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Le soutien au bijoutier de Nice n'a rien d'étonnant

Grégoire Fleurot, mis à jour le 17.09.2013 à 14 h 03

Le thème de l'autodéfense n'est plus l'exclusivité du FN et le fait divers en rappelle d'autres, moins sanglants, comme par exemple ces Marseillais qui avaient chassé des Roms installés près de chez eux.

Stephan Turk devant le tribunal de Nice le 13 septembre 2013, REUTERS/Eric Gaillard

Stephan Turk devant le tribunal de Nice le 13 septembre 2013, REUTERS/Eric Gaillard

Le fait divers du bijoutier de Nice qui a tué un braqueur d’une balle dans le dos s’invite dans le débat politique. Certains membres de l’opposition, comme le député-maire UMP de la ville, Christian Estrosi, y voient une preuve de la faillite du «gouvernement à endiguer la violence», qui pousserait les citoyens à «se faire justice». François Hollande a rappelé dimanche soir que, s’il voit «l'exaspération, la colère», c'est «à la justice de faire justice et pas à quelque personne que ce soit d'autre».

Le débat a pris de l’ampleur, alimenté par le décompte dans la presse et les JT du nombre de soutiens affichés sur une page Facebook intitulée «Soutien au bijoutier de Nice», «likée» par plus de 1,5 million de personnes au moment de l’écriture de cet article. Cette mobilisation sur le réseau social –qui compte environ 26 millions d'utilisateurs actifs en France– a poussé certains à affirmer qu'elle était beaucoup trop massive pour être vraie et qu’une grande partie des «like» avaient été achetés. La mobilisation serait donc artificielle, accusation que réfutent les administrateurs de la page.

En sachant que le budget nécessaire à l'achat d'un million de «likes» dépasse 10.000 euros, on peut pourtant émettre l’hypothèse qu’une grande majorité des fans de la page sont bien réels, et plus largement qu’il y a eu un vrai mouvement d'empathie à l’égard de Stephan Turk dans la société française. D'abord, tout simplement, parce que l'idée d'autodéfense n'est pas totalement cantonnée au FN; ensuite parce que les chiffres de soutien en eux-même ne sont pas vraiment surprenants.

Une idée qui progresse de l'extrême droite vers la droite

Cette tentation de l’autodéfense des citoyens rappelle d’autres faits divers récents, comme, en moins sanglant, celui des habitants du nord de Marseille qui avaient chassé des Roms s’étant installés près de chez eux de force en septembre 2012. «Je ne le condamne pas, je ne le cautionne pas, mais je le comprends, quand les pouvoirs publics n’interviennent plus», avait alors déclaré la sénatrice PS Samia Ghali, tandis que le maire UMP de la ville, Jean-Claude Gaudin, avait estimé qu'«on ne peut pas laisser se constituer des milices et laisser les gens régler les problèmes d’ordre public, même si on peut comprendre que l’exaspération est totale».

Le maire UMP de Croix dans le Nord, Régis Cauche, vient quant à lui d’affirmer qu’il «soutiendrait» tout habitant de sa commune qui «commettrait l’irréparable», «comme le bijoutier de Nice», contre un des Roms qui y ont récemment afflué.

Autre symptôme: la maison d’édition Mordicus, spécialisée dans les essais aux titres évocateurs (Vive l’Algérie française!, Vive Le Pen de Robert Ménard ou encore M... au lobby gay de Christian Vanneste), a récemment publié Aux armes citoyens, un livre qui propose «une vision individuelle de la sécurité qui viserait à responsabiliser les Français et à leur permettre […] de suppléer aux actuelles déficiences de l'Etat et de la police: droit à la possession et au port d'arme, sanctuarisation du domicile privé et renforcement de la notion de légitime défense, libre constitution d'associations sécuritaires et populaires».

Sur un sujet connexe, celui de la légitime défense des policiers, Nicolas Sarkozy, qui, rappelle le journaliste du Monde Samuel Laurent sur Twitter, avait défendu en 2006 un commerçant qui avait abattu quelqu'un qui l'avait agressé chez lui, a mis en avant entre les deux tours de la présidentielle 2012 la «présomption de légitime défense» des policiers après la mise en examen de l’un d’entre eux pour «homicide volontaire». Marine Le Pen, qui défendait cette mesure dans son programme, avait qualifié ce geste de «victoire idéologique» pour son parti.

Moins de 10% des utilisateurs de Facebook en France

Ce week-end, la présidente du FN a pris ses distances avec la mobilisation en faveur du bijoutier de Nice, estimant simplement que Stephan Turk était «peut-être victime du laxisme de l’Etat», mais ce dernier a été «applaudi à tout rompre» quand il a été évoqué par Jean-Marie Le Pen à l’université d’été du parti. «Beaucoup de membres du FN ont liké la page de soutien», écrit Rue89, qui rappelle que ce n’est pas la première fois que de nombreux cadres du parti défendent des «citoyens-flics».

Alors que près de 18% des électeurs ont voté pour le FN à la présidentielle de 2012, il n’est pas entièrement étonnant de voir que 1,5 million d’utilisateurs de Facebook affichent leur soutien, si ce n’est au droit à l’autodéfense, au moins à un commerçant qui s’est fait justice lui-même. A titre indicatif, cela représente un peu moins de 6% des 26 millions d’utilisateurs de Facebook en France, même si toutes les personnes qui ont «liké» la page n’habitent pas dans l'Hexagone.

Au final, le soutien au bijoutier de Nice ne devrait pas être une surprise. Tout comme une percée du FN aux municipales n’en serait pas une.

G.F.

EDIT - La première version de l'article comportait le chiffre erroné de 17 millions d''utilisateurs Facebook en France. Cette erreur a été corrigée.

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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