’une femelle âgé d’environ deux mois, blanc, noir et fauve. Cinq personnes ayant été en contact avec le chaton ont déjà été identifiées. Elles ont été prises en charge et dirigées vers un centre antirabique pour recevoir un traitement préventif. Cette maladie virale est transmissible chez les mammifères par léchage (sur muqueuse), morsure, griffure ou égratignure.

Une enquête épidémiologique a aussitôt été lancée. La tâche sera ardue: il s’agit d’identifier et de prendre en charge toutes les personnes qui auraient pu entrer en contact avec ce chaton «entre le 8 octobre et le 28 octobre inclus», période pendant laquelle il a pu transmettre la maladie.

De quel pays étranger où la rage n’est pas éradiquée vient ce chaton (ou l’animal qui l’a contaminé)? Comment remonter au plus vite la chaîne des possibles contacts infectants animaux et humains? Comment y parvenir sans déclencher un mouvement de panique?

Il faut vacciner (vaccin-traitement et non vaccin-prévention) AVANT l'apparition des premiers symptômes: hydrophobie, anxiété, confusion, agitation avec troubles du comportement, les hallucinations, insomnies, délires. La production de grande quantité de salive et de larmes et difficulté de déglutition sont typiques des phases avancées. Le virus gagne le cerveau en cheminant le long des nerfs. Le trajet correspond à la période d'incubation entre infection et apparition des symptômes elle varie de six jours à plus d'un an: elle est d'autant plus brève que la morsure siège plus près du cerveau (à la face), ou dans une zone richement innervée (doigts, organes génitaux). Et la mort inévitable deux à dix jours après les premiers symptômes.

Plusieurs éléments existent néanmoins qui permettent d’être rassurant. Le maillage sanitaire français (vétérinaires, médecins, services d’urgence) fait qu’une surveillance de qualité peut de facto être assurée dans le département du Val d’Oise.

Les personnes suspectes d’être infectées devraient ainsi être au plus vite identifiées et traitées dans un centre spécialisé avant l’apparition des premiers symptômes, situation où le traitement n’est plus efficace. Quant aux animaux (domestiques ou sauvages) suspects d’être infectés, ils seront abattus avant que les recherches virologiques soient effectuées.

La France a été déclaré indemne de cette maladie. Le dernier cas autochtone connu recensé est celui d’un renard abattu en octobre 1996 à Maubert-Fontaine (Ardennes).

Après l’obtention de son éradication dans l’Hexagone, la rage y était réapparue en 1968 en provenance d’Allemagne. Dans le quart de siècle qui avait suivie, plus de 40.000 animaux sauvages avaient été retrouvés porteurs du virus mortel. Il s'agissait de renards dans 80 % des cas mais aussi de chats, de chiens, de bovins et de chevaux. Aucune transmission humaine ne s’était alors produite.

C’est ainsi que la France est officiellement devenue indemne de la maladie 1, ce qui n’est pas le cas de tous les pays européens. Pour l’Organisation mondiale de la santé animale, la maladie continue d’être un fléau international.  Elle est présente de manière endémique dans de nombreux pays africains, au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique. Selon l’OMS, plus de cinquante mille personnes continuent d’en mourir chaque année.

Le dernier cas humain connu de rage en France date de 1924. En 1982, un homme de 40 ans était mort de la rage à Toulon après avoir été mordu par un chien en Afrique de l’Ouest. Puis en 1991, un homme de 28 ans à Nice après une morsure de chien au Mexique. Des cas d’animaux importés infectés ne sont pas rares, un risque qui justifie les mesures en vigueur en France de marquage systématique des animaux domestiques.

«Les importations illégales venant de pays au statut sanitaire incertain font peser un risque majeur sur la santé publique et sur la santé animale, et ce alors que notre pays a consacré des moyens importants à l’élimination de la rage du renard pour pouvoir se déclarer indemne de cette maladie, précise-t-on auprès du ministère français de l’Agriculture. Les animaux introduits frauduleusement peuvent être en phase d’incubation de rage ce qui entraîne alors des procédures sanitaires et administratives fastidieuses et contraignantes pour les personnes environnantes (la famille, les voisins, les amis) et leurs animaux de compagnie susceptibles d’avoir été en contact avec l’animal concerné (traitement antirabique vaccinal préventif des personnes, euthanasie des animaux).»

Jean-Yves Nau

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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