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L'avocat Jacques Vergès est mort à 88 ans

Slate.fr, mis à jour le 16.08.2013 à 5 h 50

Personnage ambigu, idéologue, ennemi du système et adepte de la défense de rupture.

Avocat célèbre et controversé, adepte de la défense idéologique et de rupture, médiatique et provocateur, Jacques Vergès, est mort à 88 ans. Il s'était rendu célèbre et cultivait cette célébrité en défendant avec acharnement des accusés détestables comme le nazi Klaus Barbie en 1987, ou, plus récemment, l'ivoirien Laurent Gbagbo.

Personnage mystérieux et ambigu à la part d'ombre, il s'était fait connaître par sa participation à la résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale, par son soutien au FLN algérien et des «trous» de plusieurs années dans son parcours.. 

Celui qu'on a surnommé «l'avocat du diable» ou «le salaud lumineux», comme il s'est qualifié lui-même en s'inventant une légende a été aimé par certains qui contestaient et contestent le système et détesté par beaucoup.

Lecture
Jacques Vergès n'aura cessé tout au long de sa carrière publique, d'avocat politique, de manipuler sa propre image médiatique. Ainsi, sa réelle date de naissance reste jusqu'à aujourd'hui inconnue. Il serait né le 5 mars 1925 ou un an plus tôt selon un biographe, dans l'actuelle Thaïlande, à Ubon Ratchathani). Son père est un Français de la Réunion. Sa mère, vietnamienne, est morte lorsqu’il avait trois ans. La famille s'installe à la Réunion, où le père devient député communiste et où son frère jumeau Paul créera le PC réunionnais. Il s'engage à 17 ans dans les Forces Françaises Libres, à Londres. Démobilisé, il s'inscrit au PCF, devient président de l'association des étudiants coloniaux et rencontre Pol Pot, le futur Khmer rouge. ll séjourne ensuite à Prague de 1951 à 1954 de l'autre côté du rideau de fer et serait devenu un agent de l'est, avant de rentrer à Paris fin 1955 et d'y suivre de brillantes études d'avocat.
 
Engagé dans la guerre d'Algérie, il devient l'avocat du FLN et quitte le PCF en 1957, le jugeant «trop tiède» sur ce dossier. En 1963, il épouse en secondes noces la militante du FLN Djamila Bouhired, après l'avoir sauvée de la peine de mort. Il embrasse ensuite le maoïsme en créant le périodique Révolution et soutient le FPLP palestinien. De 1970 à 1978, Jacques Vergès disparaît. Au retour, il laisse planer le mystère sur cette période, se bornant à dire qu'il a passé des vacances «très à l'est de la France». Preuve du mystère qui réside autour de sa personne, aujourd'hui encore, personne ne sait où il était pendant ces années. Il reprend ensuite ses activités d'avocat et se spécialise dans les proc!s à grand spectacle.

Jacques Vergès aura ainsi été tour à tour résistant, puis anticolonialiste avant de devenir maoïste, converti à l'islam, puis le défenseur des «des salauds»: le nazi Klaus Barbie, le terroriste Carlos, le khmer rouge Khieu Samphan mais aussi les membres des mouvements d'extrême-gauche européens (Fraction armée rouge, Action directe), les activistes libanais Georges Ibrahim Abdallah et Anis Naccache, le dictateur serbe Slobodan Milosevic.

Il était aussi disposé à défendre le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. On peut encore citer la famille Boulin, la fille de Marlon Brando, le capitaine Barril, le jardinier marocain Omar Raddad, le tueur en série Charles Sobrhraj...

«Tout le monde a le droit d'être défendu», affirmait-il. «Défendre ce n'est pas excuser. L'avocat ne juge pas, il ne condamne pas, il n'acquitte pas: il essaie de comprendre. Quand l'avocat essaie de comprendre le chemin qui mène quelqu'un qui nous ressemble à commettre un crime que nous sommes les premiers à réprouver, nous faisons un travail social», ajoutait-il

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