Science & santéFrance

Le professeur Maurice Tubiana est mort

Jean-Yves Nau, mis à jour le 25.09.2013 à 11 h 38

Pionnier de la cancérologie, ce grand médecin était aussi un militant au service de la santé publique.

Avec sa mort, c’est l’un des derniers grands acteurs français de la cancérologie et de la santé publique du XXe siècle qui  disparaît. Le Pr Maurice Tubiana est mort le 24 septembre à l’âge de 93 ans. Ce médecin de formation scientifique fut l’un des pionniers historiques de l’utilisation de l’énergie nucléaire (sous la forme d’isotopes radioactifs) à des fins médicales. Il fut aussi, au-delà de la seule cancérologie, l’un des rares mandarins français de sa génération à devenir un militant au service de la santé publique; un médecin usant de sa notoriété pour, à compter de la fin des années 1980, faire pression sur les responsables politiques au nom de la lutte contre les conséquences sanitaires des addictions légales.

Maurice Tubiana naît le 25 mars 1920, à Constantine (Algérie). Il fait sa médecine à Paris, médecine qu’il complète par des études de sciences. Il est nommé professeur agrégé de physique médicale en 1952, radiologiste des hôpitaux de Paris (1958), puis chef du département des radiations à l'Institut Gustave-Roussy. Expert consultant à l'Organisation mondiale de la santé et à l’Agence internationale de l’énergie atomique, il est aussi  est membre de la commission scientifique et technique d'Euratom. Ce cancérologue réputé et usant du nucléaire à des fins diagnostiques et thérapeutique est aussi l’un des acteurs du «lobby du nucléaire». On put notamment lui reprocher d’avoir publiquement relativisé, en 1986, les conséquences sanitaires, en France, du «nuage de Tchernobyl».

Président  du conseil scientifique du Centre international de recherche sur le cancer, il est nommé en 1982 directeur de l’Institut Gustave-Roussy (Villejuif) par Jack Ralite alors ministre (communiste) de la Santé. Il restera à la tête du plus important centre anticancéreux européen jusqu’en 1988. A ce titre on pu, par la suite, lui reprocher  de ne pas avoir su contrôler le développement anarchique puis frauduleux de l’Association pour la recherche sur le cancer (ARC) de Jacques Crozemarie; développement qui conduisit à un scandale et à la condamnation, en 2000, de plusieurs responsables de cette association.

A compter de la fin des années 1980, le Pr Tubiana milite activement auprès des pouvoirs publics pour l’organisation, en France, d’un dépistage organisé et égalitaire du cancer du sein. En 1987, avec son confrère Jean Bernard (1907-2006), autre cancérologue de renom, il commence à lancer un combat en faveur de la réglementation de la publicité (alors libre) incitant à la consommation du tabac et des boissons alcooliques.

Bientôt rejoint par un petit groupe de médecins de différentes obédiences (le «groupe des sages»: Gérard Dubois, Claude Got, François Gremy et Albert Hirsch). C’est ainsi qu’il fit campagne (en liaison étroite, alors, avec Jérôme Cahuzac, membre du cabinet du ministre de la Santé) et parvint à la promulgation de la loi Evin de 1991 «relative à la lutte contre l’alcoolisme et le tabagisme». Par la suite, il continuera à lutter pour obtenir des dispositions réglementaires pour l’interdiction de fumer dans les lieux publics.

Maurice Tubiana s’était ensuite attaché à cultiver l’art du bien-vieillir (titre de l’un de ses ouvrages, paru aux Editions de Fallois en 2003). Puis, parvenu au terme de sa vie, ce titulaire de  la Croix de guerre 1939-1945 et de la médaille des évadés avait trouvé l’énergie de délivrer, il y a un an, son dernier credo, sa foi dans les progrès de la science et de la médecine: «Arrêtons d’avoir peur! ».

J.Y.N

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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