Robert Castel, le sociologue de l’insécurité sociale, est mort

capture d'écran / Terra Nova

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Le sociologue Robert Castel est mort à l'âge de 79 ans, a confirmé à Slate l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), où il était directeur d’études. Son décès a également été annoncé par plusieurs enseignants, chercheurs ou collectifs.

Connu pour ses travaux critiques sur la psychiatrie dans les années 1970, ce fut surtout un grand spécialiste du salariat et du travail, dont l’ouvrage Les métamorphoses de la question sociale est devenu un classique non seulement pour les sociologues, mais pour tous ceux qui s'intéressent aux nouvelles inégalités sociales.

Dans cette étude historique sur la condition salariale, qui touche d’abord une minorité de travailleurs méprisés, avant de s'étendre à la majorité des citoyens pour devenir progressivement le socle de la société démocrate libérale, Robert Castel a étudié le combat de la classe ouvrière pour l’extension des droits et des protections salariales, qui culmineront lors du compromis fordiste des trente glorieuses. Mais la généralisation du salariat à vie et la période de plein-emploi ne dureront qu’un temps dans l’histoire.

La «désaffiliation»

Dès les années 1970 et la montée inexorable du chômage, on assiste à la remise en cause de certains acquis, à la montée de la précarité et de l’incertitude sociales, qui marqueront les générations suivantes nées dans l’après plein-emploi. Robert Castel utilisera le terme de «désaffiliation», exclusion du monde du travail et isolation sociale, pour désigner ces nouveaux exclus du contrat social. Car ce qui est nouveau avec la remise en cause de la société salariale, ou plutôt, ce qui n'était que trop connu de l'histoire des sociétés humaines, c’est le retour de l’insécurité sociale: l’inemployable, le surnuméraire, l'exclu, redeviennent des réalités avec lesquelles notre société doit composer.

C'est donc le retour des zones de mal ou de non intégration qui menacent la cohésion sociale, avec aujourd'hui un monde parallèle, le précariat, fait de jeunes diplômés sans emploi, de salariés à temps partiel, de chômeurs, d'abonnés aux petits boulots, d'employés des services sans perspective d'avenir... La vieille hantise de vivre «au jour la journée» avait été progressivement éloignée grâce au compromis salarial, et voilà qu'elle réapparaît et menace la capacité des hommes à se projeter dans l'avenir.

Comme le résume le site de l'Observatoire des inégalités à propos de L'insécurité sociale: Qu'est-ce qu'être protégé?, publié par le sociologue en 2003:

«Le sentiment d’insécurité s’étend à de nombreux domaines (santé, environnement, peur des autres...) mais Robert Castel nous fait comprendre qu’il provient d’une source, l’instabilité sociale. Celui qui ne sait pas de quoi demain sera fait, qu’il soit travailleur précaire, chômeur, ou jeune construisant son avenir, finit par ressentir l’extérieur comme une menace.»

Qu'aurait-il pensé de l'accord sur l'emploi?

Or c’est alors qu’est discuté à l’Assemblée le projet controversé d’accord sur l’emploi, signé seulement par une partie des syndicats, alors que CGT et FO ont refusé ce qu’ils dénoncent comme une «régression sociale», qu’on apprend le décès du grand sociologue de la condition salariale.

Qu’en aurait-il pensé, lui qui, social-démocrate convaincu, soutenait François Hollande en 2012 et croyait en son investissement sur la jeunesse et l’éducation? Qui annonçait dans la vidéo ci-dessous qu’il ne croyait pas au discours selon lequel gauche et droite se valaient et étaient influencées par les mêmes dogmes économiques, ceux du libéralisme et de la réforme de l’Etat social? Alors que justement une partie de la droite parlementaire pourrait voter l'accord négocié par un gouvernement socialiste?


Je soutiens François Hollande le 6 mai, par... par terranova

Le plein-emploi était considéré par les sociaux-démocrates comme la condition nécessaire d'une généralisation de la protection sociale. Or c'est bien l'assurance sociale, qu'il s'agisse de maladie, de vieillesse, de chômage, qui est aujourd'hui en discussion. Ainsi que la place de l'Etat, alors que pour Robert Castel, seul ce dernier pouvait prendre sur lui la responsabilité de décharger les individus de la nécessité de la survie, de la précarité et de l'arbitraire...

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