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UBS, Reyl and Cie: deux banques suisses mises en cause pour leurs activités en France

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 14.06.2013 à 17 h 33

Devant le siège de la banque UBS à Zurich (Suisse) REUTERS/Arnd Wiegmann

Devant le siège de la banque UBS à Zurich (Suisse) REUTERS/Arnd Wiegmann

Tout va mal pour les banques suisses: deux d'entre elles intéressent la justice française, et les témoignages accablants d'anciens employés de haut niveau de ces entreprises se multiplient dans la presse.

1/ Une information pour blanchiment de fraude fiscale contre la banque de Genève Reyl & Cie, célèbre pour avoir accueilli l'argent de Jérôme Cahuzac, a été ouverte par le parquet de Paris le 31 mai, confiée au juge Van Ruymbeke. Un ancien cadre de la banque, Pierre Condamin-Gerbier, qui a par ailleurs été responsable de l'UMP en Suisse, avait déclaré un peu plus tôt qu’il disposait d’une liste d’une quinzaine de noms d’ex-ministres ou d’actuels ministres possédant un compte en Suisse. Il a aussi évoqué, sans plus de précision, des sportifs et des patrons de presse. Condamin-Gerbier a été auditionné à l'Assemblée nationale par le rapporteur du projet de loi de lutte contre la fraude fiscale, le député socialiste Yann Galut.

2/ La banque suisse UBS a été quant à elle mise en examen le 6 juin pour démarchage illicite, le fait de venir chercher des clients en France pour les inciter à ouvrir un compte en Suisse et se soustraire au fisc, et sa filiale UBS France pour complicité. C’est dans ce climat qu’un ancien chargé d’affaires (conseiller clientèle) de la banque livre un témoignage détaillé et gênant pour son ex-employeur dans le quotidien suisse Le Temps («Confession d'un banquier», accessible sur inscription).

«Jean (un pseudonyme, NDLR) s’occupait d’un portefeuille comprenant en moyenne 300 clients, essentiel­lement des chefs d’entreprise, des professions libérales, pharmaciens, médecins ou avocats, dont les avoirs oscillaient entre 250.000 et 2 millions de francs suisses.»

Le conseiller raconte qu’il allait régulièrement à Paris au milieu des années 2000 pour gérer les comptes de ses clients, mais aussi pour en démarcher de nouveaux et leur faire ouvrir un compte.

«L’objectif principal, c’est la rentabilité du portefeuille, le net new money qu’il rapporte à la fin de l’année. Vous êtes incité à atteindre vos objectifs, car cela détermine le bonus, qui peut varier entre un mois et une année de salaire supplémentaire.»

Jean utilisait les locaux de l’agence parisienne, ce qui était normalement interdit, et donne des explications très détaillées de la manière dont il ouvrait secrètement les comptes de ses clients français. Ces derniers étaient d'ailleurs «paranoïaques», évitant à tout prix d'avoir à donner leur véritable identité au téléphone, se faisant par exemple appeler par un pseudo du genre «Tonton Alfred» ou «l’ami du Louvre»!

«UBS ne tolère aucune activité visant à aider des clients à se soustraire à leurs obligations fiscales», réplique l’agence. Le conseiller estime au contraire que l’agence, non seulement connaissait ces pratiques, mais les rendaient possibles en fournissant le matériel:

«On nous mettait tout à dis­position, un ordinateur de voyage avec les documents vides dedans et un Nokia, vide également.»

Pour ce témoin de l'intérieur, les documents prouvant une compatibilité parallèle existe.

«Je les ai vus, il s’agissait d’un tableau Excel. Ils permettaient de calculer les bonus des CA français et suisses quand on se transférait des clients.»

Et le conseiller d’ajouter:

«Pourquoi aller en France si ce n’était pour prospecter et acquérir de nouveaux clients? Vous pensez qu’UBS payait quatre ou cinq voyages par an, parfois ­jusqu’à dix ou douze à des dizaines de conseillers à la clientèle, pour aller serrer des mains? Cela n’aurait pas de sens.»

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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