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Clearstream, Kerviel, Bettencourt: Metzner, l'homme de trois sagas judiciaires des années 2010

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 17.03.2013 à 18 h 55

Disparu dimanche à l'âge de 63 ans, l'avocat avait été très actif dans ces dossiers marquants, avec des fortunes diverses.

Décédé dimanche 17 mars à l'âge de 63 ans (l’AFP, qui cite des sources concordantes, affirme qu'il se serait donné la mort au large de son île privée dans le golfe du Morbihan), l'avocat Olivier Metzner présentait un «tableau de chasse» de clients impressionnant: Bertrand Cantat, Manuel Noriega, Loïk Le Floch-Prigent, Jacques Crozemarie...

Ces derniers mois, on l'avait encore vu actif dans le dossier des «biens mal acquis», l'affaire «pétrole contre nourriture», un volet de l'affaire Guérini ou le procès en appel du Concorde. Mais ces dernières années, la renommée d'Olivier Metzner s'était notamment fondée sur trois gros dossiers qui avaient définitivement assis sa cote médiatique en quelques mois (on peut lire le portrait que nous lui avions consacré à l'été 2010 ou encore celui que lui consacrait Le Monde à la même époque): l'affaire Clearstream, l'affaire Kerviel et l'affaire Bettencourt.

L'affaire Clearstream

Olivier Metzner y défendait l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, accusé de complicité de dénonciation calomnieuse par abstention, et avait obtenu sa relaxe à deux reprises, en première instance en janvier 2010 puis en appel en septembre 2011.

Il avait notamment profité des audiences pour égratigner Nicolas Sarkozy, accusé d'avoir mobilisé ses réseaux judiciaires et médiatiques pour faire condamner son ancien rival à droite: on se souvient l'avoir vu souligner avec gourmandise, lors du procès en appel, alors qu'était évoqué le passage de la femme d'un des prévenus au cabinet d'Eric Woerth, «qu’à l’époque Eric Woerth était le trésorier de l’UMP et voyait régulièrement Nicolas Sarkozy». C'était le temps où l'affaire Bettencourt, qui venait de forcer le ministre du Travail à démissionner, battait son plein...

>> A lire: «Clearstream, réplique(s)»

L'affaire Kerviel

Metzner a succédé à un autre ténor du barreau, Me Eric Dupond-Moretti, dans la défense de l'ancien trader de la Société Générale, accusé d'avoir fait perdre à sa banque 4,9 milliards d'euros en janvier 2008. Une tâche qui lui a sans doute «coûté» un autre dossier, la défense de Jean-Marie Messier dans l'affaire Vivendi en juin 2010. Officiellement, pour conflit d'emploi du temps, officieusement, supputions-nous, parce que Messier n'avait «peut-être pas eu très envie que son image soit brouillée par défenseur interposé avec celle de Jérôme Kerviel».

Nous décrivions alors ainsi son comportement au tribunal:

«Il sort comme un lutin de sa boîte. Trop parfois, au goût du président Pauthe, qui le rappelle à l'ordre. Sans micro, sa voix porte suffisamment pour qu'il laisse cet artifice aux autres. Il prend un plaisir visible à questionner les témoins avec comme but ultime de sceller l'échange d'un "Nous sommes d'accord...". Le témoin est-il d'accord? Il ne le sait pas. Me Metzner a regagné sa place, satisfait.»

En première instance, Jérôme Kerviel avait été condamné à cinq années de prison dont trois fermes et 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts. La défense de Metzner, fondée notamment sur la médiatisation à outrance (avec la publication d'un livre juste avant le procès, L'Engrenage: mémoires d'un trader) avait été contestée. Il avait été remplacé par David Koubbi pour le procès en appel, lors duquel le jugement de première instance a été confirmé à l'automne dernier.

A lire: «Procès Kerviel-Messier: embouteillage de ténors» et «Kerviel, l'erreur médiatique»

L'affaire Bettencourt

Olivier Metzner est l'un des hommes derrière la bombe de l'affaire Bettencourt, la publication mi-juin 2010 dans Mediapart et Le Point des transcriptions des enregistrements clandestins réalisés au domicile de l'actionnaire majoritaire de L'Oréal. Un évènement qu'il avait laissé filtrer une semaine plus tôt en annonçant la publication prochaine d'un «document explosif» —la chroniqueuse judiciaire du Monde Pascale Robert-Diard racontera ensuite comment il était venu lui proposer les enregistrements.

Dans ce dossier, Metzner défendait Françoise Bettencourt-Meyers, la fille de la milliardaire, qui accusait le photographe François-Marie Banier d'abus de faiblesse. Celui-ci est aujourd'hui mis en examen, ainsi qu'Eric Woerth, le gestionnaire de fortune Patrice de Maistre et l'entrepreneur Stéphane Courbit, tandis que Nicolas Sarkozy a été entendu sous statut de témoin assisté par les juges en novembre dernier. Ces derniers jours, Olivier Metzner avait encore du intervenir médiatiquement dans les médias pour défendre un prêt de 300.000 euros accordé par sa cliente à la comptable Claire Thibout, qui avait été à l'origine des accusations de financement politique illégal contre Nicolas Sarkozy.

L'affaire avait valu à l'avocat une passe d'armes mémorable avec son confrère Georges Kiejman, avocat de Liliane Bettencourt, avec qui il s'était déjà accroché lors de l'affaire Cantat, et qu'il avait poursuivi en justice à l'été 2010 pour l'avoir accusé de mener un «complot organisé». Lors d'une audience à Nanterre, les deux avocats avaient multiplié les amabilités:

Metzner: «Alors, on salue les mufles, maintenant?»
Kiejman: «Oui, on salue les mufles. Et même les voyous!»

Kiejman: «Mais il me cherche? Ah, il ne faut pas qu’il me cherche où ce sera terrible pour lui!»
Metzner: «Des menaces maintenant? Madame la greffière, veuillez acter ces menaces, je vous prie!»
Kiejman: «Madame la présidente, dites à Me Metzner de ne plus me chercher, car mon revers du gauche est terrible!»

Le tribunal de grande instance de Paris l'avait débouté de ses demandes. Interrogé par Europe 1 dimanche, George Kiejman s'est dit «abasourdi» de sa disparition:

«Sa mort me surprend et me choque. C'est un grand défenseur qui disparaît. J'avais une admiration intellectuelle pour lui mais ça ne m'empêchait pas de croire, à tort apparemment, que peut-être il pouvait manquer de coeur et de sensibilité. Tout à coup, les conditions de sa mort me permettent de rééxaminer tout ça et de voir qu'Olivier Metzner avait lui aussi ses fragilités.»

>> A lire: «Kiejman-Metzner, poings de droit»

J.-M.P.

Article actualisé le 17 mars 2013 à 18h45: contrairement à ce que nous avions écrit dans un premier temps, Olivier Metzner n'a pas fait partie des défenseurs d'Yvan Colonna.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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