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Affaire Bettencourt: la «menace à peine voilée» de Sarkozy au juge Gentil

Temps de lecture : 2 min

Le juge a signifié à l'ancien président de la République sa mise en examen dans une ambiance extrêmement tendue.

La mise en examen de Nicolas Sarkozy pour «abus de faiblesse» dans l’affaire Bettencourt n’a pas fini d’alimenter le débat autour de l’indépendance de la justice et les relations entre celle-ci et le milieu politique. Deux articles parus ce samedi 23 mars relatent le moment extrêmement tendu où le juge Jean-Michel Gentil a signifié à l’ancien président de la République qu’il allait faire passer son statut de témoin assisté à celui de mis en examen.

La scène se déroule jeudi 21 mars au soir dans le sous-sol du tribunal de grande instance de Bordeaux, alors que Nicolas Sarkozy sort d’une journée de confrontation avec d’anciens employés de Liliane Bettencourt, dans «une tension incroyable» selon Le Monde, qui raconte:

«Après s'être concerté avec ses deux collègues, le juge lui signifie donc qu'il est poursuivi pour "abus de faiblesse". Cette incrimination est vécue comme la pire des infamies par l'ancien président, avocat de surcroît.

Alors, Nicolas Sarkozy, mâchoires serrées, dénonce d'abord une "injustice", puis a ces mots, beaucoup plus lourds de sens : "Ne vous inquiétez pas, je n'en resterai pas là" Emoi du magistrat, qui interprète cette phrase comme une menace à peine voilée.»

Le Parisien insiste aussi sur l’«atmosphère irrespirable» qui règne à ce moment, mais rapporte une version légèrement différente de la scène:

«Le magistrat vient de signifier à Nicolas Sarkozy sa mise en examen. Stupéfait, l’ancien président lui jette un regard noir, laisse planer quelques secondes d’un épais silence et assène: "C’est une injustice". "Vous n’avez pas à dire ça", lui répond sèchement le juge. "Et pourtant je le dis!" enchaîne Sarkozy. Quelques instants plus tard, le magistrat clôt les débats: "Voilà, c’est terminé." Sarkozy reprend la parole, glacial: "Je ne crois pas, non. Ce n’est pas terminé."»

Le Monde rappelle que les derniers juges à avoir défié Sarkozy (Van Ruymbeke, Ramaël, Marin) en ont tous subi les conséquences, et rapporte que, face à cette réaction «agressive et menaçante», le juge Gentil a décidé de faire inscrire l’incident au procès verbal de l’audition avant de se raviser face à la colère de Thierry Herzog, l’avocat de l’ancien président.

Le Parisien pour sa part raconte les heures qui ont suivi la sortie de Nicolas Sarkozy du tribunal, les messages de soutien de sa famille politique, les réunions avec ses plus proches collaborateurs pour préparer la contre-attaque et la colère qu’il exprime en privé face à ce juge qui l’a «maltraité». Il aurait déclaré à un proche:

«C’est un scandale! Je ne vais pas me laisser faire! Je ne suis pas au-dessus des lois, mais la loi doit être la même pour tous.»

Les réactions publiques de certains membres de l’UMP, et notamment celle d’Henri Guaino, qui a estimé que le juge Gentil avait «déshonoré un homme, les institutions, la justice», ont entraîné la réprobation de la ministre de la Justice Christiane Taubira ainsi que celle, plus vigoureuse, des syndicats de magistrats.

G.F.

Grégoire Fleurot Journaliste

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