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Le budget dérape? Laissez-le

Eric Le Boucher, mis à jour le 27.06.2013 à 17 h 29

Si la France prenait en considération les calculs de la Cour des comptes, si elle levait de nouveaux impôts ou coupait encore plus dans les dépenses, elle risquerait de tomber dans la spirale latine, celle qui a absorbé la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie.

Une pièce de 1 euro. REUTERS/Michaela Rehle

Une pièce de 1 euro. REUTERS/Michaela Rehle

Simagrée de violente dispute sur les comptes publics. L’opposition accuse le gouvernement de creuser le déficit et de se mettre en situation de ne pas pouvoir tenir ses nouveaux engagements européens de repasser sous la barre maastrichienne des 3% de PIB en 2015. Le gouvernement réplique que la droite n’a pas de leçon à donner.

Chacun a raison dans cette fausse dispute. La droite, si elle était au pouvoir, ferait exactement comme le gouvernement: tenir les comptes des dépenses mais ne pas lever d’impôts supplémentaires pour combler le manque de recettes dû à la croissance disparue.

Lever de tels impôts, ou couper encore plus dans les dépenses, aurait un effet récessif qui plongerait encore plus la croissance dans la zone rouge. La France serait menacée de tomber dans la spirale latine, celle qui a absorbé la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie.

La Cour des comptes vient de livrer ses calculs. Le déficit de la France (Etat, sécurité sociale et institutions territoriales) prévu à 3,7% de PIB, devrait se situer entre 3,8% et 4,1% de PIB sur la base d’une croissance révisée à -0,1% (au lieu de +0,1%). La fourchette tient à des moins-values possibles des rentrées fiscales pour environ 6 milliards.

Pour ramener le déficit à 3% de PIB d’ici à 2015, il faudrait réaliser 13 milliards d’économies sur les dépenses publiques en 2014 puis 15 autres milliards en 2015, selon la Cour. Elles s’ajouteraient aux 12 milliards de hausses de prélèvements à l’automne: 5 milliards pour compenser la baisse du rendement de certains impôts et 7 milliards afin de réaliser l’effort de redressement structurel prévu en matière de recettes.

Le gouvernement ne fera probablement aucune de ces 28 milliards  d’euros (13+15)  d’économies nouvelles. Il va surveiller la réaction des marchés financiers et les taux d’intérêt mais il choisira d’éviter la spirale récessionniste des pays du sud.

La France vient d’obtenir un délai de grâce de deux ans de Bruxelles et de Berlin pour revenir dans les clous de Maastricht: 2015 au lieu de 2013.  Si la croissance ne repart pas, ce qui est prévisible, le pays ne tiendra pas plus ce nouvel objectif que le précédent.  Le gouvernement n’engagera pas d’impôts en plus et pour les dépenses, le projet de budget 2014, annoncé, ne prévoit des coupes inédites que de 1,5 milliard.

La Cour demande, côté dépenses, de recourir à un «freinage à effet immédiat»: gel du point d’indice des fonctionnaires (déjà prévu en 2014), sous-indexation des prestations familiales, des retraites (comme le font l’Arrco et l'Agirc), des aides au logement (APL) et des indemnités chômage.

Elle n’exempte que les minima sociaux qui resteraient indexés sur l’inflation. Il faudrait aussi abaisser à nouveau de 0,2 point l’objectif d’évolution des dépenses d’assurance-maladie (prévu à +2,6% en 2014).

Toutes ces mesures auraient forcément un impact négatif sur le pouvoir d’achat. Sauf exception, le gouvernement ne les retiendra pas. Mais en compensation, pour ne pas alarmer les marchés financiers, il lui faudra engager des réformes structurelles plus fortement, la première est celle des retraites. Sur ce sujet, le gouvernement aurait aimé s’en tenir au minima. Il aura du mal.

E.L.B.

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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