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Mariage pour tous, mariages partout: les homosexuels se marient aussi dans les petites villes

Anaïs Bordages, mis à jour le 28.08.2013 à 16 h 39

A la suite de l'enquête de France Inter, qui a comptabilisé près de 600 mariages en trois mois dans les 50 plus grandes villes de France, nous avons cherché à savoir combien de mariages avaient eu lieu dans les communes moins peuplées.

Un gâteau de mariage pour deux femmes. REUTERS/Lucy Nicholson.

Un gâteau de mariage pour deux femmes. REUTERS/Lucy Nicholson.

Mardi 27 août, France Inter diffusait le résultat d'une enquête réalisée auprès des 50 plus grandes communes de France sur le nombre de mariages homosexuels célébrés depuis l'entrée en vigueur de la loi du 17 mai 2013.

Conclusion: 596 mariages entre couples de même sexe dans lesdites communes depuis le premier, à Montpellier, le 29 mai 2013.

L'information a été abondamment reprise, et parfois légèrement déformée au passage, comme... sur le site de France Info, qui annonce que «596 mariages gays ont été célébrés depuis le vote de la loi», sans préciser dans le titre (cela figure en revanche dans le papier) que ce chiffre ne concerne que les 50 plus grandes communes de France.

Même raccourci chez Atlantico, qui titre «596: le nombre de mariages homosexuels déjà réalisés en France». «France Info pense donc que tous les gays et lesbiennes sont parqués dans les 50 plus grosses villes de France», twittait d'ailleurs mardi le journaliste à LCP —et contributeur de Slate— Jean-Baptiste Daoulas après la parution de l’article.

France Info pense donc que tous les gays et lesbiennes sont parqués dans les 50 plus grosses villes de France http://t.co/FapLc9srKj

— JeanBaptiste Daoulas (@jbdaoulas) August 27, 2013

Or, ces 50 grandes villes n’abritent que 16% de la population française et ne représentent que 40 départements.

Des mariages médiatisés dans des «petites» communes

Les mariages de personnes du même sexe n’ont-ils lieu que dans les métropoles? Certainement pas, vous répondront Daniel et Frédéric, mariés à Espinasses (Alpes-de-Haute-Provence), ou Monique et Gisèle, à Saint-Hilaire-de-Riez (Vendée).

D'ailleurs, certains mariages très médiatisés ont été célébrés dans des communes plus petites. Le premier mariage homosexuel célébré par un membre du gouvernement, le ministre des Transports Frédéric Cuvillier, s’est ainsi déroulé à Boulogne-sur-mer, 43.000 habitants (pour rentrer dans les 50 communes les plus peuplées de France, il faut dépasser les 87.000 habitants environ).

Mi-juillet, deux détenus se sont mariés en prison à Poissy, dans les Yvelines (37.000 habitants). Au-delà du lieu, certes incongru, c’est la présence de témoins un peu particuliers —Dieudonné et le terroriste Carlos— qui avait valu au mariage sa médiatisation.

Enfin, au Mas dans les Alpes-Maritimes (169 habitants) ou encore à La Chapelle-Bathon dans les Deux-Sèvres (381 habitants), ce sont les maires eux-mêmes qui ont décidé de se marier, pour montrer l’exemple.

On devrait bientôt pouvoir ajouter à la liste le mariage d'Angélique et Amandine, à Bollène (Vaucluse, 13.800 habitants), ville dont la maire d'extrême-droite, Marie-Claude Bompard, refuse d'officier lors d'unions homosexuelles. Ce sera finalement une adjointe qui mariera les deux jeunes femmes.

Combien de mariages mentionnés par la PQR?

Afin d'en avoir le coeur (un peu plus) net, nous avons cherché à comptabiliser les mariages dans les communes qui ne figurent pas parmi les 50 plus grandes villes. Faute de pouvoir appeler les 36.000 mairies, nous avons dépouillé les articles publiés par la presse quotidienne régionale ces derniers mois. Nous avons ainsi trouvé 158 mariages dans 150 villes, y compris des toutes petites, comme à Saint-Gengoux de Scissé (Saône-et-Loire, 606 habitants), Hohfrankenheim (Bas-Rhin, 259 habitants) ou Saint-Hilaire d’Estissac (Dordogne, 111 habitants), par exemple.

Ces 158 unions portent sur un échantillon de communes représentant 2,5 millions d'habitants environ, soit près de 4% de la population. Mais ce chiffre ne prétend pas être exhaustif: on peut supposer que de nombreux mariages n'ont pas été médiatisés en raison de la volonté des époux (même si les bans sont en accès public, y compris pour les journalistes, donc) et surtout que les journaux ont consacré des articles au premier mariage homosexuel du département ou de la région qu'ils couvrent, et sans renouveler l'exercice pour les suivants.

Sans oublier que tous les journaux de PQR n'offrent pas un accès aisé ou complet à leurs archives. Nous n'avons par ailleurs pas trouvé de mention dans la presse de mariages homosexuels dans les «petites» communes de plusieurs départements (Haut-Rhin, Pyrénées-Orientales, Puy-de-Dôme, Haute-Loire, Loir-et-Cher, Ille-et-Vilaine, Doubs, Creuse, Côte-d'Or, Tarn-et-Garonne, Haute-Vienne, Vosges, Territoire de Belfort, Essonne, Hauts-de-Seine) mais il serait précipité de déduire qu'il n'y en a pas eu...

Plus d'homos dans les grandes villes? Pas sûr du tout

Par ailleurs, selon une étude de l'Insee de 2010, les 50 plus grandes communes ne représenteraient qu'un peu plus de 40% des mariages survenus sur la période juin-août en France. Si la proportion de mariages homosexuels était la même dans les plus petites communes, le nombre total de mariages gays déjà conclus en France dépasserait donc les 1.000.

Une objection à cet argument consisterait à dire que les couples homosexuels résident beaucoup plus dans les grandes villes que la moyenne de la population. Une enquête réalisée par l'Ifop pour Têtu en 2011 montrait que 24% des personnes se revendiquant homosexuelles habitaient une commune rurale, contre 26% pour les hétérosexuels, et que l'Île-de-France regrouperait 19% de la population se revendiquant homosexuelle, contre 17% de la population hétérosexuelle. Des différences faibles, mais qui seraient peut-être plus accusées en ce qui concerne les couples: une étude sociologique de 2011 pointait une proportion de Pacs plus faible dans «la France des faibles densités de population».

Quoiqu'il en soit, au vu de ces chiffres partiels, il est pour l'instant plutôt hasardeux de se risquer à une conclusion sur le nombre, faible ou fort, de mariages homosexuels conclus en trois mois. Les premiers chiffres de l'Insee, rappelait l'enquête de France Inter, sont attendus pour le début de l'année prochaine.

Anaïs Bordages (avec Cécile Dehesdin, Grégoire Fleurot, Jean-Marie Pottier et Florian Reynaud)

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