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Jérôme Cahuzac: les excuses à l'américaine

Cécile Dehesdin, mis à jour le 03.04.2013 à 14 h 18

Avec ses aveux et regrets publics, l'ancien ministre du Budget s'inscrit dans une tradition d'excuses post scandales plus américaine que française.

Bill Clinton embrasse la stagiaire de la Maison Blanche Monica Lewinski avec qui il a entretenu une relation «inappropriée» en 1996. REUTERS.

Bill Clinton embrasse la stagiaire de la Maison Blanche Monica Lewinski avec qui il a entretenu une relation «inappropriée» en 1996. REUTERS.

Avec ses aveux et regrets par voie de blog, Jérôme Cahuzac s'inscrit dans une tradition d'excuses publiques post scandale plus américaine que française, comme n'a pas manqué de le remarquer dès mardi Fabienne Sintes, la correspondante de France Inter aux Etats-Unis.

Dominique Strauss-Kahn s'était déjà approché de l'exercice [1] lors de son interview avec Claire Chazal sur TF1 –rappelant un peu celle de l'ancien candidat à la présidentielle américaine John Edwards après une relation adultère.

DSK avait admis «une relation inappropriée» et «une faute vis-à-vis de [s]a femme, [s]es enfants et de [s]es amis, mais aussi vis-à-vis des Français», et de conclure:

«C'est une faute morale dont je ne suis pas fier. Je crois que je n'ai pas fini de la regretter.»

Jérôme Cahuzac est beaucoup plus direct, et encore plus américain. Comme Bill Clinton, sa déclaration commence par rappeler son contexte (une audition devant des juges d'instruction pour Cahuzac, une audition devant un grand jury pour Clinton).

Cahuzac avoue ensuite sa faute:

«J’ai rencontré les deux juges aujourd’hui. Je leur ai confirmé l’existence de ce compte et je les ai informés de ce que j’avais d’ores et déjà donné les instructions nécessaires pour que l’intégralité des actifs déposés sur ce compte, qui n’a pas été abondé depuis une douzaine d’années, soit environ 600.000 €, soient rapatriés sur mon compte bancaire à Paris.»

Ce qu'avait dit Clinton:

«En effet, j'ai eu une relation qui n'était pas appropriée avec Mademoiselle Lewinsky. En fait, c'était mal. C'était une faute critique de jugement et un échec personnel de ma part, et j'en suis l'entier et le seul responsable.»

Les excuses de Jérôme Cahuzac arrivent en troisième paragraphe, juste après le contexte et la faute, comme celles de Clinton:

«A Monsieur le président de la République, au Premier ministre, à mes anciens collègues du gouvernement, je demande pardon du dommage que je leur ai causé. A mes collègues parlementaires, à mes électeurs, aux Françaises et aux Français j’exprime mes sincères et plus profonds regrets. Je pense aussi à mes collaborateurs, à mes amis et à ma famille que j’ai tant déçus.»

On voit ici que ses excuses publiques ont beau être très américaines, l'ancien ministre du budget reste bien français. Déjà parce qu'il ne demande pas à Dieu de lui pardonner, contrairement à Clinton ou Edwards, notamment.

Mais aussi parce que dans l'ordre des regrets de l'ancien ministre du Budget, on a:

Le Président > le Premier Ministre > le gouvernement > les parlementaires > ses électeurs > les Français et les Françaises > ses collaborateurs > ses amis et sa famille.

Elliot Spitzer, le gouverneur de New York qui a démissionné après le scandale sur ses liaisons avec un réseau de prostitution, a lui bien précisé:

«Je m'excuse d'abord, et c'est le plus important, auprès de ma famille. Je m'excuse auprès du public, à qui j'avais promis mieux que ça.»

Mark Sanford, le gouverneur de Caroline du Sud qui a eu une relation extra-conjugale, a opté pour des excuses à:

Sa femme > leurs quatre fils > ses collaborateurs > les habitants de Caroline du Sud.

Bien sûr, les hommes politiques américains ont l'habitude de s'excuser pour des scandales adultérins, d'où une certaine logique à faire passer leur femme avant le reste des Etats-Unis dans leurs demandes de pardon. 

Mais là où Jérôme Cahuzac est américain, c'est finalement dans le fait d'avoir d'abord démenti ce dont on l'accusait, d'avoir été pris «dans une spirale du mensonge», attendant d'être acculé pour finir par avouer et s'excuser.

Anthony Weiner, membre démocrate de la chambre des Représentants, qui avait envoyé une photo sexy à une jeune femme –qui n'était pas sa femme— sur Twitter, a d'abord effacé sa photo sexy et prétendu que son compte avait été piraté. Puis il a démissionné. Quant à Bill Clinton, il s'est d'abord embourbé dans une sombre discussion sur ce qui constituait ou pas une relation sexuelle. Accusé de parjure, ce qui est un crime aux Etats-Unis passible de cinq ans de prison, il a fini son second mandat à la Maison Blanche.

Finalement, la seule manière pour Cahuzac d'être plus yankee aurait été d'organiser une conférence de presse pour des aveux télévisés, la larme à l'oeil, sa femme derrière lui. Impossible, ils sont en instance de divorce et leurs problèmes privés se mêlent à ses problèmes publics.

Cécile Dehesdin

[1] Les excuses par mail de DSK aux employés du FMI après l'affaire de sa relation avec une de ses subordonnées, Piroska Nagy, étaient d'ailleurs déjà très américaines. Retour à l'article.

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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