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Les secrets offshore de Jean-Marie Le Pen

Robin Panfili, mis à jour le 10.04.2013 à 11 h 04

REUTERS

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Jean-Marie Le Pen se retrouve dans une posture délicate, rappelant celle que vit François Hollande ces derniers jours. D’après les informations publiées par Mediapart, le trésorier de campagne de Jean Marie Le Pen aurait utilisé les services de plusieurs sociétés offshore: Overseas Property Services Limited (à Gibraltar) et Hadret Al-Raiss (au Panama).

Editeur et proche de Jean-Marie Le Pen, Jean-Pierre Mouchard[1] occupait le poste de trésorier du micro-parti Cotelec jusqu’à 1997. Pour Mediapart, ce qui apparente le cas de Jean-Pierre Mouchard à celui de Jean-Jacques Augier, le trésorier de campagne de François Hollande, c’est le rôle de la structure Cotelec dans le financement du Front national.

«Le micro-parti animé par Mouchard, contribue –officiellement dès 1991– au financement du FN, lui apportant les dons de sympathisants et militants collectés par le parti. Les coordonnées de Cotelec figurent alors souvent en bas des tracts. C'est une forme de contrôle direct de sa trésorerie par Le Pen, Mouchard n’ayant aucune fonction dans l’appareil du parti.»

Par ailleurs, Jean-Pierre Mouchard aurait ouvert un compte à l’Union des banques suisses (UBS) pour le président d’honneur du Front national en 1981. Près de deux millions de francs y auraient été déposés entre juin 1984 et avril 1986. Selon le site d’informations, Mouchard dit «agir pour le compte de M. Le Pen».

«De ce que j'en sais, ce compte était parfaitement légal et déclaré», a assuré Marine Le Pen à Mediapart. Pour Jean-Marie Le Pen, le compte appartient exclusivement à Jean-Pierre Mouchard et serait lié à un emprunt de sa société d’édition de disques, la Serp. Il nie d’ailleurs l’existence des deux millions de francs évoqués par Mediapart

Le Canard Enchaîné daté du 10 avril évoque, lui aussi, l’existence d’un compte suisse pour l’ancien chef de parti du FN. Un compte «cogéré par un éditeur français, Jean-Pierre Mouchard, trésorier de l’association de financement du FN, Cotelec» dont la somme sera, par la suite, «transférée sur un compte à la banque suisse Darier».

A-t-on là l’explication du silence relatif du Front national vis-à-vis de l’affaire Cahuzac? Le Front national s’est, en effet, peu exprimé sur les événements récents qui frappent la majorité. L'une des premières réactions officielles intervient le 2 avril par l’intermédiaire d’un communiqué où le parti décrit l'affaire comme «une bombe à fragmentation [qui] entache indubitablement la crédibilité de la politique gouvernementale». Médiapart souligne:

«Lors des révélations de Mediapart, le 4 décembre, comme lors de l’ouverture de l’information judiciaire pour “blanchiment de fraude fiscale” et la démission du ministre, le 19 mars, le Front national n’a pas jugé bon de diffuser un seul communiqué, alors qu’il n’a jamais manqué de le faire sur les autres “affaires”:  perquisitions au siège du PS du Pas-de-Calais, mise sous tutelle de la fédération PS des Bouches-du-Rhône, mise en examen de Sarkozy…»

Au début du mois d’avril, le Front national avait déjà été mêlé à une affaire de placement d’argent à l’étranger, précisément sur l’affaire Cahuzac. Le Monde révélait que «le compte suisse dont l’existence a été reconnue par l’ancien ministre a été ouvert par Philippe Péninque, un proche de la présidente du Front national, Marine Le Pen».

Après ces révélations, elle ne tardait pas à répondre. «Ouvrir un compte à l’étranger n’est pas un délit», déclarait-elle sur RTL.


[1] Jean-Pierre Mouchard est par ailleurs le père de Laurent Joffrin, directeur de la publication du Nouvel Obs. Retourner à l'article

Robin Panfili
Robin Panfili (190 articles)
Journaliste à Slate.fr
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