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Qui est Dominique Venner, l'homme qui s'est suicidé en plein Notre-Dame de Paris?

Robin Panfili, mis à jour le 21.05.2013 à 19 h 03

Dominique Venner, en 2010 (Real Politik TV).

Dominique Venner, en 2010 (Real Politik TV).

Dominique Venner, essayiste et écrivain classé à l’extrême droite, s’est suicidé, mardi 21 mai, en pleine cathédrale Notre-Dame de Paris. L’homme se serait donné la mort devant l’autel de la cathédrale à l’aide d’un pistolet aux alentours de 16 heures.

Dans un billet daté du même jour, publié sur son site personnel, il dénonçait le projet de loi mariage pour tous, contre lequel il se battait depuis plusieurs semaines: «une loi infâme». Faisant allusion à la manifestation des anti-mariage pour tous prévue dimanche 26 mai, il prévenait qu'«il ne suffira pas d’organiser de gentilles manifestations de rue pour l’empêcher», puis écrivait:

«Il faudra certainement des geste [sic] nouveaux, spectaculaires et symboliques pour ébranler les somnolences, secouer les consciences anesthésiées et réveiller la mémoire de nos origines. Nous entrons dans un temps où les paroles doivent être authentifiées par des actes.»

Dominique Venner, âgé de 78 ans, pointait également dans son billet de blog une France «tombée au pouvoir des islamistes» et de «l’immigration afro-maghrébine.»

Son éditeur, Pierre Guillaume de Roux, interrogé par l’AFP, a réagi à cette disparition:

«Je ne crois pas que l’on puisse lier son suicide à cette affaire de mariage, cela va bien au-delà.»

Selon lui, ce geste revêt une portée symbolique particulière «qui le rapproche de Mishima», écrivain japonais célèbre qui a fait de son suicide par seppuku (éventration), en 1970, un geste politique.

Militant dans les années 1950 dans les mouvements d’extrême droite, Dominique Venner fonde le groupe nationaliste Europe-Action en 1960, en s’appuyant sur une revue du même nom. Dans Le Pen, une histoire française de Philippe Cohen et Pierre Péan, on en apprend davantage sur cet homme engagé dans l’armée dès l’âge de 17 ans et emprisonné en 1962 pour sa participation au sein de Jeune Nation (mouvement créé par Pierre Sidos, figure importante de l'extrême droite française) à des actions de soutien à l’OAS.

C’est en prison que Dominique Venner deviendra un intellectuel, expliquent les deux auteurs, et théorisera le renouvellement des idées de la droite nationale. Dix ans après son premier texte écrit en prison, intitulé Pour une critique positive et approfondi dans Pour un parti nationaliste, Dominique Venner se retire du militantisme.

Il refusera même de se présenter aux élections législatives, privilégiant une action «dans le seul champ intellectuel», expliquent les auteurs. Un domaine dans lequel il créera le Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE), qui va profondément marquer la droite des années 1980.

Cette distance avec la politique est également évoquée par Bernard Dumont, directeur de la revue Catholica. Dans une biographie de l’essayiste, il évoque «un mépris non caché de D. Venner pour la politique [qui] lui fait préférer l’action culturelle et éducative.»

Dans sa courte biographie sur le site des éditions du Rocher, on apprend que son virage vers l’édition l’amènera à fonder les revues Enquête sur l’histoire, disparue dans les années 1990, et La Nouvelle Revue d’Histoire (NRH), créée en 2002. Dominique Venner devait publier un ouvrage en juin, Un samouraï d’Occident, le bréviaire des Insoumis.

Robin Panfili
Robin Panfili (190 articles)
Journaliste à Slate.fr
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