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Laurent Fabius dément des rumeurs lui attribuant un compte en Suisse et annonce des poursuites

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 08.04.2013 à 10 h 04

Laurent Fabius, le 20 mars 2013, à l'Assemblée nationale. REUTERS/Benoît Tessier.

Laurent Fabius, le 20 mars 2013, à l'Assemblée nationale. REUTERS/Benoît Tessier.

Avec l’affaire Cahuzac, on connaissait déjà l’épisode du démenti faisant suite à la publication d’une information diffusée par Mediapart (on connaît la fin de l’histoire). Voici désormais le démenti d’une information (?)... non encore publiée par Mediapart mais dont l’existence hypothétique a été évoquée par un autre média.

Un drôle de jeu de billard à trois bandes qui a commencé, dimanche 7 avril, par la publication par Libération à 22h34 d’un article de son édition du lendemain intitulé «Une possible affaire Fabius tétanise l’Elysée» (accès payant). Publication suivie par la divulgation par l’AFP, à 23h42, d’un communiqué du ministre des Affaires étrangères démentant «formellement» une «rumeur, relayée par Libération», lui attribuant «un compte en Suisse», son avocat Jean-Michel Darrois démentant plus largement auprès de Libération la possession d’un compte dans tout paradis fiscal.

L’ancien Premier ministre annonce avoir mandaté ce dernier «pour qu'il engage les procédures juridiques permettant de le démontrer et de faire cesser la diffusion de ces informations fausses et calomnieuses».

Dans son article, Libération fait le récit d’un «étrange week-end» au cours duquel «une possible affaire Fabius […] mobilise l’exécutif dans le plus grand des secrets»:

«Mediapart aurait en sa possession les preuves que Laurent Fabius détient un ou plusieurs comptes en Suisse. Et comme Edwy Plenel se répand partout que son site se prépare à révéler un "scandale républicain", la rumeur s’emballe. Info, intox? Nul ne sait. […] Plus qu’une affaire, c’est potentiellement une bombe politique. Tout le monde fait le même calcul: si Fabius a effectivement un compte en Suisse, c’est tout le gouvernement qui tombe. Immédiatement.»

Irritation chez Mediapart

Fabrice Arfi, le journaliste de Mediapart qui a révélé l’affaire Cahuzac, a réagi de la même formule auprès de Libération et de l’AFP:

«Il n’existe à Mediapart que ce qui est publié sur notre site.»

Selon le quotidien, l’enquêteur a rencontré Laurent Fabius pour «confronter ses informations avec la version du ministre des Affaires étrangères, tout juste rentré du Mali», et le ministre des Affaires étrangères a appelé François Hollande pour démentir la rumeur. La ministre de l'Egalité des territoires et du Logement Cécile Duflot a elle déjeuné samedi midi avec Edwy Plenel «à titre privé».

L'épisode a en tout cas fortement irrité du côté de Mediapart, comme en témoignent ces quelques tweets publiés par des journalistes de la rédaction dans la nuit du dimanche 7 au lundi 8.

Edwy Plenel a renchéri, lundi matin sur Europe 1, en dénonçant des «rumeurs» et des «commérages» ainsi que sur son blog sur Mediapart:

«Nous n’aurions jamais imaginé qu’un journal se voulant sérieux puisse ainsi violer le secret professionnel qui protège sources et investigations d’autres confrères.»

Dans l'émission LCI Matin, le directeur adjoint de la rédaction de Libération, Sylvain Bourmeau, a lui justifié l'attitude de son journal:

«Nous avons fait cette une non pas sur une rumeur mais sur un démenti, car une rumeur n'est pas une information. Son avocat a pris l'initiative d'appeler Libération pour démentir la rumeur.»

«L'affaire» a aussi provoqué des réactions politiques. Lundi matin, sur i>TELE, le premier secrétaire du PS Harlem Désir a appelé à «s'en tenir aux faits» et ne pas «lancer des rumeurs chaque journée». Sur RTL, le ministre délégué à l'Economie sociale et solidaire Benoît Hamon a lui assuré n'avoir «aucune raison de mettre en doute» la parole de Laurent Fabius, tandis que, sur France 2, le chef de file des députés PS Bruno Le Roux a lui affirmé que «le fait qu’un journal enquêterait et que le ministre dément, ce n’est pas de l’information».

La «boîte de Pandore» Reyl & Cie

Derrière cette polémique médiatico-politique, on trouve l'évocation, tout le week-end dernier, de possibles autres personnalités françaises détenant des comptes en Suisse.

Mediapart a ainsi publié dimanche un long article (accès payant) sur «la bombe Reyl & Cie», du nom de cet établissement genevois où ont été transférés les fonds du compte UBS de Jérôme Cahuzac à la fin des années 90. L’article ne cite pas de noms de politiques mais affirme que «l’établissement financier genevois pourrait bien dissimuler d’autres cas d’évasion fiscale au bénéfice de hautes personnalités françaises. Dont des responsables politiques», citant notamment en ce sens un banquier genevois:

«S’il y a bien une officine qui avait comme clients français des personnalités du show-biz, des grands capitaines d’industrie, et des hommes politiques, c’est Reyl.»

Le Monde a publié le même jour une enquête sur l'établissement «au cœur du scandale Cahuzac et sans doute d'autres à venir», expliquant que «la boîte de Pandore est ouverte» et que «plusieurs sources indiquent que Reyl & Cie [...] est l'"officine" à laquelle des dizaines de "VIP" français —hommes politiques de droite comme de gauche, grands industriels et entrepreneurs— se sont durant des décennies adressés en toute confiance».

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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