C'est dans l'actuFrance

«Manif pour tous»: le compte y est de moins en moins

Robin Panfili, mis à jour le 22.04.2013 à 19 h 35

Dimanche, l'écart entre les chiffres de la police et ceux des organisateurs était de 1 à 6. Un niveau inédit en France et qui traduit la tension qui règne autour du dossier du mariage pour tous.

Paris, le 21 avril 2013. Jacky Naegelen/REUTERS

Paris, le 21 avril 2013. Jacky Naegelen/REUTERS

Compter le nombre de participants d'une manifestation est un exercice périlleux. Traditionnellement, les chiffres fournis par les organisateurs et ceux annoncés par la police témoignent de larges disparités. Les récentes manifestations des opposants au projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe, comme celle qui a eu lieu à Paris le dimanche 21 avril 2013, confirment ce constat. 

Dans le cortège, le député UMP des Yvelines Henri Guaino a vivement réagi aux chiffres officiels faisant état de 45.000 manifestants, l'organisation de la Manif pour tous avançant, de son côté, le chiffre de 270.000 participants:

«J'accuse la préfecture de police de mentir. J'accuse le gouvernement de ridiculiser la police en donnant des chiffres pareils.»

Comptages indépendants

Qui croire? Les organisateurs –que l’on soupçonne parfois de gonfler les chiffres pour donner plus d’ampleur à la mobilisation– ou la police –qui pourrait, à l’inverse, revoir les chiffres à la baisse pour minorer le mouvement?

Certains médias s'essaient désormais à un comptage indépendant: c'était le cas de Mediapart en octobre 2010 pendant la réforme des retraites ou du Monde ce lundi, qui estime le nombre d'opposants au mariage pour tous à 100.000. Dans les deux cas, le chiffre médiatique est plus proche de celui des autorités que des organisateurs.

2002: manifestations anti-Le Pen; 2003: manifestations contre la réforme des retraites; 2005: manifestation en faveur des salaires; 2006: manifestations anti-CPE; 2009: manifestations contre le traitement de la crise; 2010: manifestations contre la réforme des retraites; 2012: manifestation du 1er mai, entre les deux tours de la présidentielle.

Les chiffres concernant les quatre «Manifs pour tous» n’incluent que les manifestations qui ont eu lieu à Paris, faute de totalisation à l’échelle nationale.

S'il est difficile d'évaluer avec précision le nombre de manifestants, un chiffre se révèle très éclairant: celui du ratio entre les chiffres revendiqués par les organisateurs et les chiffres officiels. Au cours des dix dernières années, le ratio moyen d’une manifestation en France s’établissait à 2,5, et oscillait selon les défilés entre 1,4 et 3,3.

A Paris, lors des derniers rassemblements contre le mariage homosexuel, ce chiffre a explosé. Les manifestations du 24 mars et du 21 avril 2013 ont respectivement atteint des ratios de 4,67 et de 6, alors que les deux premières manifestations, organisées avant le début de l'examen du texte à l'Assemblée, connaissaient des ratios «normaux» de 2,9 et 2,4.

Des ratios pires qu'en 1986 et 1994

Ces valeurs records dépassent même les ratios élevés des manifestions étudiantes contre le projet Devaquet de réforme universitaire en 1986 (200.000 selon la police, 1 million d'après les organisateurs) ou la proposition de réforme de la loi Falloux sur le financement de l'école privée en 1994 (260.000 selon la police, 1 million d'après les organisateurs). 

Comment peut-on justifier de tels écarts? Lors des manifestations de 2010, nous avions tenté de trouver une explication à ce phénomène statistique. Le ratio police/syndicats est un révélateur du blocage entre le gouvernement et les organisateurs du rassemblement, et exprime l’intensité et le degré de désaccord.

On peut donc imaginer que, lorsque, les organisateurs et le gouvernement s’entendent sur les motivations de la mobilisation, la valeur du ratio est plutôt faible. C'était le cas lors des manifestations anti-Le Pen le 1er mai 2002, où le ratio était de 1,4 (900.000 selon la police, 1,3 million selon les organisateurs).

A l’inverse, le ratio peut atteindre des niveaux très supérieurs à la moyenne lorsque le contexte politique ou social se tend. Lors des quatre manifestations de 2010 contre la réforme des retraites, il avait ainsi eu tendance à augmenter. Un phénomène que l'on retrouve, accentué, avec les Manifs pour tous.

R.P.

Robin Panfili
Robin Panfili (190 articles)
Journaliste à Slate.fr
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte