Marseille: quand le FN et FOG se retrouvent dans l'histoire de l'addition de Carlotti

Marie-Arlette Carlotti, 21 mars 2013. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Marie-Arlette Carlotti, 21 mars 2013. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Une tragi-comique histoire marseillaise avec une ministre-candidate aux municipales, une addition pas payée, des militants socialistes qui se balancent du gaz lacrymo mais aussi Franz-Olivier Giesbert, les frères Bogdanov et Marine Le Pen en guest stars.

Alfred Mauro, propriétaire du Don Corleone, un restaurant connu à Marseille pour ses dîners littéraires mensuels, a reçu le 4 mai dernier Marie-Arlette Carlotti, candidate à la primaire PS pour les municipales et ministre déléguée aux Personnes handicapées et à la lutte contre l'exclusion.

La suite, les médias l’ont jusque-là chroniquée. Après une altercation entre deux militants socialistes opposés à propos de la réforme du mariage pour tous, la tension monte et l’un d’eux finit par faire usage de gaz lacrymogène. Les clients sortent, on attend la police. Marie-Arlette Carlotti, sa porte-parole Nathalie Pigamo et d’autres finissent par partir, promettant de régler l’addition plus tard.

Joint par Slate, le restaurateur se souvient que la ministre a annoncé venir avec «une quarantaine d’invités», et en a déduit que ces gens étaient donc les invités de l’intéressée. Le 6 juin, il annonce avoir porté plainte pour «grivèlerie alimentaire», réclamant 1.120 euros de note à Marie-Arlette Carlotti et à ses amis, qu'il estime à 32 personnes.

Nathalie Pigamo, la porte-parole de la campagne de Marie-Arlette Carlotti, se défend d’avoir invité autant de monde, comme elle nous le raconte:

«Si c’était une réunion d’équipe, on l’aurait faite dans notre local avec des pizzas, pas dans un restaurant à 35 euros le menu. Ça n’était pas un meeting! Il y avait des gens qui l’accompagnaient, soit une dizaine.»

Alfred Mauro se fend d’abord d’un communiqué de presse, puis d'une plainte, s'estimant lésé et se disant sans nouvelles. «On a peut-être pêché par naïveté», explique alors la porte-parole.

Mais encore? L’équipe de la ministre soupçonne une manipulation. L’affaire est d’abord sortie dans Le Point, dont le patron, Franz-Olivier Giesbert, a été le témoin de mariage du restaurateur. Des photos qui l'attestent tournent depuis sur Twitter.

Ce qui amuse Mauro:

«Elle dit que c’est une manipulation parce que Franz-Olivier Giesbert est mon témoin de mariage et publie la photo. Sauf qu’à mon mariage, il y avait plein de gens, et notamment l’ancien maire –socialiste– de Marseille, Robert Vigouroux.»

Les désormais célèbres photos du mariage d'Alfred Mauro. Oui, ce sont bien les frères Bogdanov!

A gauche, FOG. A droite, Robert Vigouroux.

«FOG À L'ORIGINE D'UN COMPLOT CONTRE CARLOTTI !»: c'est le titre du dernier communiqué d'Alfred Mauro, pour tourner en dérision cette hypothèse. «Prétendre que FOG, parce qu'il est mon témoin de mariage, fasse orienter un papier ressenti  contre Carlotti, c'est lamentable», écrit-il.

Par ailleurs, la porte-parole de la ministre a tweeté un lien vers la liste du comité de soutien de Marine Le Pen pour la présidentielle de 2012, sur laquelle figure Alfred Mauro. A quoi ce dernier nous répond:

«J’ai signé le comité de soutien pour deux raisons: parce que Gilbert Collard, qui est un ami, me l’a demandé. Et parce que je pense que tout le monde avait le droit de se présenter.»

Où en est-on de cette triste affaire politico-gastronomique? Marie-Arlette Carlotti négocierait l’addition, refusant de payer les desserts qui n’ont pas été consommés à cause de l’altercation. Mauro répond aux journalistes, poste des commentaires pour sa défense sous les articles concernés, comme ici. Et les municipales marseillaises commencent dans un climat bien étrange, sinon dérisoire.

Jean-Laurent Cassely