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Sondage sur les européennes: le FN n’est pas «le premier parti de France»

Caroline Piquet, mis à jour le 10.10.2013 à 12 h 47

Marine Le Pen le 19 décembre 2010. REUTERS/Pascal Rossignol

Marine Le Pen le 19 décembre 2010. REUTERS/Pascal Rossignol

Ce jeudi matin, le slogan de Marine Le Pen «Le Front national, premier parti de France» est repris en boucle dans les médias (avec un point d’interrogation, pour nuancer un peu l’assertion). Selon un sondage Ifop-Le Nouvel Observateur publié mercredi 9 octobre, le FN arrive en effet en tête des intentions de vote pour les élections européennes de 2014 avec 24%, et ce slogan «est en train de devenir une réalité électorale», affirme l'hebdomadaire.

Mais tout comme nous vous rappelions dans un article de mars 2011 qu'il faut observer de nombreuses précautions avant de lire les résultats d'une enquête, Joël Gombin, docteur en sciences politiques au CURAPP (Université de Picardie-Jules Verne – CNRS) nuance le tableau dans une «note de lecture» publiée sur son site: «On a retrouvé dans la présentation médiatique de ce sondage un grand classique: une fois précisé qu’il n’a "pas de valeur prédictive", le sondage est immédiatement interprété... comme s’il était prédictif.»

Sur Twitter, le chercheur appelle à une lecture rigoureuse du sondage:

Première critique: le sondage est auto-administré en ligne selon la méthode Cawi (computer-assisted web interviewing), dont la principale faiblesse est la «surreprésentation systématique des opinions les plus extrêmes». Deuxièmement, le sondage a un problème de quotas: le niveau de diplôme, «variable de calage pourtant essentielle en matière de sociologie électorale et d’étude de l’opinion», est passé à la trappe. En outre, le sondage omet de proposer l'option «ne se prononce pas»:

«Ces tableaux portent donc vraisemblablement sur un sous-échantillon de l’échantillon total annoncé, sans qu’on sache dans quelle proportion.»

Mais Joël Gombin émet des réserves «plus sérieuses encore»: le sondage ne prend pas en compte la question pourtant cruciale de l’abstention électorale —les élections européennes étant précisément des élections à très faible taux de participation (40,6 % en 2009). De plus, précise-t-il, il faudrait prendre en compte d’autres facteurs corrélés à la participation, très inégale et sélective socialement pour les européennes, ce qui n’est absolument pas étudié.

Appliquant un redressement aux données du sondage, le chercheur obtient lui un résultat légèrement différent: «Le FN serait en réalité derrière l’UMP –le score du PS n'étant, lui, guère affecté.» Ce qui n'empêche pas le parti de Marine Le Pen de recueillir néanmoins un score très élevé.

Dans le même ordre d'idée, Dominique Albertini, journaliste à Libération et coauteur du livre Histoire du Front national, dont nous avons publié les bonnes feuilles, se désole sur Twitter de l’hystérie médiatique autour du parti d’extrême droite:

 

Caroline Piquet
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