Municipales 2014France

Primaire PS de Marseille: une leçon magistrale de politique marseillaise

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 14.10.2013 à 11 h 25

Ou pourquoi la primaire ouverte qui a hissé au second tour Samia Ghali et Patrick Mennucci n’a changé les règles du jeu qu’à la marge.

Le Vieux port de Marseille. REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

Le Vieux port de Marseille. REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

A Marseille, lors du premier tour de la primaire PS pour désigner le ou la candidat(e) qui affrontera probablement Jean-Claude Gaudin lors des municipales 2014, la surprise aurait été que tout se passe comme annoncé. Fort heureusement, nous n’avons pas été déçus à l’issue d’une journée riche en émotions.

La ministre Marie-Arlette Carlotti, candidate «officielle» du renouveau, et favorite de sondages dont on nous avait bien dit qu’ils ne servaient à rien même si on les publiait, est éliminée. La sénatrice Samia Ghali, à qui est accolé le label Guérini, l’emporte avec plus de 25% des voix devant Patrick Mennucci, maire des 1er et 7ème arrondissements (21%).

Les médias auront retenu de cette journée la master class électorale offerte par la sénatrice des Quartiers nord et retransmise en direct sur les chaînes d’info. En affrétant des mini-bus et en organisant du covoiturage, Samia Ghali a mis en place un système d’aide/incitation au vote très efficace. Les 14e, 15e et 16e arrondissements, au nord de la ville, qui n’avaient chacun qu’un lieu concentrant leurs bureaux de vote, l’ont placée largement en tête, avec une participation telle qu’ils lui ont permis de l’emporter.

Les règles n’ont changé qu’à la marge

Avec la primaire ouverte, les règles du jeu n’ont changé qu’à la marge.

Et déjà, les mots qu’on voulait oublier ont refait surface: «clientélisme», a dénoncé Marie-Arlette Carlotti, grande perdante de cette journée de démocratie locale. Car pour le PS, ouvrir le processus de désignation du candidat du parti devait permettre d’en finir avec la mainmise du système clientéliste sur la fédération des Bouches-du-Rhône, où Jean-Noël Guérini a longtemps régné. Les primaires devaient noyer les arrangements à l’ancienne, le «vote au canon», les réseaux syndicaux, communautaires, amicaux, mafieux, etc., mobilisés pour faire l'élection, dans un grand élan de vote démocratique et d’intérêt général…

En fustigeant sa rivale, la ministre a laissé entendre que le vote pour Samia Ghali avait été acheté. Or une autre grille de lecture, qui n’exclut d’ailleurs pas totalement la première, consisterait à dire que dans le vote Ghali s’est exprimée une partie de la population issue de l’immigration des quartiers nord, quand le sud a plutôt donné ses voix aux candidats de l’establishment. La droite devrait rapidement s’appuyer sur la crainte d’un vote «communautaire» comme argument de campagne pour sa reconduction si Ghali arrive en tête le 20 octobre.

Quant à Marie-Arlette Carlotti, sa défaite est amère. Elle peut bien regretter que l’équipe de campagne de Ghali se soit transformée en ligne de transports intercités, cette dernière n’a eu qu’à rétorquer que les quartiers étaient mal desservis (pour ne pas dire enclavés) et que beaucoup de ses habitants n’auraient pas pu voter sans cela.

Les deux candidats qui ont le plus labouré le terrain

En réalité, la primaire a donné raison aux deux candidats qui ont le plus labouré le terrain, n’ont rien lâché et ont organisé de manière millimétrique leur campagne. Certains ont d’ailleurs vu dans l’élimination de Carlotti un pied de nez aux injonctions «parisiennes» de voter pour elle! Elle avait pourtant exhibé lors de la campagne son gilet pare-balles: elle aurait du se douter qu’à Marseille, c’est à la guerre comme à la guerre...

Partageant avec Patrick Mennucci la ligne anti-système, Carlotti lui a apporté son soutien dans la soirée de dimanche. Le député des Bouches-du-Rhône pourrait donc théoriquement doubler son nombre de voix (4.212 plus les 3.982 de Carlotti) au second tour. Que Samia Ghali parvienne à débaucher le candidat des 10ème, 11ème et 12ème arrondissements Christophe Masse (pratiquement 3.000 voix) et la jonction des quartiers périphériques de la ville serait faite… Reste à savoir ce que fera Eugène Caselli, assis sur un petit capital non négligeable de près de 3.400 voix.

Promis, dimanche prochain, pour le second tour, il y aura encore des «surprises».

Jean-Laurent Cassely

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Journaliste
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