C'est dans l'actuFrance

La dernière déclaration de guerre de la France date de 1939

Grégoire Fleurot, mis à jour le 02.09.2013 à 16 h 30

Capture d'écran de la déclaration de guerre de la France à l'Allemagne dans les archives diplomatiques française, via la BNF.

Capture d'écran de la déclaration de guerre de la France à l'Allemagne dans les archives diplomatiques française, via la BNF.

Alors que la Chambre des communes britanniques a repoussé l'idée d'une intervention militaire en Syrie et que Barack Obama a annoncé qu'il allait demander au Congrès américain de voter sur une résolution, le Président français s’est déclaré en faveur d’une intervention «punitive» contre le régime de Bachar el-Assad, soupçonné d’avoir utilisé des armes chimiques contre son peuple. Le chef de l'Etat n’est pas tenu par la constitution française de demander son avis au Parlement tant que la France ne déclare pas la guerre.

D'ailleurs, la France ne fait plus la guerre mais mène des «opérations extérieures» (22 en cours). Et le temps de l’envoi solennel d’une lettre du chef de l’Etat attaquant apportée par son ambassadeur au gouvernement du pays attaqué est révolu.

Pour savoir à quoi ressemble une vraie déclaration de guerre française, il faut en fait remonter au 3 septembre 1939, jour où la France et le Royaume-Uni ont déclaré la guerre à l’Allemagne, il y a donc 74 ans preque jour pour jour. Voici, grâce aux passionnantes archives de la Bibliothèque nationale de France, la lettre adressée par le ministre des Affaires étrangères français George Bonnet à tous les chefs de missions diplomatiques accrédités à Paris le 3 septembre:

«L’agression que le gouvernement allemand, au mépris des méthodes de règlement pacifique des différends, auxquelles il s’était engagé à recourir, et des appels à la libre discussion ou à la médiation que lui adressaient les voix les plus autorisées, a commise contre la Pologne le 1er septembre, en violation des engagements les plus librement acceptés tant envers la Pologne elle-même qu’envers tous les États signataires du pacte de renonciation à la guerre du 27 août 1928, a mis la République française en face de ses obligations d’assistance à la Pologne, obligations résultant de traités publics et connus du gouvernement du Reich.

L’effort suprême, tenté par le gouvernement de la République française et par le gouvernement britannique en vue de maintenir la paix par la cessation de l’agression, s’est heurté à un refus du gouvernement allemand.

En conséquence, par suite de l’agression dirigée par l’Allemagne contre la Pologne, l’état de guerre se trouve exister entre la France et l’Allemagne à dater du 3 septembre 1939, à 17 heures.

La présente notification est faite en conformité de l’article 2 de la Convention III de La Haye du 18 octobre 1907, relative à l’ouverture des hostilités.»

Le même jour, Georges Bonnet avait envoyé les instructions suivantes à son ambassadeur à Berlin:

«Vous vous présenterez aujourd’hui 3 septembre, à midi, à Wilhelmstrasse et vous demanderez la réponse du gouvernement allemand à la communication que vous lui avez remise le 1er septembre, à 22 heures.

Si la réponse aux questions posées dans cette communication est négative, vous rappellerez la responsabilité évoquée à la charge de l’Allemagne au cours de votre dernière audience et vous notifierez au ministre des Affaires étrangères du Reich ou à son représentant que le gouvernement français se trouve, du fait de la réponse allemande, dans l’obligation de remplir à partir d’aujourd’hui, 3 septembre, à 17 heures, les engagements que la France a contractés envers la Pologne et qui sont connus du gouvernement allemand.

Vous pourrez dès ce moment demander vos passeports.»

Sinistre clin d’œil de l’histoire, la France et le Royaume-Uni avaient fait le jour même de leur entrée en guerre une déclaration commune sur la limitation de l’emploi de certaines armes dans laquelle ils affirmaient leur «intention de se soumettre aux termes du Protocole de Genève de 1925 interdisant, en cas de guerre, l’usage des gaz asphyxiants ou toxiques et de moyens bactériologiques.»

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte