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Mise en examen de Nicolas Sarkozy: indépendance de la justice ou juge partial?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 24.03.2013 à 12 h 03

L'avocat de l'ancien président de la République remet en cause l'«impartialité» du juge Gentil.

L’avocat de Nicolas Sarkozy, Maître Thierry Herzog, remet en cause dans un entretien au Journal du dimanche paru ce 24 mars «l’impartialité» du juge Jean-Michel Gentil, qui a mis en examen l’ancien président Nicolas Sarkozy pour «abus de faiblesse» dans l’affaire Bettencourt.

Thierry Herzog souligne que le juge Gentil avait signé une «tribune politique» dans laquelle il «met en cause la politique de Nicolas Sarkozy et celle de son prédécesseur, les accusant de "vouloir protéger les corrompus"», tribune publiée le 27 juin 2012, quelques jours avant que les perquisitions au domicile et aux bureaux de Sarkozy, et en conclut qu’on «peut se poser au minimum la question de l'impartialité de ce magistrat».

La Tribune du juge Gentil dans Le Monde

Le Monde apporte des précisions quant au contexte et au contenu de la tribune mentionnée par Thierry Herzog:

«Cette tribune à laquelle Me Herzog fait référence, qu'ont signé nombre de juges réputés, mais aussi l'Association française des magistrats instructeurs, des universitaires, policiers ou encore des associations de lutte contre la corruption, fait le constat de l'échec de la lutte contre la délinquance financière durant la décennie qui s'achève, évoquant le "délitement" des dispositifs de répression contre la corruption, et le "désengagement de l'Etat", et proposent des réformes, sans cependant mentionner directement Nicolas Sarkozy.»

Maître Thierry Herzog conteste également l’information publiée dans Le Monde selon laquelle il se serait opposé lors de la récente audition de Nicolas Sarkozy à l’inscription au procès verbal de l’échange très tendu au cours duquel le juge Gentil a signifié sa mise en examen à l’ancien chef de l’Etat, affirmant que le journal n’avait «même pas pris la peine» de l’interroger à ce sujet. Le journal avait rapporté que Nicolas Sarkozy avait prononcé une phrase perçue comme une menace par le juge au cours de cet échange.

Les violentes critiques de la droite

Par ailleurs, le juge Gentil étudie une possible plainte contre Henri Guaino. L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy a récemment estimé que le juge Gentil avait «déshonoré un homme, les institutions, la justice», entraînant la réprobation de la ministre de la Justice Christiane Taubira ainsi que celle, plus vigoureuse, des syndicats de magistrats.

La mise en examen de l’ancien président de la République a entraîné des réactions violentes, notamment de la part des ténors de l’UMP et de ses sympathisants, qui dénoncent notamment un acharnement judiciaire. Georges Kiejman, ancien garde des sceaux et ancien avocat de Liliane Bettencourt lui-même visé en octobre 2011 par une perquisition du juge Gentil, a aussi critiqué dans une tribune dans Le Figaro la mise en examen, la qualifiant de «mauvais coup pour la justice». Il avait appelé à voter pour François Hollande contre Nicolas Sarkozy en 2012.

Le journal Le Monde, décidemment au cœur de l’affaire Bettencourt (le journal avait notamment porté plainte contre Philippe Courroye pour violation de la protection des sources), a publié le 23 mars un éditorial intitulé «Affaire Bettencourt: Quel mauvais procès contre les juges» dans lequel il dénonce «l’ahurissant procès» dressé contre la décision du juge Gentil.

Sur Slate, Jean-Marie Colombani (co-fondateur) a salué une semaine qui a prouvé l’indépendance de la justice de la France avec cette mise en examen et l’ouverture d’une information judiciaire à l’encontre de Jérôme Cahuzac dans l’affaire de son éventuel compte en Suisse, qui a entraîné sa démission du poste de ministre du Budget.

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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