FranceC'est dans l'actu

Camping pour tous: qui sont les membres de la «droite ballerine»?

Jean-Laurent Cassely et Robin Panfili, mis à jour le 21.04.2013 à 10 h 33

Petite sociologie sauvage et numérique des abonnés de la page Facebook du «Camping pour tous»: la naissance d'une droite jeune qui ne veut «rien lâcher».

Alors, ces manifestants qui ont squatté et campé devant le Sénat ces derniers jours, ont passé une nuit en garde à vue après avoir tenté de camper devant l'Assemblée nationale et qui semblent déterminés à «ne rien lâcher», comme l'assure leur slogan, piqué au passage au Front de gauche, qui sont-ils?

Ces derniers jours, les opposants au mariage gay étaient persuadés que la DCRI et les CRS hackaient leurs comptes Facebook, comme on peut le lire ici et . C'est ce que révèleraient des captures d'écran faites par les utilisateurs, sur lesquelles on voit des connexions à des moments et en des lieux incompatibles avec les habitudes des individus concernés.

Chez Slate, on n'a pas de logiciel espion, mais un accès Internet. Et grâce aux Internets mondiaux, il nous est possible de nous connecter comme tout un chacun sur la page Facebook du Camping pour tous, qui rassemble un peu plus de mille abonnés (au moment où nous écrivons cet article), pour récupérer ce que tout le monde peut voir depuis son compte personnel Facebook: le profil des activistes.

Allez, trêve de suspense... L'étude d'une bonne centaine d'internautes actifs –115 exactement, soit un dixième des abonnés, qui ont liké des contenus sur la page– ne permet pas vraiment de mettre de côté les clichés associés à la petite frange encore mobilisée des manifestants.

Alors, certes, il ne s'agit en rien d'une étude représentative, mais en piochant dans le coeur de la mobilisation, sur une page qui n'a que mille fans –contre 35.000 pour la Manif pour tous– on peut raisonnablement affirmer qu'on dispose d'un échantillon de la partie la plus en pointe de la mobilisation: soit qu'elle participe activement, soit qu'elle s'informe des suites du mouvement.

Petit point de méthode: la majorité des utilisateurs de Facebook ne publie ni son emploi, ni sa formation. En revanche, une petite partie seulement des participants publie sous son nom ces éléments, de sorte qu'il est possible pour tout visiteur de les lister. Ce que nous avons fait. L'information recueillie est donc forcément partielle.

Naissance de la droite ballerine

Les scolaires sont logiquement très présents puisque le camping urbain est plutôt réservé aux jeunes... Sur 30 lycéens, un sur deux est scolarisé en lycée catholique privé. Comme environ 78% des élèves du secondaire en France sont scolarisés dans le public, cette présence du privé est significative.

Le profil des lycées publics fréquentés par nos campeurs n'est pas pour autant lambda: lycées français à l'étranger, souvent de très bon niveau, lycées intégrant les classes prépas comme Janson-de-Sailly et Louis le Grand à Paris, Ampère à Lyon, Hoche à Versailles, etc.

Une jeunesse scolarisée dans les beaux quartiers, assez éloignée de l'idée d'une contestation populaire, bien résumée sur cette vidéo tournée devant le jardin du Luxembourg qui héberge le Sénat, ou plutôt au «Luco» comme on dit dans le VIIIe parisien. Un clin d'oeil au personnage joué par Frank Dubosc dans le film... Camping 2.

Une «droite ballerine», en référence à la chaussure brandie dans l'hémicycle par le député UMP Philippe Meunier pour démontrer que les manifestants, «jeunes hommes et jeunes filles sagement assis sur l'Esplanade des Invalides», n'étaient pas «des nervis de l'extrême droite».

Camping pour tous mais aussi «Vélib pour tous» et «jogging pour tous», ces jeunes militants pas si sages que ça ont intégré les codes de manifestation ludiques et festifs que les collectifs médiatiques de néo-militants de gauche ont imposé ces dernières années. Et manient tout autant que leurs adversaires un certain esprit d'autodérision.

Ci-dessus, le bandeau d'accueil du blog Fromage Plus, une image décomplexée et décalée de la droite des beaux quartiers

«Boîte privée, Sciences Po, l'ENA ou HEC...»

Plus éduqués que la moyenne, les militants sont nombreux à fréquenter l'université, les grandes écoles (Paris Tech les Mines, Centrale, Saint-Cyr, Sciences Po) ou les établissements catholiques du supérieur. «A droite ou à l'extrême droite, beaucoup d'entre nous sont dans des instituts ou écoles prestigieux et seront amenés à diriger le pays demain. On ne s'oubliera pas», lâche crânement l'un d'eux dans l'article du Monde sur cette jeune génération de droite.

Des déclarations dont la portée doit être limitée: Sciences Po n'est pas encore un repaire de droitiers ultraréacs, loin de là. On retrouve plutôt les campeurs dans les institutions scientifiques ou dans des facs de droite historiquement militantes comme Paris 2-Assas et dans les écoles de commerce.

Il est intéressant de noter que plusieurs des participants travaillent dans les secteurs humanitaire et social: l'Unicef, les Apprentis d'Auteuil ou les Instituts régionaux de formation sanitaire et sociale de la Croix-Rouge. Ou encore dans des associations catholiques comme les Guides et Scouts d'Europe ou l'Arche de Paris (aide aux handicapés).

Des militants (fédérations départementales UMP, syndicat étudiant de droite UNI), mais peu, complètent le tableau.

L'Ouest en force

Géographiquement, on retient de la carte ci-dessous une bonne représentation de l'Ouest intérieur catholique, une petite concentration dans l'Ouest parisien, banlieue chic de la capitale, et des Lyonnais.

En classant les départements par nombre de «fans» ou d'«amis» des pages départementales de La Manif pour tous, ce qui frappe est à nouveau cette représentation de l'Ouest intérieur en particulier autour d'Angers et de Tours.

Jean-Laurent Cassely et Robin Panfili

Légende
La deuxième carte (ci-dessus) montre la répartition par département du nombre d’utilisateurs Facebook abonnés à une page fan ou à un profil lié au mouvement La Manif pour Tous.
Nous avons recueilli les données à partir du réseau départemental présenté sur le site officiel de La Manif pour Tous et par des requêtes sur le moteur de recherche de Facebook. Pour les comptes régionaux (Alsace, Lorraine, Paca), nous avons rapporté le nombre d’abonnements à chaque département (c'est pourquoi il y a par exemple 500 abonnés dans le Nord et 500 dans le Pas-de-Calais).
Nous n’avons pas pris en compte la page nationale officielle de la Manif pour Tous (35.504 membres), ni la page créée pour les Français de l’étranger (sic) consacrée aux «Français établis hors métropole». Avec ses 1.073 membres, elle regroupe les DOM-TOM, la Corse et les expatriés.

L’échelle de la carte s’étale sur cinq niveaux
— bleu clair (entre 0 et 50 abonnés)
— bleus intermédiaires (50 à 100 abonnés; 100 à 300 abonnés; 300 à 500 abonnés)
— bleu foncé (plus de 500 abonnés).

NB: les données ont été extraites à partir de Facebook le 18 avril 2013.
Les départements en gris sont ceux pour lesquels il n'y a pas de données.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte