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Qui est Jean-Jacques Augier, trésorier de Hollande et homme d'affaires éclectique?

Jean-Jacques Augier. Yagg.pro

Jean-Jacques Augier. Yagg.pro

Des taxis G7 à la boucherie en Chine, et de l'édition littéraire parisienne à la reprise du magazine gay Têtu, Jean-Jacques Augier, le trésorier de campagne de François Hollande dont des fuites révèlent qu'il est actionnaire de sociétés offshore, est un énarque atypique.

Jean-Jacques Augier, le trésorier de la campagne présidentielle de François Hollande en 2012 et ami de plus trente ans du président de la République, est actionnaire de deux sociétés offshore dans les îles Caïmans, un territoire britannique des Caraïbes connu pour être un paradis fiscal, selon les documents internes rendus publics par le consortium d’investigation journalistique américain ICIJ.

Qui est Jean-Jacques Augier? «Un caractère sensible, une culture littéraire sophistiquée, mais un sens des affaires tranchant», décrit Raphaëlle Bacqué dans Le Monde. Polytechnicien et énarque, issu de la promotion Voltaire, celle de François Hollande, Ségolène Royal et nombre de proches de l'actuel président de la République.

Inspecteur des finances, il passe dans le privé à la Compagnie générale d'électricité puis aux taxis parisiens G7 en 1987, à l'invitation d'André Rousselet, ancien directeur de cabinet et trésorier de campagne de Mitterrand et alors patron de Canal + et d'Havas. Il redresse la compagnie et part en 1999 avec 11 millions d'euros de plus-value.

De l'éditeur P.O.L. à la boucherie en Chine

Dans les années 1990, Augier entame une première incursion dans la culture, en investissant dans les éditions Balland et P.O.L., cette dernière remportant de beaux succès dans les années 1990: Emmanuel Carrère, Marie Darrieussecq, Martin Winckler. P.O.L. «a été remis d'aplomb en cinq ans et revendu à Gallimard», écrivait BibliObs en 2012.

Côté Balland, c'est la publication des Monologues du Vagin, succès mondial, dans la collection Le Rayon Gay qu'il a créée. Il tâte aussi de la presse, devient actionnaire du Monde des débats fondé par Michel Wieviorka, et qui disparaîtra en 2001.

«Il côtoie depuis plus de trente ans l’élite intellectuelle, politique et commerciale du pays, mais il n’est pas mondain», écrit Libération qui dressait son portrait le week-end précédant les révélations sur les comptes offshore. La suite est amusante: au début des années 2000, Jean-Jacques Augier part en Chine.

«Il acquiert trois boucheries dans Pékin et y crée la première librairie française.»

BibliObs écrit même qu'il «se fait une réputation de pourvoyeur de filet mignon dans le milieu des expats».

C'est à l'époque chinoise qu'il investit dans International Bookstores Limited, la société qui apparaît dans les documents révélés par le consortium de journalistes américains. Il la fonde en 2005 avec deux associés en Chine, dont un homme d'affaires chinois qui veut monter une chaîne de librairies. C'est ce dernier, affirme au Monde Jean-Jacques Augier, qui a posé alors comme condition que les actifs soient placés aux Caïmans. Mais l'aventure périclite et Augier cesse sa collaboration, sans pouvoir retirer ses parts. Concernant l'autre société basée aux îles Caïmans, il s'agit d'une affaire de voyagistes montée en 2008, et là encore ce sont les partenaires d'Augier qui auraient voulu créer la société dans le paradis fiscal.

Jean-Jacques Augier «affirme d'ailleurs que ses opérations sont légales et déclarées», poursuit Le Monde.

Books et Têtu

De retour en France, il investit dans Books, mensuel consacré à l'actualité vue par la critique de livres, fondé par Olivier Postel-Vinay, et parvient à maintenir en vie le magazine en prenant des mesures drastiques. Une méthode qu'il applique à présent à Têtu, le mensuel de la communauté LGBT fondé par Pierre Bergé, que ce dernier lui a revendu pour un euro symbolique en janvier 2013. Homosexuel et militant du mariage pour tous, Augier affirme dans le portrait que lui consacre Libération qu'il ne s'agit pas pour autant de «mécénat», mais bien d'une affaire qui doit devenir rentable.

Comme le résume un salarié du magazine gay dans Libération, «on savait que le passage du mécénat de Bergé au modèle rationnel d’Augier l’homme d’affaires ne se ferait pas sans restructuration. Mais pas de cet ordre-là». Le directeur de la rédaction a été remercié, le plan d'Augier prévoit quinze licenciements (sur 30 permanents) et une fusion avec un autre site d'infos LGBT, le portail Yagg.

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