«Un Powerpoint pourri à mon mariage»: quatre mois de débat sur le mariage pour tous en deux photos

Gonzague Mahé des Portes, le 16 décembre 2012 et le 23 avril 2013 (Cécile Dehesdin)

Gonzague Mahé des Portes, le 16 décembre 2012 et le 23 avril 2013 (Cécile Dehesdin)

C'était un mois avant le début de l'examen du projet de loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels. Le 16 décembre dernier, il faisait gris, il faisait froid, mais les pancartes de la manifestation des partisans du texte (à laquelle j'étais présente à titre personnel, et non en tant que journaliste) rivalisaient d'originalité à Paris.

Après avoir aperçu un hommage à Beyoncé –«Put a ring on it»– et une promesse –«Vous nous faites des homos, nous vous ferons des hétéros»–, je suis tombée sur un jeune homme.

Il avait un manteau vert, une écharpe jaune et une pancarte multicolore avec une revendication simple:

«Moi aussi, je veux un Powerpoint pourri à mon mariage.»

Clairement, il avait «gagné la manif», ai-je posté sur Facebook, me rendant compte au passage qu'il était un ami d'ami d'ami (sa pancarte a d'ailleurs figuré dans le top 5 des meilleurs slogans du Petit journal de Canal+).

Ce mardi 23 avril au soir, il faisait nuit, il faisait presque chaud, et les rues du quartier du Marais étaient pleines de gens qui fêtaient le vote définitif par l'Assemblée nationale du projet de loi.

Quand soudain, entre des applaudissements et des hot-dogs, le retour du garçon:

Gonzague Mahé des Portes a 31 ans et il est consultant digital quand il ne fait pas dans la pancarte rigolote, m'explique-t-il dans un message Facebook, avant de raconter la genèse du Powerpoint:

«En gros, je souhaitais écrire une pancarte festive qui traduise l'évidence et la normalité de nos revendications. J'ai pensé à tous les mariages auxquels je suis témoin, pour lesquels je crée moi-même des films, des chorégraphies, des lipdubs, des flashmobs et autres animations. [...] Et c'est alors que je me suis dit: "Moi aussi, je veux que mes amis se décarcassent autant que moi pendant des semaines à concevoir des animations".»

Forcément, il a pensé au Powerpoint, parangon de l'animation de mariage si mauvaise qu'elle en est bonne:

«Le Powerpoint pourri qui ennuie l'assemblée pendant 20 minutes avec ses photos humiliantes des mariés lorsqu'ils étaient enfants ou saouls en soirées étudiantes, mais aussi avec ses anecdotes qui ne font rire que les mariés et leurs témoins. Oui, moi aussi je veux un Powerpoint pourri à mon mariage, car cela signifie concrètement que je peux me marier, mais également que les gens qui m'entourent se seront ennuyés à en concevoir un pour moi pendant de longues soirées, et donc finalement qu'ils m'aiment.»

S'il se marie un jour, je souhaite à Gonzague un Powerpoint d'anthologie. Et même si on n'est pas amis et que mes photos sont aussi moches que ses pancartes jolies, j'espère qu'il acceptera ma participation.

C.D.