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Les parents dans l'enfer de la pré-rentrée

Louise Tourret, mis à jour le 02.09.2013 à 12 h 51

Pas encore d'école et plus tout à fait les vacances, mais pas de centres de loisirs pour faire la soudure. Quelles sont les solutions quand on a ses enfants sur les bras et qu'on doit reprendre le boulot?

REUTERS/Michael Kooren

REUTERS/Michael Kooren

Des caméras et des micros vont se poser à l’entrée des écoles pour recueillir les impressions des profs aujourd’hui, puis des enfants et des parents. On n’apprendra pas grand-chose mais ça fait partie des figures imposées chères aux JT. Le marronnier des marronniers de l’école, suivi de près par le bac, avec son poids de poids des cartables et de coût des fournitures scolaires. Répétition rassurante peut-être avant les grands sujets de mois de septembre: la charte de laïcité, le tout nouveau Conseil supérieur des programmes et surtout la remise en question des décrets de 1950 régissant le métier d'enseignant.

C’est particulièrement vrai cette année, ces deux jours sont un moment de communication politique important pour le gouvernement: Vincent Peillon est invité dans tous les médias pour parler de la rentrée, celle des profs puis celle des élèves (déplacement à Saint-Jean de Braye (Loiret) avec Jean-Marc Ayrault ce lundi, Soir 3 ce lundi soir, matinale de France Inter mardi, François Hollande dans une école pour le premier jour de classe). Une rentrée —et elle est préparée depuis des mois— dont on connaît les contours et les objectifs depuis avril grâce à la traditionnelle circulaire de rentrée.

Mais aujourd’hui lundi, c’est la pré-rentrée. Les enseignants aiment bien raconter cette journée particulière de l’année, c’est même un classique des livres de profs et des blogs. Ils retrouvent leurs collègues, font connaissance avec les nouveaux, découvrent leur emploi du temps et toutes les nouveautés qui vont faire que l’année qui commence sera un peu différente de la précédente (ou pas) et reprennent contact avec l’équipe de leur établissement. C’est la fameuse pré-rentrée. Si vous voulez vous faire une idée précise de son déroulement, on trouve un descriptif sur le site de l’école de formation des personnels d'encadrement de l'Education nationale. Où l’on apprend que l’organisation de cette journée et celle de la rentrée «constitue l'aboutissement d'une préparation qui commence dès le mois de novembre», rien de moins!

Cette journée de prérentrée est aussi particulière pour les parents. Particulièrement galère en fait. Et c’est en faisant ce constat que nous est venu l’idée de cet article. Techniquement ce n’est pas la rentrée puisque la rentrée c’est mardi mais ce n’est pas non plus les vacances.

En effet dans beaucoup de villes comme Paris, Marseille les centres de loisirs sont fermés. Impossible de faire autrement, ils se trouvent dans les écoles et que les écoles sont occupées par la prérentrée. Il n’y a pas de mode de garde pour les enfants en âge scolaire ce jour là. En clair, à vous de vous débrouiller avec vos gamins.

Or la plupart des parents sont déjà revenus au travail, la semaine dernière, ou rempilent ce lundi. Pour beaucoup d’entre eux, il faudrait prendre sa journée, mais comme ça tombe justement un lundi ce n’est pas très pratique pour l’organisation du travail et surtout pas toujours possible.

D’autres difficultés de rentrée sont peut-être à prévoir. Ainsi dans cette école marseillaise, la cantine ne commence pas avant le lundi 9 septembre pour les petites sections. Aux parents de trouver des solutions entre 11h30 et 13h30.

A Paris, avec la réforme du temps scolaire, l’emploi du temps des mardis et des vendredis a été modifié pour les écoles, les cours finiront à 15h ces jours-là. Mais les ateliers ne seront peut-être pas prêts… et il faudra aller chercher les enfants à 15h ce mardi. On a vu aussi des directeurs d’écoles (souvent en sureffectifs) expliquer aux parents que les journées étaient bien trop longues pour les enfants de petites sections et qu’il valait mieux les garder à la maison…

Quelles solutions?

1. Faire une demande collective pour que le centre de loisirs fonctionne. Ça peut marcher, c’est le cas dans la commune de la Baule qui a ouvert le centre à la demande des parents. La cantine ne sera pas assurée et les enfants doivent apporter leur pique nique mais c’est déjà une bonne solution. Dans cette commune l’accueil du centre de loisirs n’est pas dans une école mais à la MJC. Il faudra y penser pour l’année prochaine.

2. Passer une annonce comme celle ci, trouvée au fil du net: « Recherchons jeune fille sérieuse de plus de 18 ans pour garder notre fils de 2 ans et notre fille de 4 ans et demi le jeudi 29, le vendredi 30 aout et le lundi 2 septembre de 8h à 17h15! Nous proposons un forfait de 200 euros pour les trois jours». C’est un peu comme une bouteille à la mer mais on ne sait jamais!

3. Demander une journée en télétravail. En 2012, une étude du ministère de l’Économie, des Finance et du Commerce extérieur évalue à 12,4% la proportion de salariés français pratiquant le télétravail plus de 8H par mois dans les grandes entreprises et 40 % le nombre d'entreprises du CAC40 disposant d'un Accord de Télétravail. Mais est-il bien raisonnable de travailler avec son ou ses enfants à la maison? Est-ce tout simplement possible… (Quand on ne peut pas faire autrement prévoir des activités vraiment prenantes. Attention, la plupart des films pour enfants ne dure que 90 minutes, ça passe vite. Et ça fait beaucoup de films dans la journée.)

4. Poser sa journée. Les parents qui le peuvent (et ce sont surtout les mères qui s’y collent!) ont pris un jour de congé ou une RTT. C’est le plus simple mais loin d’être toujours possible. Si vous êtes enseignant(e), c’est raté… Il faut avoir bien anticipé le moment. Et même quand c’est possible, on n’a pas forcément envie de manquer une journée qui est aussi une journée importante au boulot (avec des réunions de rentrée par exemple), ce sera un sacrifice parmi d’autres. Les mères qui travaillent finissent par être habituées.

5. Emmener ses enfants au travail. Si vous êtes enseignant(e) encore raté, à vrai dire cela fonctionne essentiellement pour les gens qui travaillent dans un bureau. Mais même si c’est «techniquement» possible reste à savoir si c’est légal. Et bien la réponse est non! Les enfants ne sont pas admis au travail parce que la plupart des règlements intérieurs des entreprises indiquent que les locaux ont un usage «strictement professionnel». Deux exceptions : les enfants allaités par leur mère mais pour une heure par jour et s’ils ont moins de un ans et les collégiens en stage de découverte de l’entreprise. Des cas réglementés par des conventions qui couvrent les entreprises et les particuliers et franchement éloignés de la problématique de la prérentrée. Certaines entreprises sont tolérantes mais d’autres n’hésitent pas à rappeler à leurs salarié(e)s  à l’ordre en faisant passer des mails à tout le personnel rappelant que «les enfants ne sont pas admis dans les murs de l’entreprise». Les raisons invoquées: le règlement de l’entreprise et des problème d’assurance.

Mais, mais… tout ne va pas si mal pour les parents qui travaillent. Il existe tout de même des gens qui cherchent à réconcilier l’entreprise et la famille. Pour l'observatoire de la parentalité en entreprise (OPE), «la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale: un enjeu de performance durable» voilà un argument qu’il faudra penser à utiliser pour justifier la présence de son bambin au boulot. L’OPE a même lancé un 2009 «une journée de la famille en entreprise» qui consiste à ce que tous les salariés emmènent leurs enfants de concert. Dans l’argumentaire de lancement de cette initiative, il est avancé que cette journée répond à «un besoin psychologique des enfants de voir où leurs parents travaillent.» De grosses entreprises telles que PPR, Orange, la Banque de France ou Casino ont participé mais le site de l’OPE ne donne plus d’informations après 2012 sur cette journée qui se déroule le 8 juin. Il faudrait leur suggérer de relancer l’initiative le jour de la pré-rentrée.

6. Enfin, si vraiment vous ne pouvez pas incruster votre ou vos enfant(s) au boulot il reste la solidarité. Solidarité familiale: les  parents (beaux-parents) quand ils n’en n’ont pas marre de garder des petits enfants après un été parfois fatigant. Solidarité sociale: les amis, les voisins, se partager la journée à plusieurs, se rendre service. Ça marche plutôt bien.

 

Si vous avez d’autres idées pour l'an prochain, je suis preneuse, parce que là, je ne peux plus réfléchir avec deux enfants qui me hurlent dans les oreilles qu'ils ont faim. Je n'ai qu'une envie : qu'ils retournent à l'école.

Louise Tourret

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Journaliste
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