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Villeneuve-sur-Lot: 20% des électeurs PS auraient voté FN au second tour

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 26.06.2013 à 11 h 47

Market at Villeneuve sur Lot / lifacolor via Flickr CC Licence By

Market at Villeneuve sur Lot / lifacolor via Flickr CC Licence By

«Aucun électeur de gauche n’a voté pour le Front national au second tour.» C’est ce qu’a dit le chef du groupe socialiste à l’Assemblée, Bruno Le Roux, au lendemain de l’élection du candidat UMP Jean-Louis Costes (53,76%) contre Etienne Bousquet-Cassagne (FN, 46,24%) dans l’ancienne circonscription de Jérôme Cahuzac. «Il est clair qu'il y a eu un report très important du vote socialiste sur le Front national», a jugé pour sa part Jean-Pierre Raffarin.

Aucun de ces deux responsables politiques ne sait analyser un résultat électoral, si on en croit les chiffres publiés par le doctorant en sciences politiques Joël Gombin sur cette législative partielle.

Le FN progressant de plus de 7.000 voix entre les deux tours, la question se pose donc, une nouvelle fois, de l'origine de ces bulletins bonus... Selon le politologue, 20% des électeurs du candidat du PS au premier tour dans la législative partielle du Lot-et-Garonne se sont reportés sur le FN au second. Soit moins que ceux qui ont préféré voter blanc ou nul (37% d’entre eux) ou UMP (32%). Joël Gombin a utilisé un modèle dit d’inférence écologique, qui permet d’estimer les reports de voix. Il avait procédé à la même analyse lors de la législative partielle de l’Oise, où il avait évalué le report de voix PS vers le FN entre 40% à 45%.

Ces reports sont donc moindres dans le cas du Lot-et-Garonne. Mais pas non plus résiduels au point d’accréditer la défense des responsables PS, qui semblent de plus en plus nier un phénomène réel, qui devrait au contraire les alerter. A noter que, selon le même modèle, 10% des abstentionnistes du premier tour et plus de 30% des votants blanc et nul se seraient reportés vers le candidat du FN.

Après la publication de la note de Joël Gombin sur l’Oise, en mars dernier, une petite controverse s’est engagée sur ses estimations à travers une note publiée par la Fondation Jean-Jaurès par le politologue et directeur adjoint du département Opinion et Stratégies de l’Ifop Jérôme Fourquet et le secrétaire national aux élections du PS, Christophe Borgel, qui invalidait «l’idée d’un report massif des voix de gauche sur le FN». Selon eux:

«L’apport d’électeurs frontistes abstentionnistes du premier tour a été plus important que ce qui a pu être écrit. Par ailleurs, les reports de gauche sur la candidate frontiste ont été moins élevés qu’indiqués au regard de la forte proportion d’électeurs de premier tour s’étant abstenus au second.»

Mais la demande de Joël Gombin d’accéder à ces données brutes issues d’un dépouillement partiel n’a pas été suivie d’effet, ce qu’il regrette:

«C'est le signe, au mieux, d'une absence de culture du débat scientifique et de l'open access au PS.»

L’analyse du vote FN mériterait pourtant que les chercheurs s'y mettent à plusieurs.

Rappelons que pour sa part, Slate a contribué à éclairer les ressorts de l'élection en écrivant que, contrairement à ce que le candidat socialiste éliminé avait affirmé au lendemain du premier tour, le beau temps n'était pas responsable de son mauvais score, ni de la performance du FN...

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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