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Sarkozy, Cahuzac: les ministres de Bercy finissent-ils tous devant le juge?

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 22.03.2013 à 0 h 36

Sale temps pour les anciens locataires de Bercy. Les postes de l'Economie, des Finances et du Budget sont assez exposés aux affaires et la mise en examen de Nicolas Sarkozy comme la démission de Jérôme Cahuzac en témoignent. Ils sont les derniers d'une longue liste...

Mardi 19 mars, Jérôme Cahuzac démissionne de son poste de ministre du Budget. Deux jours plus tard, Nicolas Sarkozy est mis en examen pour abus de faiblesse dans le cadre de l'affaire Bettencourt.

Parce que les ministres qui passent par Bercy en sont souvent éjectés aussi vite qu'ils sont arrivés, parce que certains sont mis en examen, que d'autres démissionnent, et que globalement on retrouve souvent leur nom dans les grandes affaires politico-financières (Mnef, Urba, mairie de Paris, Karachi, Bettencourt, etc.), nous avons récapitulé la plupart des péripéties judiciaires de ces ministres depuis les années 1960. Quand ils étaient en poste, ou avant, ou après.

Les mis en cause et les condamnés dans des affaires politico-financières

Parmi tous les ministres, ministres délégués et secrétaires d'Etat ayant détenu le portefeuille de l'Economie, des Finances, de I'industrie et/ou du Budget sous la Ve République, nous dénombrons, pour la période 1960-2013, 20 mis en cause à des degrés divers, allant du témoin assisté au mis en examen en passant par ceux visés par une enquête préliminaire ou une action de la Cour de justice de la République.

Parmi ces ministres, quatre ont été condamnés. Pour deux d'entre eux, les affaires politico-financières ont joué. Il s'agit d'Alain Juppé et d'Henri Emmanuelli et, dans les deux cas, pour des affaires liées à la gestion et au financement de leurs partis respectifs (RPR et PS). Les autres, Alain Madelin et Maurice Papon, ont été condamnés pour d'autres faits. On y reviendra.

Ceux pour qui Bercy = ennuis

Pour les autres ministres connus de la justice, six ont été ou sont cités dans le cadre d'affaires politico-financières à cause de leur rôle réel ou supposé en tant que ministre de l'Economie ou du Budget. Il s'agit de:

Les huits anciens ministres pas encore sortis d'affaire...

Au total, huit anciens ministres ont un avenir judiciaire incertain:

  • Jérôme Cahuzac (affaire du compte en Suisse),
  • Christine Lagarde (affaire Tapie, perquisition récente de son domicile),
  • Jean-Louis Borloo (même affaire),
  • Edouard Balladur (financement de la campagne présidentielle de 1995 et lien possible avec les rétrocommissions de l'affaire Karachi),
  • Eric Woerth (doublement mis en examen)
  • Dominique Strauss-Kahn (mis en examen dans l'affaire de prostitution dite du Carlton)
  • Jean-François Copé si jamais l'affaire de Karachi se rapproche de lui,
  • Et, last but not least, Nicolas Sarkozy (affaire Karachi, affaire Bettencourt pour laquelle il vient d'être mis en examen).

Boulin, Bérégovoy, Strauss-Kahn, Gaymard, Papon...

27 autres ministres n'ont jamais été inquiétés selon nos recherches, même si certains ont passé de mauvais moments à cause d'appartements de fonction un peu trop grands, un peu trop chers comme Jean-François Copé et Hervé Gaymard, poussant même ce dernier à la démission. Dominique Strauss-Kahn est passé par la case démission après avoir été poursuivi dans le cadre de l'affaire de la Mnef pour faux et usage de faux, et finalement relaxé en 2001 et par la case accord à l'amiable dans l'affaire du Sofitel.

Autre démission, mais pour des raisons politiques, celle d'Alain Madelin.

S'il ne fait pas bon occuper un poste à Bercy, c'est aussi parce que les deux ministres de la Ve qui se sont suicidés, Robert Boulin dont la mort reste suspecte, et Pierre Bérégovoy sont passés au Budget pour le premier, à l'Economie et aux Finances pour le second.

Enfin Maurice Papon, passé par le ministère de 1978 à 1981, sera condamné pour complicité de crimes contre l'humanité pour son rôle pendant la Seconde Guerre mondiale (le procès de la répression de la manifestation du FLN, le 17 octobre 1961, n'a eu que très partiellement à faire avec la justice).

Reste à répondre à LA question politico-existentielle: est-ce parce que le poste est très exposé que le ministre est plus souvent mis en cause, ou est-ce parce qu'il est roué aux questions de finance et de trésorerie qu'on le nomme à un tel poste? Y a-t-il un profil de ministrable pour Bercy, qui serait aussi celui de responsable en chef des finances du parti?

JLC

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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