Partielle dans l'Oise: 40% des voix du PS se seraient reportées sur le FN

Street,Beauvais-Oise,France / isamiga 76 via Flickr CC Licence By

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Lors d’une législative partielle dans la 2e circonscription de l’Oise, dont le second tour s’est déroulé dimanche 24 mars, le député sortant UMP Jean-François Mancel l’a emporté de justesse (51,41%) avec un écart de 789 voix face à la candidate du Front national, Florence Italiani, qui termine avec 48,6% des voix.

Une circonscription picarde intéressante pour le FN, puisque, comme le souligne le blogueur politique classé à droite, Authueil, «la circonscription de Mancel, et le département de l'Oise globalement, sont plutôt un bon terrain pour le FN, entre rural et très grande banlieue parisienne, avec pas mal de cités qui craignent».

Mais si ce score du FN est surprenant, c’est parce que la candidate Italiani récupère quasiment 6.000 voix entre les deux tours, passant de 7.249 voix au premier (26,58%) à 13.120 au second. On peut donc se demander d’où viennent ces voix.

Le total des voix de gauche au premier tour, 8.067, se décompose ainsi: 5.828 voix pour la candidate PS, 1.811 voix pour la candidate Front de gauche et 428 voix pour l’extrême gauche. Comme le candidat UMP Mancel ne gagne que 2.836 voix entre les deux tours, Autheuil s’interroge:

«Où sont passées ces 5.231 voix de gauche qui ne se sont pas reportées sur le candidat UMP, comme cela avait pourtant été demandé par les responsables nationaux du PS?»

«Certes, une partie d'entre eux a pu choisir de rester à la maison, et ont été compensées, dans les chiffres de participation, par des abstentionnistes du premier tour. Mais ça ne fait pas le compte pour autant», poursuit-il.

C’est là qu’intervient l’analyse de Joël Gombin, doctorant en sciences politiques sur le vote FN à l'université d'Amiens, qui a utilisé sur son blog un modèle statistique qui permet d’estimer les reports de voix probables commune par commune (196 bureaux de vote concernés pour 175 communes).

Résultat:

«Entre 40% et 45% des électeurs socialistes ont voté pour Florence Italiani –et il faut remarquer que cela semble se vérifier dans toutes les communes de la circonscription.»

Et le politologue de conclure:

«On voit ainsi que sur les 13.000 et quelques voix que recueille Florence Italiani au second tour, environ 2.500 proviennent des électeurs de Sylvie Houssin [PS], environ 2.000 de ceux de Jean-François Mancel (l’impact de la mise en examen de Nicolas Sarkozy?), et presque 3.500 d’électeurs qui s’étaient abstenus au premier tour. Tout le monde a donc un peu raison: la progression de la candidate frontiste provient aussi bien d’une meilleure mobilisation de son électorat potentiel que de transferts, non seulement d’électeurs socialistes, mais aussi UMP.»

Ce mouvement du PS au FN est le plus important report de voix entre le premier et le second tour. Le report venant des électeurs du Front de gauche ne serait que de 15%, invalidant la thèse de la porosité entre les extrêmes.

Selon Joël Gombin, des électeurs qui au premier tour avaient choisi le FN ont rejoint leur camp historique, l’UMP, au second. Donc «si tous ses électeurs de premier tour l’avaient soutenue au second tour, Florence Italiani serait la nouvelle députée de la seconde circonscription de l’Oise...»

C'est, pour Marine Le Pen, «un résultat historique», qui «doit être analysé comme une extraordinaire accélération de la dynamique du Front national et un magnifique signal d'espérance».

Un contexte particulier?

La situation est différente qu'en juin 2012, lorsque la participation dans la circonscription frôlait les 60% aux deux tours. Dimanche 24 mars, la mobilisation était bien plus faible: une participation d'à peine 35%, en hausse de 3 points par rapport au premier tour.

Autre limite à la généralisation de cet enseignement local: la candidate socialiste Sylvie Houssin n'a pas appelé à faire barrage au FN, et le candidat UMP Mancel est considéré par le camp PS comme aussi à droite que le FN. «Je ne pense pas que Jean-François Mancel soit républicain. Je connais ses accointances et ses relations très proches avec le Front national. Il n'y aura aucune consigne de vote», a déclaré Sylvie Houssin entre les deux tours, rapporte France 3 Picardie.

«Sur le terrain, des électeurs de gauche votent FN dans un duel UMP-FN. J'attends leurs réactions, et je pense que je peux attendre longtemps», ironise Authueil à propos de la direction du PS. Ce rapprochement entre les électeurs de gauche et le FN n’a rien de bien surprenant pour lui:

«Il faut se rendre à l'évidence, le FN est un objet politique mutant, qui est de moins en moins d'extrême droite au sens "facho" et de plus en plus un parti "poujadiste" qui fait dans le protestaire pur, en surfant sur les thèmes qui inquiètent l'électorat. Ils peuvent donc de plus en plus piocher à gauche, chez des populations qui souffrent de la crise, et qui désespèrent des actuels dirigeants, qui ne font pas un politique différente de leur prédécesseurs. On peut comprendre le pauvre précaire ou quasi-précaire de l'Oise, qui voit les usines fermer, et à qui on ne parle que "mariage pour tous" et cumul des mandats, et qui comprend que Montebourg, malgré ses gesticulations, n'arrive à rien. Pour lui, le changement, c'est pas maintenant.»

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