Municipales 2014France

Municipales 2014: un air de 1983

Olivier Faye, mis à jour le 08.10.2013 à 9 h 13

Un président de gauche élu depuis deux ans, une courbe de popularité en phase descendante, une rigueur qui ne dit pas son nom et une crise qui montre des signes de rémission mais n’en finit plus… Ajoutez à cela la présence dans le jeu du Front national et les municipales de 2014 pourraient bien ressembler à celles d'il y a trente ans.

Un bureau de vote lors des municipales 2008 à Lille. REUTERS/Pascal Rossignol.

Un bureau de vote lors des municipales 2008 à Lille. REUTERS/Pascal Rossignol.

Ils s’appellent tous les deux François, sont de gauche, président de la République et doivent affronter des élections municipales deux ans après leur arrivée à l’Elysée. «Coïncidence? Je ne pense pas», comme dirait l’autre.

François Hollande va subir les 23 et 30 mars 2014 son premier grand test électoral en tant que chef de l’Etat. Et, pour l'instant, il se présente pour lui un peu comme celui qu'a dû affronter son prédécesseur en 1983. Reste à voir si l’issue sera la même.

1. Le poids de la crise

«Le désastre économique est au bout du chemin socialiste», disait François Léotard le 17 février 1983. «François Hollande conduit le pays à la catastrophe», a prophétisé François Fillon le 2 mai 2013. Quelle que soit l’époque, les responsables de droite fustigent en des termes apocalyptiques la politique économique de la gauche au pouvoir —et passent à deux doigts du procès en incompétence.

Il faut dire que les deux François (Mitterrand et Hollande cette fois-ci) ont pris les rênes à chaque fois dans un contexte compliqué: une croissance à tout juste 1% en 1981, étique au regard des standards des Trente Glorieuses, où elle caracolait à +5% l’an au minimum, et grevée par deux chocs pétroliers; une croissance nulle en 2012, au lendemain de la crise financière puis de celle des dettes européennes. A l’époque, on regardait de près la balance commerciale —déficitaire de 10 milliards de francs— et l’inflation à deux chiffres, un peu comme on s’alarme aujourd’hui de la dégradation de la note de notre dette.

Pas suffisant pour favoriser l’emploi, donc. Résultat: un taux de chômage à 7,2% en 1983, 10,5% au premier semestre 2013.

Point commun entre les deux situations, le Premier ministre en place fait assaut d’optimisme à la veille des municipales, vantant les résultats à venir de son action. «La politique du gouvernement est fixée, et, actuellement, pratiquement tous les indicateurs de la politique gouvernementale se remettent tranquillement au vert», se félicitait ainsi Pierre Mauroy. Un discours similaire sur le fond à celui tenu par Jean-Marc Ayrault il y a quelques semaines:

«La croissance repart […] Les actions en profondeur de redressement et les efforts demandés aux Français vont porter leurs fruits.»

2. Un président de gauche qui navigue à rebours de son électorat

L’année 1983 est connue pour son fameux tournant de la rigueur, que le premier secrétaire du PS d’alors, Lionel Jospin, voyait comme une simple «parenthèse». Il se traduit notamment par une augmentation des impôts et des tarifs de l’énergie (tiens, tiens…). Mais, différence majeure avec la situation actuelle, celui-ci n’est intervenu qu’au lendemain des élections municipales.

Premier président socialiste de la Ve République, François Mitterrand avait tenu jusque-là le cap fixé lors de sa campagne marquée à gauche, au détriment d’indicateurs économiques alarmistes. Néanmoins, des premiers coups de canifs dans le contrat sont donnés un peu avant le scrutin municipal afin de juguler l’inflation et de permettre au franc de rester au sein du système monétaire européen. Ainsi, à l’été 1982, les prix et les salaires sont bloqués, prémices de la rigueur à venir.

«Un certain nombre de grandes réformes avaient tout de même été faites entre 1981 et 1983, avec la décentralisation, la peine de mort ou la retraite à 60 ans», nuance l’historien du PS Alain Bergounioux. «Et la politique était plus portée vers l’investissement que maintenant. Mitterrand était adossé à ses 110 propositions. Il n’y a rien de tout ça aujourd’hui, la situation est plus contrainte. Hollande a fait peu de promesses, donc peu de réformes importantes.»

Ce dernier n’a pas attendu pour mettre en place la modernisation de l’action publique ou geler les dépenses de l’Etat. Une rigueur qui refuse de dire son nom. Elu en tant qu’ennemi du monde de la finance, il déçoit ses électeurs, déroutés. Comme Mitterrand au début de son mandat, il perd la plupart des élections partielles, voit sa courbe de popularité suivre une trajectoire descendante (et, dans son cas, encore plus abyssale), et s’affronter divers courants dans son camp.

Les conflits à Bercy entre Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg ne sont ainsi pas sans rappeler les débats sur la rigueur opposant Michel Rocard, partisan d’une ligne dure, à certains de ses congénères de gauche. Sans oublier qu'en dehors de la sphère économique, ceux entre Christiane Taubira et Manuel Valls sur le dosage prévention-répression rappellent, comme le soulignait récemment Le Monde, ceux entre Gaston Defferre et Robert Badinter.

Comme remède à la crise, Pierre Joxe, président du groupe PS à l’Assemblée, incitait à l'époque à acheter français, «par civisme», vantant sa chemise, sa machine à laver ou ses poules venues de l’Hexagone. La marinière n’est pas loin.

3. Le FN en première ligne

La parole se libère à l’approche des échéances électorales. Alors que certains voient dans les déclarations de Manuel Valls à propos des Roms une manœuvre en vue des municipales, le sujet de l’immigration occupait déjà la campagne de 1983.

A la tête du Parti républicain, François Léotard assurait que la France accueillait quarante fois plus d’étrangers sous Mitterrand que sous Giscard. Depuis Beauvau, Gaston Defferre, candidat à sa réélection à Marseille après 31 ans de services, se targuait d’opérer à de nombreuses reconduites à la frontière.

Pourquoi tant de promptitude à lutter contre l’immigration? Parce qu’elle est ressentie comme une intrusion par une frange de la population et qu’un parti politique, le Front national, en profite. 1983, c’est l’année qui voit la classe politique entière s’écharper autour de la liste commune RPR-FN montée dans la ville de Dreux.

Chirac, jeune loup ambitieux à la tête du RPR, déclare alors:

«Ceux qui ont fait alliance avec les communistes sont définitivement disqualifiés pour donner des leçons en matière de droits de l’homme et de règles de la démocratie […] Je n’aurais pas du tout été gêné de voter au second tour pour la liste [RPR-FN]. Cela n’a aucune espèce d’importance d’avoir quatre pèlerins du FN à Dreux, comparé aux quatre ministres communistes au Conseil des ministres.»

Vieille antienne reprise aujourd’hui contre le front républicain, où le PS est renvoyé par l’UMP à ses alliances avec le Front de gauche. François Fillon n’est pas aussi jeune que Chirac à l’époque, mais il n’en est pas moins ambitieux. Il n’est en tout cas certainement pas sectaire.

Néanmoins, les premiers rapprochements entre droite et extrême-droite effectués par des élus locaux dans la Somme ou les Bouches-du-Rhône ont été condamnés par les dirigeants de l’UMP. Mais cette question va animer les municipales de 2014.

4. Quels résultats?

En 1983, la droite affiche l’ambition d’emporter 60 grandes villes, pour n’en reprendre finalement que 31. L’épisode prend malgré tout un air de débâcle pour le PS, puisqu’il perd la moitié des municipalités qu’il avait conquises six ans plus tôt.

L’abstention est alors mise en avant pour expliquer la défaite. Dans l’entre-deux tours, Gaston Defferre s’adresse ainsi aux électeurs restés chez eux et leur promet d’accélérer le rythme des expulsions d’immigrés s’ils se déplacent aux urnes le dimanche. Minoritaire en voix, il est réélu par la grâce du mode de scrutin qu’il vient lui-même de mettre en place à Paris, Lyon et Marseille.

Les socialistes ont tout à perdre et peu à gagner en 2014. Aux manettes de quarante villes de plus de 30.000 habitants, et de sept des dix villes les plus peuplées du pays, ils ne peuvent, vu le contexte national, que régresser. Et ce, malgré des bilans locaux satisfaisants et une opposition qui peine à se mettre en ordre de marche. «Les résultats en 1983 étaient une relative surprise pour le PS à l’époque», note Alain Bergounioux. «Ils ont sonné comme un avertissement, surtout au premier tour, puisque la barre a été un peu redressée au second. Aujourd’hui, pour 2014, nous savons d’emblée que les municipales vont être difficiles.»

Olivier Faye

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