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Martin Karplus, un prix Nobel de chimie 2013 un peu français

Michel Alberganti, mis à jour le 09.10.2013 à 17 h 04

Non, l'éminent chimiste n'est pas français. Mais son cas montre que notre pays ne fait pas que subir la fuite des cerveaux.

Martin Karplus, chez lui à Cambridge, le 9 octobre 2013.  REUTERS/Dominick Reuter

Martin Karplus, chez lui à Cambridge, le 9 octobre 2013. REUTERS/Dominick Reuter

Pas de Français parmi les trois lauréats du prix Nobel de chimie 2013. La distinction revient à un Américain, Martin Karplus, un Israélien, Arieh Warshel, et un Américano-britannico-israélien (né à Prétoria), Michael Levitt. Et pourtant, ce Nobel de chimie, décerné aux trois chercheurs pour «le développement de modèles multi-échelle pour les systèmes chimiques complexes» concerne aussi un peu la France.

En effet, si Martin Karplus est professeur émérite de l’université d’Harvard, il est également directeur du laboratoire de chimie et biophysique du CNRS et de l’université de Strasbourg.

Preuve que la France peut attirer des chercheurs de qualité. Encore faut-il qu’ils y trouvent un terrain favorable à leurs travaux. Or, l’université de Strasbourg dispose d’un autre prix Nobel, français, primé en 1987, Jean-Marie Lehn. Martin Karplus a également travaillé avec Jean-Pierre Changeux, célèbre dans le monde entier et qui a publié sur la structure et le fonctionnement des protéines.

Né en 1930 à Vienne, en Autriche, Martin Karplus émigre aux Etats-Unis avec ses parents en 1938. Il revient en Europe dans les années 1950 grâce à une bourse de la National Science Foundation qui lui permet de travailler à l’institut de mathématiques d’Oxford. Il visite alors l’Europe et prend de nombreuses photos qui font aujourd’hui l’objet d’expositions.

Qu’il dirige encore, à 83 ans, un laboratoire à l’université de Strasbourg démontre non seulement son attachement à la recherche, mais également qu’il a fait le choix d’un pays qui n’est ni les Etats-Unis, ni la Grande-Bretagne, ni son Autriche natale.

En l’ayant ainsi attiré à Strasbourg, la France figure au palmarès des Nobel 2013. Elle a pu aussi profiter de son savoir aujourd’hui reconnu mondialement. Les chercheurs du laboratoire de chimie biophysique de Strasbourg se retrouvent aujourd’hui avec un directeur prix Nobel, ce qui ne peut que les stimuler...

Le cas de Martin Karplus est donc emblématique de ce dont la France est, trop rarement, capable.

A l’inverse de la fuite des cerveaux que l’on déplore souvent, nous sommes ici dans la situation d’une captation d’un cerveau remarquable. Sans doute grâce à un prix Nobel déjà ancien, celui de Jean-Marie Lehn. Aujourd’hui, la marque de Martin Karplus à Strasbourg pourra peut-être engendrer d’autres chercheurs de qualité.

Le domaine dans lequel travaillent les trois nobélisés 2013 en chimie est loin d’être épuisé. Il s’agit de la compréhension du fonctionnement des molécules à l’aide d’une association des physiques classique et quantique. Avec des applications dans la compréhension des mécanismes à l’œuvre dans les protéines comme le fameux repliement.

Après l’annonce du prix, Arieh Warshel a confié au téléphone au comité Nobel que ses travaux sont nécessaires «pour concevoir des médicaments et satisfaire [sa] curiosité». Un résumé des deux objectifs de la science: faire progresser la connaissance et préparer les progrès de demain. 

Grâce à Martin Karplus, les chercheurs français tirent aujourd’hui profit de l’expérience de l’un des nobélisés. De quoi stimuler les efforts pour attirer dans ses laboratoires les meilleurs scientifiques étrangers.

M.A.

Michel Alberganti
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