CultureFrance

La crise de l’édition expliquée par Nabilla

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 03.08.2013 à 14 h 39

Le livre de Nabilla, la fille de «Allô, t’es une fille t’as pas de shampoing?», a d’abord été annoncé comme un échec. Le site Toute la télé dévoilait le 25 juillet qu’il tournait autour de 1.161 exemplaires vendus au bout de deux semaines, chiffres Edistat. Le Figaro prenait alors le relai et parlait de 35.000 exemplaires vendus pour un tirage de 40.000, chiffres de l’éditeur, Editions Privé.

Le buzz suivi de la large promotion médiatique autour d’un tel ouvrage pourraient rendre cette dernière information crédible! Ce ne serait pas la première fois qu’un objet éditorial fabriqué à la va-vite pour figurer en bonne place dans les classements de ventes hebdomadaires réussirait son pari.

Mais voilà que, le 30 juillet, le site Toute la télé persiste et signe et écrit que, «contrairement à une information parue sur le site du Figaro et reprise par l’ensemble de la presse, le livre de Nabilla, “Allô? Non, mais allô quoi?“, ne peut être considéré comme un succès à l’heure actuelle». Pour le site, le livre se situait désormais à 1.689 ventes au bout de trois semaines.

Loin d'être anecdotique, l’histoire de l’évaluation difficile des ventes de livres de Nabilla constitue «un cas d’école de l’édition», remarque le site ActuaLitté qui revient sur l’affaire et met les choses au point.

En fait, les deux chiffres avancés sont bons, simplement ils ne se rapportent pas à la même réalité. C’est assez simple et le site spécialisé le résume ainsi:

«Il faut en effet distinguer:

1/ la mise en place dans les rayons du livre - 35.000 exemplaires

2/ les ventes définitives auprès de vrais gens - 1689 après trois semaines selon Edistat (et GfK, autre panel ne dit pas autre chose d'ailleurs).»

Quand vous êtes éditeur, votre client n’est pas le lecteur mais le libraire: les stocks de livres sont donc vendus via le diffuseur à un revendeur qui, lui, se chargera de vendre ces derniers au client final, le lecteur. Et les chiffres Edistat sont les seuls fiables car, comme ceux de GfK, ils sont obtenus à partir d’un panel représentatif de libraires: soit de sorties de caisse.

Si la pratique appelée «l’office» permet à un éditeur d’imposer un certain nombre d’exemplaires d’un livre au libraire, ce qui peut provoquer un bourrage de rayon qui profite aux grosses têtes d’affiche dont le marketing attend beaucoup, il faut aussi préciser que les libraires ont eux un droit de retour. Ils peuvent renvoyer à l’éditeur les invendus.

Donc, ces 35.000 exemplaires existent bel et bien, mais cela ne veut pas dire grand-chose. Qu’ils soient produits et acheminés au client intermédiaire ne signifie pas qu’ils seront vendus, même si une telle mise en place est une incitation à écouler les stocks.

Selon ActuaLitté, le taux de retour peut atteindre chez certains éditeurs 80% sur les nouveautés ce qui, par effet de cercle vicieux, va inciter ces derniers à produire de quoi rembourser les invendus... Pas swag du tout pour l'avenir de l'édition.

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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