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Tournaire, Van Ruymbeke, Le Loire, Gentil: les juges qui font trembler la classe politique

Grégoire Fleurot, mis à jour le 19.04.2013 à 16 h 19

Le Palais de justice de Paris. REUTERS/Benoît Teissier.

Le Palais de justice de Paris. REUTERS/Benoît Teissier.

Selon une source judiciaire citée par l'AFP, le parquet de Paris a ouvert, vendredi 19 avril, une information judiciaire contre X sur les accusations de financement par la Libye de la campagne présidentielle 2007 de Nicolas Sarkozy. D'après Mediapart, les juges d'instruction Serge Tournaire et René Grouman ont été chargés du dossier.

Cette annonce fait suite, ces dernières semaines, à la mise en examen de Nicolas Sarkozy dans le cadre de l'affaire Bettencourt par le juge Jean-Michel Gentil; à celle de Jérôme Cahuzac par les juges Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke suite à ses aveux concernant son compte en Suisse caché; à des perquisitions chez l'ex-conseiller de Nicolas Sarkozy Patrick Buisson dans le cadre de l'enquête sur les sondages de l'Elysée, confiée au juge Tournaire; ou encore à l'annonce de l'audition prochaine de Christine Lagarde dans le cadre de l'affaire Tapie-Adidas, dans laquelle le juge Tournaire mène une information judiciaire.

Qui sont ces juges d’instruction qui enquêtent sur les grandes affaires politico-financières actuelles, qu'elles touchent l'UMP ou le PS?

Serge Tournaire (sondages de l’Elysée, affaire Lagarde-Tapie, affaire libyenne)

C'est lui qui, selon Mediapart, est en charge de l'information judiciaire sur les accusations de financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy, en compagnie de René Grouman (qui est chargé de l'affaire des biens mal acquis avec Roger Le Loire et a été le procureur du procès Juppé).

Il est également en charge, depuis décembre 2012, de l’affaire des «sondages de l’Elysée», qui concerne d’éventuels détournements de fonds public ou du favoritisme lors de contrats passés avec des instituts de sondage. L’affaire a débuté en 2009 lorsque la Cour des comptes avait pointé dans un rapport [PDF] le niveau «exorbitant» d'une mission de sondages confiée par le Château au cabinet Publifact, propriété de Patrick Buisson, un proche du président de la République, et l’absence d’appel d’offres. Le domicile et le bureau parisien de ce dernier ont été perquisitionnés le 4 avril 2013.

Serge Tournaire conduit aussi depuis septembre 2012 une information judiciaire contre X dans le volet non-ministériel de l'affaire Tapie. Un dossier dans lequel la patronne du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde va être entendue par la Cour de justice de la République fin mai: elle est est soupçonnée d’être intervenue, alors qu'elle était ministre de l'Economie, en faveur de l’homme d’affaires dans l’arbitrage du conflit qui l’opposait au Crédit Lyonnais, grâce auquel il a obtenu 403 millions d’euros.

Renaud Van Ruymbeke (affaires Karachi et Cahuzac)

Il est, depuis septembre 2010, en charge de l’instruction dans le volet financier de l’affaire Karachi, affaire à laquelle Nicolas Sarkozy a également été associé et dont un des principaux mis en examen, Ziad Takieddine, est à l'origine des accusations contre l'ancien chef de l'Etat dans le dossier libyen. Nicolas Sarkozy était ministre du Budget à l’époque des contrats d’armement sur lesquels planent des soupçons de rétrocommissions qui auraient financé la campagne d’Edouard Balladur en 1995, dont il était le porte-parole.

Renaud Van Ruymbeke est par ailleurs, avec Roger Le Loire, en charge de l’enquête pour blanchiment de fraude fiscale dans l’affaire Cahuzac, dans lequel l'ancien ministre délégué au Budget est passé aux aveux le 2 avril.

A propos de Renaud Van Ruymbeke, juge spécialisé dans les affaires financières qui a instruit des procès retentissants comme ceux des frégates de Taïwan, de l’affaire Kerviel ou de l’affaire Clearstream, Bastien Bonnefous écrivait sur Slate en 2011:

 «Renaud Van Ruymbeke est une légende de la magistrature française. L'incarnation du juge indépendant, rigoureux et tenace. Le symbole du "petit juge" face au Leviathan politico-financier. Le héraut de la lutte anti-corruption.»

Dans le cadre de l’affaire Clearstream, il a fait l’objet d’une procédure disciplinaire pour avoir accepté de rencontrer hors procédure le «corbeau» Gergorin qui lui a remis les listings, qui s’avèreront faux, dans lesquels apparaissait notamment le nom de Nicolas Sarkozy. En janvier 2006, ce dernier s'est constitué partie civile dans l'affaire de dénonciation calomnieuse et ne pardonnera jamais au juge sa rencontre secrète avec Gergorin, le soupçonnant d'être complice de la tentative de déstabilisation contre lui.

Roger Le Loire (affaires Karachi, Cahuzac, des biens mal acquis et de la nomination de François Pérol)

Roger Le Loire, qui travaille avec Renaud Van Ruymbeke sur les affaires Karachi et Cahuzac, est quant à lui le doyen des juges du Pôle financier du Tribunal de grande instance (TGI) de Paris. Ancien inspecteur de la Brigade des stupéfiants, il a été juge anti-terroriste dans des affaires impliquant Action directe, le FLNC, ETA, ou encore le GIA, et instruit aussi actuellement l'affaire des biens mal acquis et celle de la nomination de François Pérol, ancien conseiller de l'Elysée, à la tête de la banque mutualiste BPCE.

Jean-Michel Gentil (affaire Bettencourt)

C’est le juge qui a osé mettre en examen Nicolas Sarkozy. Il a hérité de l’affaire Bettencourt en novembre 2010 au moment où celle-ci a été dépaysée du tribunal de Nanterre à celui de Bordeaux, à cause des tensions entre le procureur de Nanterre Philippe Courroye et la vice-présidente du même tribunal, Isabelle Prévost-Desprez.

Décrit comme «rigide», «bon en droit» et comme quelqu’un qui n’a «peur de rien» par ceux qui l’ont côtoyé, Jean-Michel Gentil s’efforce de rester complètement en dehors de la lumière des médias. Le Monde le qualifie de juge «intransigeant et solitaire».

S’il travaille avec deux autres juges sur l’affaire Bettencourt à Bordeaux, Cécile Ramonatxo et Valérie Noël, c’est bien lui qui dirige les enquêtes et qui «verrouille tout», selon un collègue interrogé par l’AFP. En vertu de la règle des dix ans maximum à un même poste, il doit quitter son poste d'ici la fin de l'année, après avoir décidé qui sera renvoyé en correctionnelle parmi les douze mis en examen du volet abus de faiblesse de l'affaire Bettencourt.

G.F.

Une première version de cet article a été publiée le 22 mars 2013 après la mise en examen de Nicolas Sarkozy. Il a été actualisé le 19 avril 2013 avec les derniers développements des affaires politico-financières en cours.

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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