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Brétigny-sur-Orge: cacophonie sur les «caillassages» et les «pillages»

A la gare de Brétigny-sur-Orge, le 12 juillet 2013. REUTERS/Benoit Tessier

A la gare de Brétigny-sur-Orge, le 12 juillet 2013. REUTERS/Benoit Tessier

Forces de l'ordre, autorités, médias, hommes politiques... Personne ne s'accorde sur ce qui s'est passé exactement après l'accident de train de Brétigny.

Après le grave accident ferroviaire qui a eu lieu à Brétigny-sur-Orge, faisant au moins six morts et des dizaines de blessés, et alors que les équipes de secours commençaient à intervenir, une bande de jeunes a-t-elle caillassé policiers, pompiers et ambulanciers, et pillé les victimes, dont des cadavres?

De nombreux médias, hommes et femmes politiques et responsables de la sécurité en parlent depuis ce vendredi 12 juillet au soir, avec des témoignages contradictoires ou différents, créant une cacophonie dont il est difficile de faire émerger les faits.

La seule chose dont on est sûrs, c'est qu'une personne a été arrêtée pour vol de portable (cette information a été confirmée à l'AFP par le sous-préfet d'Etampes Ghyslain Chatel). Après, ça se complique. Voilà les versions qui s'opposent sur les différents points:

Sur les vols

On sait donc qu'une personne a été arrêtée pour tentative de vol d'un téléphone portable d'un secouriste.

A part cela, Nathalie Michel, du syndicat policier Alliance, a parlé de cadavres dépouillés sur Europe1:

«A 17 heures 30, alors que nos collègues interviennent, ils voient un groupe de jeunes qui approchent et qui semblent porter secours aux victimes. Très rapidement, ils se rendent compte que ces individus sont présents pour dépouiller les victimes et notamment les premiers cadavres. De là nos collègues chassent les individus, et, derrière, les individus ripostent en caillassant nos collègues, et les collègues pompiers. C'est honteux. C'est inqualifiable, c'est monstrueux.»

La préfecture de l'Essonne assure qu'«aucune victime n'a été dépouillée», et le ministre des Transports Frédéric Cuvillier dit aussi qu'il n'y a pas eu «de victimes dépouillées».

Mais le Monde évoque des témoins ayant vu «une trentaine de jeunes venus des environs» tenter de volet «des effets des victimes, sacs, portables ou autres», avant d'être évacués par les CRS.

Sur son compte Twitter, le député PS Jérôme Guedj, président du conseil général de l'Essonne, confirme des vols «sans scène de pillage», citant les secouristes sur place:

Présent sur place, le reporter de France 2 Hugo Clément tweetait que les policiers sur le terrain confirmaient des vols sur des victimes, mais que toutes sources confondues sauf Alliance niaient des vols sur les cadavres.

Sur le caillassage

Selon Nathalie Michel, du syndicat des gardiens de la paix Alliance, interrogée ce 12 juillet par Europe 1, des jeunes ont caillassé les policiers et des pompiers, parce que les policiers les ont chassés après s'être rendus compte qu'ils étaient «présents pour dépouiller les victimes et notamment les premiers cadavres».

Alliance est le seul syndicat policier à s'être prononcé officiellement sur l'affaire pour le moment. Les journalistes évoquent des sources policières qui ne veulent pas être citées, refusent de confirmer ce que Nathalie Michel a dit, et relativisent la gravité des incidents.

Du côté des autorités, on minimise: d'après le sous-préfet d'Etampes Ghyslain Chatel, on n'a pas jeté de projectiles sur les secours, à l'exception d'un camion de pompiers qui pourrait avoir été visé mais n'aurait pas été touché (notez les conditionnels, le sous-préfet ne s'avance pas trop sur le camion de pompiers). Même son de cloche à la préfecture de l'Essonne, qui affirme qu'il n'y a «pas eu de caillassages contre la police»:

«Ce mot est largement exagéré. A l'arrivée des secours, un camion de pompiers a essuyé des jets de pierres, mais ils n'a pas été atteint. Cela n'a été qu'un petit épisode.»

Le Larousse définit le mot «caillasser» ainsi: «Jeter des pierres sur quelqu'un ou quelque chose». En estimant que le terme est trop exagéré pour la situation, les préfets souhaitent donc peut-être souligner que l'incident a été court et sans graves conséquences. De la même manière que les autorités préfèrent parler de vols et tentatives de vols plutôt qu'utiliser le verbe «dépouiller», beaucoup plus fort.

D'après le ministre des Transports Frédéric Cuvillier, des pompiers ont «par petits groupes, été accueillis de façon un peu rude».

Présent sur place, le journaliste du Parisien Florian Loisy a confirmé sur Twitter avoir vu le caillassage avoir lieu, ainsi que deux personnes être interpellées, et quatre personnes «foutre la merde». D'après lui la situation était tendue pendant une vingtaine de minute, jusqu'à ce que les policiers agrandissent le périmètre de sécurité et soient plus nombreux.

Sur place également, le journaliste de France 2 Hugo Clément a vu des échaffourées entre jeunes et CRS, avec jets de pierre:

Bande ou pas bande?

Les fauteurs de trouble travaillaient-ils en bande? Non pour le ministre des Transports, qui assure qu'il n'y a pas eu «de véritables actes commis en bande», mais seulement des «actes isolés». Le syndicat Alliance parle lui d'un «groupe de jeunes».

C.D.

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